COP27 : UE et États-Unis rejettent la création du fonds « pertes et dommages »

Alors que les petits États insulaires et les pays pauvres font pression pour la création d’un nouveau fonds destiné à compenser les « pertes et dommages » causés par les catastrophes climatiques, les États-Unis et l’Europe ont coordonné une réponse douce mais ferme.

Euractiv.com
COP27 09112022
« La portée de notre conversation ne va pas se concentrer sur une seule solution, comme certaines parties le voient, au défi des pertes et dommages — la création d’un nouveau fonds ou établissement — à cette COP », a déclaré le Conseiller principal de la Commission européenne pour les relations climatiques internationales, M. Jacob Werksman. [<a href="https://unfccc.int/event/european-union-press-briefing" target="_blank" rel="noopener">[UNFCCC]</a>]

Alors que les petits États insulaires et les pays plus pauvres font pression pour la création d’un nouveau fonds destiné à compenser les « pertes et dommages » causés par les catastrophes climatiques, les États-Unis et l’Europe ont coordonné une réponse douce, mais ferme.

Mardi (8 novembre), lors du sommet climatique COP27 des Nations unies à Sharm El-Sheikh, en Égypte, l’Écosse a annoncé qu’elle verserait 5 millions de livres sterling supplémentaires pour compenser les pertes et les dommages liés au changement climatique dans les pays moins riches.

Cette annonce fait suite à des promesses similaires faites lundi (7 novembre) par l’Allemagne et la Belgique, qui ont engagé respectivement 170 et 2,5 millions d’euros.

« Je n’ai aucun problème à dire qu’il s’agit de réparation, d’indemnisation et de responsabilité », a déclaré la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, soutenant les appels en faveur d’un mécanisme de financement des pertes et dommages.

« Les pays développés ont causé le changement climatique et les pays en développement en paient le prix. Si les gens ne peuvent pas voir cette réalité, c’est que quelque chose ne va pas », a ajouté Mme Sturgeon.

Bien que modestes, ces fonds revêtent une importance symbolique à l’heure où les dirigeants du monde entier se réunissent en Égypte pour le sommet sur le climat COP27, où le soutien aux pays en développement confrontés aux catastrophes provoquées par le changement climatique domine les discussions.

Les « pertes et dommages » à l’ordre du jour du sommet

Les petits États insulaires et les pays en développement ont inscrit la question des « pertes et dommages » à l’ordre du jour officiel du sommet et plaident désormais pour la création d’un fonds dédié à cette question.

Pour l’Europe et les États-Unis, cependant, la création d’un nouveau fonds n’est pas la priorité. Lors de la conférence des Nations unies sur le climat qui s’est tenue l’année dernière à Glasgow (COP26), les deux parties ont bloqué une proposition visant à établir un fonds dédié aux pertes et dommages, acceptant à la place un « dialogue » sans objectif final clair.

Mercredi (9 novembre), le chef de la délégation de l’UE à la COP27, Jacob Werksman, a déclaré que l’UE saluait « un processus sur le financement de la lutte contre les pertes et les dommages » au niveau des Nations unies et soutenait l’ajout de ce point à l’ordre du jour de la COP27.

« Nous sommes prêts à renforcer le soutien spécifique à ce problème des pertes et dommages », qui n’a pas encore été abordé avec suffisamment de « sérieux », a reconnu M. Werksman.

Mais le nouveau point de l’ordre du jour « a été convenu sous certaines conditions », a-t-il ajouté, notamment que « nous ne discuterions pas de la question de la responsabilité et de la compensation ». Il a également insisté pour que le processus soit limité dans le temps, avec des résultats concrets attendus « en 2024 au plus tard ».

« La portée de notre conversation ne va pas se concentrer sur une seule solution, comme certaines parties le voient, au défi des pertes et dommages — la création d’un nouveau fonds ou établissement — à cette COP », a déclaré M. Werksman.

« Au contraire, nous allons entamer un dialogue suffisamment ouvert pour pouvoir proposer de multiples solutions à ce que nous considérons comme un problème très complexe et difficile », a-t-il ajouté.

Mobiliser les ressources existantes

À Bruxelles, les fonctionnaires de l’UE ont reconnu l’importance d’une discussion sur les pertes et les dommages, affirmant que cela fait partie intégrante de l’accord de Paris.

Mais la création d’un nouveau fonds n’est pas à l’ordre du jour, pour le moment, ont-ils insisté, soulignant que de nombreux financements sont déjà disponibles dans le cadre des programmes d’aide existants.

« Nous ne voudrions pas que la discussion se concentre uniquement sur un nouveau fonds », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE lors d’une conférence de presse à Bruxelles en début de semaine.

« Je pense qu’il est important d’identifier d’abord les besoins, ensuite de voir comment nous pouvons déjà mobiliser les ressources existantes, du secteur public comme du privé, à l’échelle mondiale, bilatérale et multilatérale, et enfin d’avancer à partir de là », a déclaré le fonctionnaire.

Par ailleurs, l’UE et ses États membres sont déjà les plus grands contributeurs au financement public international du climat, avec 23 milliards d’euros en 2020 et 2021, a souligné l’exécutif européen dans un communiqué.

« Les pertes et dommages sont-ils le seul sujet de la COP27  ? Non, pas du tout. Je pense que nous devons aussi être beaucoup plus ambitieux en matière de prévention. Plus nous parviendrons à atténuer le changement climatique en réduisant les émissions de CO2, plus nous pourrons éviter et minimiser les pertes et les dommages liés au changement climatique », a déclaré le fonctionnaire.

Les États-Unis sur la même longueur d’onde

Du côté des États-Unis, le message est similaire.

« Nous nous concentrons sur l’utilisation des outils dont nous disposons », a déclaré Monica Medina, secrétaire adjointe d’État américaine chargée des océans et des affaires environnementales et scientifiques internationales.

Les États-Unis ont déjà versé des sommes importantes au Fonds vert pour le climat et aux banques multilatérales de développement, qui distribuent de l’aide aux pays frappés par des catastrophes, a souligné Mme Medina lors d’une conférence de presse à Bruxelles le mois dernier.

« Je pense que l’accent devrait être mis sur l’acheminement d’une partie de ces fonds là où ils sont nécessaires plutôt que d’essayer de créer un autre fonds », a-t-elle déclaré à EURACTIV et à d’autres médias.

« Nous avons des ressources que nous avons déjà consacrées au changement climatique qui sont en quelque sorte bloquées », a-t-elle expliqué. « Et nous devons aider à créer les mécanismes permettant à ces fonds d’être versés aux communautés le plus rapidement possible », a-t-elle ajouté.