Craignant pour son avenir, l'audiovisuel public se met en grève
La télé et la radio publiques se mobilisent mardi (28 juin) pour dénoncer la suppression annoncée de la redevance payée par les foyers français, garante de leur bon fonctionnement et de leur indépendance.
La télé et la radio publiques se mobilisent mardi (28 juin) pour dénoncer la suppression annoncée de la redevance payée par les foyers français, garante de leur bon fonctionnement et de leur indépendance.
Beaucoup de musique et de rediffusions sur les chaînes publiques aujourd’hui alors que l’audiovisuel public fait grève en raison des craintes pour son avenir et son indépendance.
À l’appel de nombreux syndicats, les salariés de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde ou de l’INA ont été appelés à manifester mardi (28 juin) pour défendre le mode de financement de leurs entreprises.
Promesse de campagne du candidat Macron pour soulager le portefeuille des Français, le gouvernement doit présenter le 6 juillet prochain un projet de loi sur le pouvoir d’achat, qui prévoit notamment de mettre fin la redevance annuelle payée par 23 millions de ménages possédant une télévision.
« La contribution à l’audiovisuel public sera supprimée de manière pérenne dès cette année et le financement de l’audiovisuel public sera assuré dans le respect de l’objectif à valeur constitutionnelle de pluralisme et d’indépendance des médias », indiquait le compte rendu du Conseil des ministres du 11 mai dernier.
En 2021, la redevance était de 138 € en France métropolitaine et de 88 € en outre-mer et représentait un budget total 3,14 milliards d’euros pour ces chaînes publiques — auquel s’ajoute 560 millions supplémentaires versés directement par l’État pour compenser le non-paiement de cette redevance par les foyers les plus modestes, selon un rapport du Sénat publié le 8 juin dernier.
Si pour l’heure rien n’est acté, le gouvernement ambitionne plutôt d’ajouter une ligne dans le budget général de l’État, susceptible de fluctuer et d’être remis en cause chaque année en fonction des choix politiques, comme nouveau mode de financement.
Une solution qui ne convient pas aux premiers concernés.
« Supprimer la redevance, ressource affectée, c’est précariser et paupériser l’audiovisuel public en le basculant sur le budget général de l’État et le rendre dépendants des arbitrages et des pressions politiques incessantes », déplorent les syndicats dans un communiqué commun, soulignant que « la redevance est à ce jour le seul mode de financement pérenne garantissant l’indépendance de l’audiovisuel public ».
Cette alternative ne devrait pas rencontrer une opposition suffisante à l’Assemblée nationale, alors que les Républicains et le Rassemblement national se sont déjà prononcés par le passé pour la suppression de la redevance — voire même, pour le parti de Marine Le Pen, d’une privatisation de l’audiovisuel public.
L’ombre de la fusion
Mesure phare de la commission sénatoriale de contrôle sur le financement public, la piste d’une fusion des chaînes et des stations n’est pas non plus écartée, alors même que c’est le chemin emprunté par TF1 et M6, deux chaînes privées de télévision.
« Pendant que l’audiovisuel public français demeure — contrairement à la quasi-totalité des audiovisuels publics européens — divisé entre structures antagonistes, les acteurs privés ont engagé un processus de regroupement », notent les sénateurs, inquiet face à un risque de « marginalisation » de l’audiovisuel public face à la montée en puissance et à l’arrivée de nouvelles plateformes américaines de streaming.
Mais les acteurs de l’audiovisuel craignent qu’un rapprochement des chaînes et stations publiques devraient conduire inexorablement conduire à ces économies, par des suppressions de poste notamment, ainsi qu’à une réduction de la pluralité de l’offre.
La présidente de Radio France, Sybile Veil, a déclaré au Figaro qu’elle n’était pas favorable à cette fusion, estimant que « ce n’est pas Radio France qui va aider France Télévisions à résister à Netflix ni France Télévisions qui nous aiderait face à Spotify ».
« Tout va se débattre au Parlement », a déclaré la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, sur France Inter la semaine dernière.