Crise alimentaire mondiale : l’UE et les Etats-Unis mis sur la sellette par une ONG [FR]
Des accords commerciaux bilatéraux et politiques du développement inéquitables en Union européenne et aux Etats-Unis ont posé les bases de l’insécurité alimentaire mondiale, affirme un nouveau rapport issu d’une ONG.
Des accords commerciaux bilatéraux et politiques du développement inéquitables en Union européenne et aux Etats-Unis ont posé les bases de l’insécurité alimentaire mondiale, affirme un nouveau rapport issu d’une ONG.
Les politiques décrétées par les Etats-Unis et l’Union européenne et adoptées de force par les institutions mondiales dans les dernières décennies ont posé les bases de la crise alimentaire actuelle, soutient un nouveau rapport publié par une alliance internationale d’agences de développement catholiques (CIDSE) et l’Institut de politique agricole (IATP).
Des subventions inéquitables
Alors que les Etats-Unis et l’UE font valoir les marchés mondiaux comme une source d’approvisionnement alimentaire stable pour tous, ils se sont servi de leur pouvoir de contrôle dans les institutions de Bretton Woods (BWIs) (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international) pour faire progresser certaines politiques dans leur propre intérêt, écrivent les auteurs.
Tous deux ont gardé en place de larges programmes d’aide à leur propre agriculture et à leurs industries alimentaires, alors que le soutien financier des BWI aux pays en développement dépend du soutien gouvernemental aux secteurs agricoles. Une telle situation conduit à des avantages inéquitables en faveur des Etats-Unis et de l’UE sur les marchés mondiaux, sapant la capacité de production à long terme des autres pays et menaçant la résilience de la sécurité alimentaire des communautés rurales, d’après le rapport.
Des politiques commerciales injustes
Le CIDSE-IATP remarque aussi dans son rapport qu’en raison de l’échec de tentatives récentes pour conclure des accords commerciaux multilatéraux, les Etats-Unis et l’UE ont recherché sans relâche des accords commerciaux régionaux et bilatéraux, ce qui rend plus difficile pour les pays en développement impliqués d’obtenir des compromis portant sur ces inéquitables programmes agricoles américains et européens ou sur leurs propres programmes de soutien à la sécurité alimentaire.
Au nombre des exemples de tels accords, on compte les Accords de partenariat économique (APE) avec l’Afrique et les pays d’Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et l’Accord de libre-échange d’Amérique centrale (ALÉAC).
Comme pour l’assistance officielle américaine et européenne au développement de l’agriculture, l’ONG constate avec inquiétude que loin de se contenter de diminuer progressivement lors des 25 dernières années, en particulier dans le cas américain, elle vise à poser des conditions d’usage de technologies agricoles à forte intensité énergétique soutenues par les grandes multinationales, plutôt qu’à soutenir la productivité des petits fermiers.
Mais la Commission européenne a rejeté ces affirmations, affirmant qu’elle a proposé un certain nombre d’initiatives pour aborder le problème de la hausse des prix de l’alimentation. Cela comprend des efforts pour conclure le Cycle de Doha de négociations commerciales mondiales, dont elle dit qu’il devrait contribuer à générer des revenus supplémentaires à l’exportation pour les fermiers dans les pays en développement, stimuler la production et faciliter l’accès aux produits alimentaires.
Les programmes européens de coopération au développement http://ec.europa.eu/development/index_fr.cfm contribuent aussi au changement structurel dans les pays en développement, en promouvant la réforme des politiques agricoles, des institutions et de la gestion des terres, ainsi que l’investissement dans le développement rural, affirme-t-elle.
La Commission est en désaccord complet avec le rapport, d’après les déclarations d’un porte-parole à EURACTIV, qui a dénoncé des arguments éculés et caricaturaux. L’UE, selon le porte-parole, a amendé sa politique pour que les subventions nuisent au commerce au minimum et a ouvert totalement les marchés aux 50 pays les plus pauvres du monde.
L’UE a aussi récemment lancé un mécanisme d’aide financière européen à hauteur d’un milliard d’euros, pour s’attaquer aux pénuries alimentaires dans les pays en développement, accroître la capacité de production de nourriture et améliorer la manière dont l’agriculture est gérée à long terme (EURACTIV 05/12/08, 25/11/08).
Biocarburants
Enfin, le rapport de l’ONG met en lumière le fait que les récents objectifs européens et américains en matière de biocarburants ont créé une demande artificielle, attirant l’attention des spéculateurs et encourageant la concurrence pour les terres et les autres ressources naturelles dans différents pays en développement.
Le rapport appelle l’UE et les Etats-Unis à assumer une responsabilité substantielle pour réduire au minimum les impacts de leur contribution à l’insécurité alimentaire mondiale et à soutenir une nouvelle approche du système alimentaire et agricole mondial.
L’UE et les Etats-Unis doivent contribuer, plutôt que bloquer l’établissement d’un modèle mondial tout entier pour l’alimentation et l’agriculture – un modèle hébergé par les Nations unies mais qui inclurait des acteurs non étatiques et mobiliserait toutes les forces en présence pour éradiquer la faim, a affirmé Alexandra Spieldoch, co-auteur du rapport.
Le rapport recommande aux législateurs européens et américains de se remettre sur le droit chemin par :
- Un changement des politiques commerciales, disjointes de la recherche d’un accès aux marchés pour les industries d’agroalimentaire européennes et américains ;
- La régulation des activités des entreprises, tant dans le pays qu’à l’étranger, pour faire la promotion de systèmes plus justes de production, distribution et consommation de la nourriture ;
- Des mesures pour combattre la volatilité des prix, y compris des réserves alimentaires, et une étroite réglementation et une interdiction de la spéculation excessive ;
- Une augmentation sensible de l’aide à l’agriculture.