Crise dans la zone euro : sommet en septembre ou pas ?

Les dirigeants de l'UE ne parviennent pas à se mettre d'accord sur l'organisation d'un sommet en septembre pour aborder la question de la crise dans la zone euro. Certains ont par ailleurs critiqué les manœuvres de la Banque centrale européenne s'agissant de l'achat d'obligations d'Etat sur le marché.

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Les dirigeants de l'UE ne parviennent pas à se mettre d'accord sur l'organisation d'un sommet en septembre pour aborder la question de la crise dans la zone euro. Certains ont par ailleurs critiqué les manœuvres de la Banque centrale européenne s'agissant de l'achat d'obligations d'Etat sur le marché.

La ministre espagnole des finances, Elena Salgado, a été la première a soulevé la question d'un sommet extraordinaire de la zone euro hier (9 août) lors d'une déclaration faite à la radio espagnole.

Mme Salgado a affirmé que son pays n'avait pas besoin d'un renflouement, mais elle a souligné que les décisions prises lors du sommet de la zone euro du 21 juillet devraient être rapidement mises en œuvre.

Les dirigeants ont décidé lors de ce sommet de lancer une nouvelle bouée de sauvetage de 160 milliards d'euros à la Grèce et d'élargir la portée du Fonds européen de stabilité financière (FESF) afin qu'il puisse acheter de la dette souveraine sur les marchés secondaires et renflouer les banques.

Concernant la possibilité de qualifier cet éventuel de sommet de réunion de crise, Mme Salgado a déclaré : « Nous avons eu des conversations téléphoniques et il est certain que nous organiserons une réunion début septembre ».

Le porte-parole de la Commission, Olivier Bailly, a dit à EURACTIV que l'exécutif européen n'était pas au courant de la tenue d'une telle réunion et que la ministre espagnole avait peut-être fait référence à une réunion entre les ministres des finances.

Les décisions prises lors du sommet requièrent une ratification par les parlements nationaux, ce qui ne devrait pas avoir lieu avant le mois de septembre, après les vacances d'été.

Mme Salgado a affirmé que les dirigeants européens restaient en contact par téléphone.

Dans le cadre de la présidence polonaise de l'UE, une réunion de l'Eurogroupe est prévue pour le 3 octobre à Luxembourg, les ministres des finances de l'UE devant se rencontrer le jour suivant.

Le premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, a déclaré qu'un sommet n'était pas nécessaire, dans la mesure où les Etats membres devaient se concentrer sur la mise en œuvre immédiate des mesures décidées.

Lors d'un entretien accordé à Bloomberg, M. Katainen a avancé que son pays était opposé à toute modification du FESF.

Un « Conseil de stabilité » pour la zone euro ?

L'Allemagne a, quant à elle, lancé l'idée de la tenue d'un « conseil de stabilité » de la zone euro pour imposer des sanctions aux mauvais élèves.

Le ministre allemand de l'économie, Philipp Roesler, a approuvé hier cette idée, ajoutant que les Etats membres devraient également passer des tests de compétitivité et notamment une évaluation de la flexibilité de leur marché du travail.

« Nous avons besoin d'un nouveau pacte de stabilité pour l'euro », a déclaré M. Roesler à Reuters. Il a ajouté qu'un tel organe assurerait une stabilité à long terme pour l'euro et qu'il présenterait une proposition (avec l'introduction d'un frein aux dépenses « à l'allemande ») à ses homologues européens lors de leur prochaine réunion.

M. Roesler, leader du partenaire minoritaire de la coalition allemande, le Parti libéral démocrate (FDP), a communiqué sa proposition à la chancelière, Angela Merkel, a affirmé une source.

Un porte-parole du ministère allemand des finances a déclaré que cette proposition n'avait pas été élaborée en coopération avec le gouvernement, alors que M. Roesler a affirmé qu'il s'agissait d'une proposition gouvernementale.

Ces contradictions mettent en exergue les tensions qui règnent entre le ministère de l'économie et le ministère des finances, dirigé par Wolfgang Schäuble, membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Angela Merkel.

« Union endettée » ?

Dans le même temps, en Slovaquie, un parti minoritaire de la coalition a ouvertement remis en question les décisions du 21 juillet sur le FESF, jetant le doute sur les chances de ratification au parlement dans le pays.

Richard Sulik, le président du parlement slovaque, a confié à l'agence TASR mardi qu'assumer les dettes des pays financièrement plus faibles revenait à transformer l'alliance politique de l'UE en une « union endettée », décrivant la situation comme une « voie rapide vers le socialisme ». M. Sulik est le leader du parti libéral Liberté et Solidarité (SaS).

« Ce serait comme pendant l'Union soviétique. L'Union soviétique avait 15 républiques, l'UE en aura 27 », a déclaré M. Sulík. Il a également critiqué la récente décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'acheter des obligations italiennes et espagnoles.

« Au SaS, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle [la proposition] ne passe pas au parlement », a martelé M. Sulík, ajoutant que le fait que ces mesures soient nécessaires, car un défaut de paiement dans certains pays pourrait causer une récession, n'était pas un argument valable.

« Parfait, laissons le PIB chuter pendant deux trimestres d'affilée. Cela représente les milliards que la Slovaquie aurait économisés », a-t-il déclaré.

Le ministre slovaque des finances, Ivan Mikloš, a affirmé que l'achat d'obligations d'Etats en péril sur les marchés par la Banque centrale européenne et la modification du FESF devraient être des actions temporaires et extraordinaires.

M. Mikloš, qui fait partie de l'Union démocrate et chrétienne slovaque – Parti démocrate (affilié au PPE) de la première ministre, Iveta Radi?ová, a dit à Reuters que le gouvernement slovaque ferait tout ce qu'il pourrait pour s'assurer que les parlements d'Europe centrale approuvent rapidement les nouveaux pouvoirs du FESF, mais il a reconnu que ce ne serait pas facile étant donné les différends qui règnent au sein des coalitions.

« J'accepte des achats sur le marché secondaire par la BCE ou le FEFS à condition qu'il s'agisse d'un outil extraordinaire utilisé dans une situation extraordinaire et non pas d'un outil permanent qui aboutirait en fait à une union de transfert ou à une union budgétaire », a expliqué M. Mikloš.

Parlements

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé aux dirigeants de la zone euro d'accélérer les procédures d'adoption au parlement pour le FESF et le MES. « Afin de mettre fin à l'incertitude, les procédures techniques et politiques devraient être finalisées d'ici début septembre », a affirmé le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, dans un communiqué écrit publié vendredi dernier. Toutefois, cet objectif serait difficile à atteindre.

En Slovaquie, le parlement se réunira le 6 septembre, mais aucune date n'a été fixée pour ce débat et le vote sur les mécanismes de la zone euro. Le parlement néerlandais se réunira également le 6 septembre, mais le vote sur le FESF et le MES n'est prévu que pour le mois d'octobre, au plus tôt.

En Finlande, il est possible que certains membres de la coalition au pouvoir (Parti social-démocrate de Finlande et Alliance de gauche) s'opposent à ces mesures. Les Vrais Finlandais dans l'opposition sont quant à eux fermement opposés aux renflouements en général.