Crise de l’élargissement de l’UE : l’audition de Marta Kos s’annonce difficile
La commissaire slovène désignée à l’Élargissement, Marta Kos, devra convaincre les eurodéputés qu’elle peut gérer l’un des portefeuilles les plus sensibles de l’Union européenne et éviter d'être rejetée lors son audition au Parlement européen, ce jeudi 7 novembre.
La commissaire slovène désignée à l’Élargissement, Marta Kos, devra convaincre les eurodéputés qu’elle peut gérer l’un des portefeuilles les plus sensibles de l’Union européenne et éviter d’être rejetée lors son audition au Parlement européen, ce jeudi 7 novembre.
L’élargissement étant une priorité majeure de la prochaine Commission européenne, les eurodéputés devraient examiner le dossier très attentivement lors de son audition jeudi matin.
Marta Kos est confrontée au Parlement européen alors que les nouveaux États candidats à l’adhésion à l’UE, la Moldavie et la Géorgie, sont confrontés à des résultats électoraux qui, d’une manière ou d’une autre, mettaient l’adhésion à l’UE en jeu. Ces deux événements ont tiré la sonnette d’alarme à Bruxelles quant au facteur d’attraction du processus d’élargissement de l’Union européenne.
Dans ses réponses écrites au Parlement européen avant son audition la candidate slovène s’est engagée à créer une stratégie de communication sur les avantages de l’adhésion à l’UE, dans un contexte de désinformation et d’ingérence russes croissantes visant la Moldavie et la Géorgie, dont les campagnes électorales ont été fortement marquées par la propagande anti-UE.
Certains eurodéputés ont toutefois critiqué en privé le fait que ses réponses étaient trop axées sur les initiatives de relations publiques, au détriment de la nécessité de renforcer le pouvoir d’attraction de l’UE sur les pays candidats à l’adhésion.
Les questions devraient donc porter sur la manière dont la commissaire désignée compte s’assurer que les six pays des Balkans occidentaux — l’Albanie, la Bosnie-et-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie — et le trio de l’Est — l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie — se rapprochent de l’objectif de l’adhésion.
Une question centrale sera de savoir à quelle vitesse cela pourrait se produire et si Marta Kos, sous la pression des eurodéputés, s’engagera à une date d’adhésion spécifique au cours de son mandat, qui s’achèverait en 2029.
Le Monténégro a exprimé son ambition d’être le premier nouveau membre d’ici 2028, tandis que la Moldavie et l’Ukraine ont la volonté ambitieuse d’adhérer d’ici 2030.
Marta Kos a déjà indiqué qu’elle chercherait à accélérer les processus d’adhésion en fermant ou en ouvrant les chapitres d’adhésion pertinents à la majorité qualifiée plutôt qu’à l’unanimité, lorsque cela sera possible, ce qui risque d’être controversé.
Une autre question clé pour les eurodéputés devrait être l’engagement de Marta Kos à traiter les pays candidats à l’adhésion de manière égale. Certains s’inquiètent du fait que, compte tenu de ses origines slovènes, elle pourrait consacrer plus de temps à certains pays des Balkans occidentaux, tels que la Bosnie-Herzégovine, au détriment d’autres.
La Turquie, dont la candidature à l’adhésion à l’UE est au point mort depuis des années, pourrait également devenir un sujet conflictuel. Chypre s’est récemment déclarée prête à négocier le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE en faveur de pourparlers sur le statut de la division de l’île.
Marta Kos a largement évité la question des réformes internes de l’UE dans les réponses écrites qu’elle a fournies avant l’audition de jeudi.
Il est attendu que les eurodéputés l’interrogent davantage sur la manière dont elle envisage de mener en parallèle l’adhésion et les réformes internes, ainsi que sur la manière dont elle prévoit de se coordonner avec le commissaire désigné italien Raffaele Fitto, qui sera en charge de la cohésion et des réformes.
Les eurodéputés se pencheront également sur son processus de nomination et le contexte politique dans lequel elle évolue.
La nomination de la candidate slovène n’a pas été sans heurts, après de longues querelles entre Bruxelles et Ljubljana et un retard dû à la politique intérieure qui a bloqué l’achèvement de la procédure de nomination.
Marta Kos a notamment été critiquée en raison de ses commentaires sur la Russie après l’invasion massive de l’Ukraine par Moscou, qui ont été interprétés comme étant conciliants.
Elle a également été accusée d’avoir travaillé pour les services secrets yougoslaves au début de sa carrière, ce qui pourrait être évoqué par l’un des cinq eurodéputés slovènes qui l’interrogeront jeudi.
[Édité par Anna Martino]