Dans la campagne, les politiques évitent "les vrais sujets"

Selon des correspondants étrangers à Paris, les candidats ne préparent pas les Français aux "sacrifices" qu’ils vont devoir faire. Hollande "fait la tortue", Sarkozy promet des réformes irréalisables et Mélenchon intrigue.

/ EURACTIV.fr
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Selon des correspondants étrangers à Paris, les candidats ne préparent pas les Français aux « sacrifices » qu’ils vont devoir faire. Hollande « fait la tortue », Sarkozy promet des réformes irréalisables et Mélenchon intrigue.

Le regard est sévère. Invités par EURACTIV.fr, Apco et l’institut Opinion Way à faire part de leur vision de la campagne présidentielle française, mercredi 4 avril, cinq correspondants à Paris de la presse européenne et internationale ont jugé les débats totalement décalés par rapport à la réalité de la crise économique qui frappe l’Europe, et en particulier la France.

Ils ont notamment réagi à l’étude Opinion Way sur le regard des étrangers sur la présidentielle françaises, dont les principaux résultats sont ici

>>> Ecouter le débat dans son intégralité diffusé par Euradionantes

La crise oubliée 

Pour Paul Taylor, correspondant de l’agence Reuters à Paris, les « vrais sujets » sont peu abordés dans la campagne. Les réductions des dépenses publiques et l’établissement de mesures d’austérité sont considérés comme des « pièges » par les candidats, et tout simplement ignorés. « La réponse des candidats sur les déficits publics touche à la fiscalité et pas au structurel ».

Les politiques ne préparent les Français aux sacrifices qu’ils vont devoir faire, a-t-il ajouté avant de s’interroger sur l’ »explosion sociale » qui pourrait avoir lieu après l’élection, à force de ne pas dire la vérité aux Français. 

Les candidats « font fi » du contexte économique actuel, a également estimé Gabriele Parussini, correspondant du Wall Street Journal. Pourtant, faire campagne en prônant des mesures d’austérité est faisable, « à condition d’avoir un vrai projet ».

La façon dont le Premier ministre britannique David Cameron a été élu, et, dans une moindre mesure, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, en seraient les preuves. 

Ces déclarations font écho à un article de l’hebdomadaire The Economist du 31 mars, qui avait jugé les candidats français en plein « déni » de la crise économique actuelle. 

« Campagne spectacle »

C’est une « campagne spectacle » polluée par de faux débats, a lâché le correspondant du groupe audiovisuel italien la RAI, Alberto Toscano, qui a raillé des propositions qui veulent faire le « buzz ». L’idée de François Hollande d’instaurer une tranche d’impôt à 75% pour les revenus annuels dépassant les 1 millions d’euros est « grotesque », et les propos de Nicolas Sarkozy sur Schengen de « la propagande ». 

Les candidats devraient plutôt parler de l’avenir du modèle social français, enjeu des années à venir. Si la France a mieux résisté à la crise que ses voisins en misant sur ses amortisseurs sociaux, elle a « creusé ses déficits », a rappelé Alberto Toscano. 

La France « nostalgique »

La nature du débat est révélatrice du « paradoxe français de la nostalgie et d’une volonté de changement », a-t-il ajouté. « On ne parle pas d’industrie, ni d’innovation, la France regarde peut-être un peu trop en arrière », selon le journaliste suédois Johan Tollgerdt (Svenska Dagbladet).

Le pays se voit « comme un perdant de la mondialisation ce qui n’est économiquement pas exact », renchérit Paul Taylor pour qui la presse française est en partie responsable de la vacuité des discours et des propositions, car elle ne ramène pas les débats politiques sur les vrais sujets. 

Le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, serait le seul à donner du souffle à cette campagne tout en représentant cette « nostalgie de mai 68 », a déclaré la journaliste grecque Ira Feloukatzi (Epikaira, Elefterotypia).

L’intrigant Mélenchon

La popularité du candidat d’extrême gauche intrigue d’ailleurs à l’étranger. A tel point que le Wall street journal a couvert son grand meeting à la Bastille. Mais, le candidat du Front de gauche ne devrait pas avoir une grande influence sur la politique menée par François Hollande si le socialiste était élu, ont estimé les journalistes présents.

« On n’entendra plus parler de Jean-Luc Mélenchon le 7 mai », a prédit Alberto Toscano. Paul Taylor a quant à lui ironisé sur le baiser du serpent que François Hollande ferait au leader du Front de gauche. Le socialiste n’aurait, selon lui, pas intérêt à entrer dans un marchandage avec le Front de Gauche pour les prochaines élections législatives. 

Hollande « la tortue »

Actuellement, Jean-Luc Mélenchon est un candidat beaucoup plus utile que nuisible pour la gauche, a cependant ajouté Ira Feloukatzi. « Il fait grossir les rangs de la gauche, en amenant avec lui les voix des écologistes, des gauchistes, et même des abstentionnistes. » Il joue « le tribun » pendant qu’Hollande « fait la tortue et courbe le dos ».

Selon Paul Taylor, le socialiste « vit dans l’évitement de l’erreur, et marche dans l’ombre de Nicolas Sarkozy volontairement » car il compte sur l’impopularité de Sarkozy pour gagner ».

Pour Alberto Toscano, cette campagne n’est d’ailleurs que la troisième mi-temps de celle de 2007. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal « étaient très différenciés et proposaient des innovations » comme la démocratie participative ou l’ouverture. Aujourd’hui, le président actuel paye ses promesses manquées. 

Critiquée en France, cette campagne est néanmoins « très observée par les États de l’UE, et l’alternance aurait un impact », a indiqué Gabriele Parussini. Les Grecs, par exemple, espèrent la victoire de François Hollande parce qu’il prône une renégociation du traité budgétaire et la relance de la croissance a précisé Ira Felukatzi.  

Selon l’étude EURACTIV.fr, Apco, Opinon Way, l’élection du socialiste paraît acquise. Un résultat peu étonnant à en croire notamment l’attitude des populations européennes qui, pendant la crise, ont eu tendance »mettre dehors » ceux qui détenaient le pouvoir, a rappelé Paul Taylor. Si Nicolas Sarkozy remportait l’élection, ce serait donc pour lui une « victoire majeure ».