Débat sur la PAC : plusieurs logiques s’affrontent à Bruxelles
Alors qu’a eu lieu à Bruxelles une conférence sur l’avenir de l’agriculture européenne, Paris et Berlin ont annoncé la parution d’une position commune en septembre.
Alors qu’a eu lieu à Bruxelles une conférence sur l’avenir de l’agriculture européenne, Paris et Berlin ont annoncé la parution d’une position commune en septembre.
Agriculteurs, transformateurs, industriels, consommateurs. La conférence de Bruxelles sur la politique agricole commune après 2013, lundi 19 et mardi 20 juillet, a été l’occasion d’entendre des voix venant de tous côtés.
«Les agriculteurs se trouvent pris en tenaille», a déploré le porte-parole des agriculteurs, le président de la Copa Padraig Walshe. Cet Irlandais a insisté sur la vulnérabilité des producteurs face à des marchés de plus en plus volatils. «Les multinationales peuvent faire face à la volatilité. Ce n’est pas notre cas», a-t-il affirmé.
Alors que le débat sur la compétitivité dans l’agriculture est très fort, le syndicaliste a affirmé qu’il était impossible de demander aux agriculteurs de «produire des aliments de qualité à faible prix». «Le revenu moyen d’un fermier est deux fois moins élevé que dans les autres professions», a-t-il rappelé, en soulignant que les deux tiers des agriculteurs dépendait des subventions européennes.
Padraig Walshe a également regretté la mise en concurrence des produits européens avec d’autres, dont la fabrication ne suit pas les règles communautaires. Une manière de dénoncer la récente réouverture des négociations entre l’UE et le Mercosur.
Bien-être des zones rurales
Au-delà des questions commerciales, des participants ont également défendu une PAC capable de soutenir les zones rurales. «L’avenir de la société européenne est lié à ce que sera le développement rural», a dit Paolo Bruni, le patron du Cogeca, qui réunit 30 000 coopératives européennes.
«Il faut se concentrer sur le bien-être des zones rurales», a aussi affirmé Michaël Dower, de la convention agricole et rurale (Arc 2020). Il a notamment plaidé pour que les terres agraires soient maintenues en bon état, et que les enfants bénéficient d’une «éducation poussée» afin de mieux relier alimentation et santé. Pour Arc 2020, lié au Groupe de Bruges, il faut absolument combattre les phénomènes d’exode rural. «Nous devons contribuer à la regénération du paysage en luttant pour l’agriculture de subsistance, et le développement des productions durables», a-t-il poursuivi.
Le thème de la ruralité a également été défendu par les représentants des transformateurs européens. «La plupart des sociétés de notre secteur sont situées dans des zones rurales», a ainsi plaidé la présidente du groupe politique agricole de la Confédération des industries agro-alimentaires de l’Union européenne, Susanne Langguth.
«Les importations sont une nécessité économique de notre secteur», a-t-elle jugé, tout en affirmant que les membres de son organisation transformait 70% des produits agricoles européens. «La PAC doit être un filet de sécurité pour garantir la sécurité d’approvisionnement», a-t-elle poursuivi.
Le consommateur, « point cardinal »
Elle a décrit les transformateurs comme l’un des «maillons faibles» de la chaîne alimentaire, assimilant ainsi leur situation à celle des agriculteurs. «Nous sommes soumis à de très vives pressions de la part du commerce de détail», a-t-elle justifié. Et de poursuivre : «Nous ne sommes pas sur un pied d’égalité avec les détaillants.»
Des priorités sensiblement différentes de celles énumérées par le président du Comité européen de liaison des commerces agro-alimentaires (CIAA), Joop Stet. «Les produits doivent être conformes à ce qu’en attendent les consommateurs : sûrs et à des prix concurrentiels», a-t-il jugé. Il s’est notamment élevé contre une modification des règles de concurrence dans le secteur agricole. Envisagés par la Commission, ces changements permettraient précisément de renforcer la place des producteurs en face des autres acteurs de la chaîne agro-alimentaire.
Face à ces exigences, la présidente du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), Monique Goyens, a affiché une vision un peu plus nuancée. «La politique devrait être orientée vers le consommateur», a-t-elle plaidé, en affirmant qu’une telle orientation devrait être le «principe cardinal» de la PAC.
«Il faut des prix justes et équitables, mais pas forcément concurrentiels», a-t-elle insisté. «Accepteriez-vous qu’il y ait sur le marché des jouets dangereux parce qu’ils seraient moins chers?», a-t-elle lancé.
Car pour elle, la question des importations se pose sous un tout autre angle que celui des relations commerciales. «Il faut préserver la qualité des aliments en Europe, quelle que soit leur origine», a-t-elle insisté. «Ce que je veux, c’est que la viande que je mange ne me fasse pas trépasser.» Pour les consommateurs, l’une des solutions consiste en un accroissement de la transparence dans le secteur agro-alimentaire. «Il faut non seulement une transparence des prix, mais aussi des conditions de production et des conditions nutritionnelles», a préconisé Monique Goyens.