Débloquer l'avenir de l'hydrogène au Kazakhstan : l'UE est encouragée à accroître son soutien
Le Kazakhstan a le potentiel pour devenir un acteur majeur du marché émergent de l’hydrogène, non seulement dans le contexte d’une connectivité énergétique renforcée en Asie centrale, mais aussi en tant que fournisseur du marché européen.
Récemment, l’Allemagne a organisé une semaine de formation sur l’hydrogène vert à Astana dans le cadre d’une initiative stratégique visant à promouvoir et à exploiter le potentiel du Kazakhstan en tant que futur centre de production d’hydrogène vert.
Le vice-ministre kazakh de l’énergie, Bakytzhan Ilyas, qui participait à l’événement, a souligné l’importance stratégique de l’hydrogène vert pour le développement économique durable et les objectifs climatiques.
Grâce à ses importantes ressources en énergies renouvelables et à sa solide base industrielle, le Kazakhstan est bien placé pour mener des projets pilotes et développer des infrastructures dans ce domaine. C’est ce qu’a également souligné l’ambassadrice allemande Monika Iwersen.
Des défis au milieu d’un potentiel
Selon une évaluation de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), le Kazakhstan dispose d’un bon potentiel pour la production à grande échelle d’hydrogène vert et bleu.
La BERD souligne également la position stratégique du pays sur la route de la soie, qui relie l’Europe et la Chine, et identifie les demandes nationales d’hydrogène dans les secteurs du raffinage, de l’ammoniac et de l’exploitation minière.
De son côté, la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU) recommande la prudence dans le développement de la production d’hydrogène, en particulier dans la région de l’Asie centrale, où la pénurie d’eau est un problème.
C’est pourquoi la CEE-ONU suggère de se concentrer sur l’hydrogène bleu en tant que solution transitoire. Le Kazakhstan ne pourra débloquer des opportunités supplémentaires qu’en comprenant les liens entre les différents éléments et en mettant en œuvre des systèmes efficaces.
Une tâche qui n’est pas simple
En 2024, le ministère de l’énergie du Kazakhstan a approuvé le concept de développement de l’énergie hydrogène jusqu’en 2040. À cette date, au moins 50 % de la production totale prévue devrait être de l’hydrogène vert.
Toutefois, comme l’a reconnu Manuel Andresh, chef du bureau de la diplomatie de l’hydrogène à Astana, la transition vers l’énergie verte est loin d’être simple. L’hydrogène vert joue actuellement un rôle limité dans l’industrie kazakhe.
Il est principalement utilisé dans les raffineries et la production d’engrais, mais il est prometteur pour la décarbonisation des secteurs difficiles à abattre. Le bureau aide les entreprises kazakhes à passer des combustibles fossiles à l’hydrogène vert grâce à des analyses techniques et financières gratuites.
Néanmoins, M. Andresh est optimiste : la géographie favorable du pays et son expérience en matière d’exportation d’énergie le placent en bonne position pour devenir un exportateur clé d’hydrogène vert, en particulier vers l’Europe via des itinéraires tels que le corridor de transport international transcaspien.
Approvisionnement de l’UE
Lors du sommet de Samarkand début avril, le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev a lancé un grand projet impliquant son pays, l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan pour fournir de l’énergie verte à l’Europe via le corridor Caspienne-Mer Noire.
Selon le groupe de réflexion néerlandais Clingendael, ce corridor d’énergie verte pourrait permettre aux trois pays de fournir de l’électricité renouvelable au marché européen, alors que l’UE cherche à renforcer sa sécurité énergétique.
En se positionnant comme un producteur clé et un centre de transport d’énergie renouvelable, d’hydrogène vert et de matières premières essentielles, la région de la mer Caspienne pourrait devenir une alternative pour l’UE afin de diversifier ses approvisionnements en énergie par rapport à la Russie.
Bien que l’influence de la Russie sur ces pays remette en question les intérêts de l’Europe en matière de sécurité énergétique, les investissements pourraient aider l’Union à renforcer sa position géopolitique dans la région et à garantir l’accès à des matières premières essentielles.
Décarboniser d’abord, exporter ensuite
Le Carnegie Endowment suggère que le Kazakhstan utilise en priorité l’hydrogène vert pour décarboniser ses industries, plutôt que de se concentrer uniquement sur les exportations, étant donné la lenteur du développement des marchés mondiaux de l’hydrogène et le manque d’infrastructures de transport.
La décarbonisation des industries sidérurgiques, chimiques et de raffinage pourrait offrir des avantages économiques et environnementaux plus importants. L’auteur cite le Chili et le Maroc comme des pays qui sont déjà passés de l’exportation au développement d’industries vertes pour des produits de plus grande valeur.
Bien que le Kazakhstan dispose des ressources renouvelables nécessaires pour produire de l’hydrogène vert de manière compétitive et que le concept de développement marque un progrès, il manque encore d’objectifs clairs ou d’incitations pour stimuler la décarbonisation de l’industrie.
Mais avec le soutien de l’UE pour mettre en place des cadres réglementaires, attirer les investissements et promouvoir la recherche, le Kazakhstan a le potentiel pour devenir un leader régional dans le développement d’industries propres, plutôt que de dépendre de marchés d’exportation incertains.