Des dizaines de milliers de manifestants contre l'ouverture d'une mine de lithium en Serbie

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblées dans le centre de Belgrade samedi 10 août pour exiger l’arrêt d'un projet d'extraction de lithium par le groupe Rio Tinto, dans l’ouest de la Serbie, craignant que la mine ne pollue les terres et les eaux avoisinantes.

EURACTIV.com avec Reuters
Rally against lithium mining in Serbia
Les manifestants ont envahi les rues menant à la place Terazije, brandissant des drapeaux serbes et scandant « Vous ne creuserez pas » et « Rio Tinto dégage de la Serbie ! ». [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblées dans le centre de Belgrade samedi 10 août pour exiger l’arrêt d’un projet d’extraction de lithium par le groupe Rio Tinto, dans l’ouest de la Serbie, craignant que la mine ne pollue les terres et les eaux avoisinantes.

Ils étaient très nombreux, malgré la chaleur de cette période estivale, à envahir samedi les rues menant à la place Terazije, brandissant des drapeaux serbes et scandant « Vous ne creuserez pas  » et «  Rio Tinto dégage de Serbie  !  ».

Rio Tinto est un groupe minier anglo-australien, régulièrement accusé de mener des projets très néfastes pour l’environnement.

« Il n’y aura pas d’exploitation minière », scandait la foule, en accusant le gouvernement serbe de « trahison », pour avoir relancé un projet de mine dans la vallée du Jadar et signé un accord stratégique avec l’Allemagne et l’Union européenne (UE) sur l’exploitation de lithium.

Le 19 juillet, le président serbe Aleksandar Vučić, le chancelier allemand Olaf Scholz et le commissaire européen à l’Énergie Maroš Šefčovič se sont en effet accordés pour permettre aux producteurs des États membres de l’UE d’accéder aux matières premières extraites en Serbie, dont le lithium.

Deux ans plus tôt, les autorités serbes avaient interrompu les négociations avec Rio Tinto, en réponse aux mobilisations de citoyens serbes et d’associations de défense de l’environnement.

Zlatko Kokanović, l’un des chefs de file des manifestants, par ailleurs agriculteur dans la région de Jadar où la mine de lithium est prévue, a exhorté samedi les protestataires à bloquer le centre de Belgrade.

Plusieurs manifestations ont aussi eu lieu dans d’autres villes de Serbie.

«  Nous ne baisserons pas les bras. La mine ne peut pas être construite sur des terres agricoles  », a affirmé Mica Miliovanović, une travailleuse de 63 ans. «  Cela n’a rien à voir avec la politique  ».

De son côté, le gouvernement serbe a expliqué que ces manifestations visaient à faire tomber le président Aleksandar Vučić.

Vendredi 9 août, ce dernier a indiqué que les autorités serbes avaient reçu des informations de la Russie selon lesquelles un coup d’État serait en cours de préparation dans le pays, par des puissances occidentales non identifiées.

«  Nous avons des raisons d’être prudents  », a déclaré le vice-premier ministre Aleksandar Vulin à l’agence de presse Tanjug samedi.

Si elle venait à voir le jour, la mine de lithium du Jadar pourrait couvrir 90 % des besoins actuels de l’Europe en lithium et faire de Rio Tinto l’un des principaux producteurs de lithium au monde.

Le lithium est un élément essentiel des batteries des véhicules électriques et des téléphones portables.

Des représentants du gouvernement affirment que cette mine stimulerait l’économie de la Serbie, mais les écologistes estiment que son prix sur l’environnement serait trop élevé.

L’objectif à terme est de réduire la dépendance de l’UE aux importations en provenance d’Amérique et d’Asie.

Le 11 août au matin, le Président Aleksandar Vučić s’est adressé aux citoyens serbes, reconnaissant que « la manifestation s’est déroulée dans une atmosphère démocratique », avant de dénoncer les blocages des gares et des autoroutes. Il a également ouvert la voie à la tenue d’un référendum sur l’exploitation du lithium.

Les manifestants ont pour leur part dénoncé les condamnations à 30 et 40 jours de prison de plusieurs activistes du collectif Ne Damo Jadar (« Ne donnons pas le Jadar »).