Des entreprises souhaitent un rôle fort dans une nouvelle politique de développement
Des associations professionnelles d’Europe et d’autres pays avancés tentent de marquer de leur empreinte un nouveau cadre réglementaire du développement mondial. Elles ont demandé que le secteur privé joue un rôle important afin de sortir les nations défavorisées de la pauvreté.
Des associations professionnelles d’Europe et d’autres pays avancés tentent de marquer de leur empreinte un nouveau cadre réglementaire du développement mondial. Elles ont demandé que le secteur privé joue un rôle important afin de sortir les nations défavorisées de la pauvreté.
L'initiative de petites et grandes entreprises en amont de réunions clés, dont une organisée cette semaine en Indonésie, fait partie de la manoeuvre pour donner forme aux nouveaux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les huit objectifs de lutte contre la pauvreté qui arrivent bientôt à terme après 15 ans.
« Afin que les objectifs d'après 2015 contribuent à mener à bien le programme du développement mondial, nous estimons qu'ils devront essentiellement soutenir la croissance et le développement d'entreprises de toutes tailles dans le monde de manière responsable et durable », peut-on lire dans une lettre envoyée par des entrepreneurs au groupe de haut niveau des Nations unies qui influe sur le futur programme des OMD.
Le Comité consultatif économique et industriel (BIAC) auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques, la Chambre de commerce international et sept autres organisations ont signé cette lettre. Ensemble, ils représentent, outre des petites entreprises, certaines des plus grandes sociétés au monde.
Une voix dans les prochains OMD
Largement laissées pour compte lors des négociations qui ont établi les OMD en 2000, les entreprises travaillent cette fois-ci pour influencer le prochain cadre réglementaire de lutte contre la pauvreté. La propre feuille de route de l'Union européenne pour les objectifs de développement après 2015, « Une vie décente pour tous », se fondait également sur des consultations avec des entreprises et des organisations de la société civile.
« Nous aimerions que l'accent soit mis sur le rôle que peut jouer le secteur privé », a déclaré Jonathan Greenhill, responsable des politiques au BIAC. « Nous pensons que […] les OMD se focalisaient trop sur les besoins et pas assez sur la manière de les réaliser. »
L'UE et d'autres donateurs importants ont convenu lors d'une conférence internationale en 2011 de l'amélioration de leur coopération sur l'aide au développement et ont demandé que le secteur privé soit plus impliqué afin de réduire la pauvreté extrême grâce à des investissements et à la création d'emploi.
« Pour nous, les entreprises, cela représentait un réel tournant, car jusqu'alors, on ne parlait que de l'efficacité de l'aide, mais ici [à la conférence], les thèmes étaient plus larges : l'efficacité du développement et la reconnaissance de partenaires importants comme les entreprises », a indiqué M. Greenhill lors d'un entretien téléphonique depuis Paris, siège du BIAC.
« C'est le genre de réflexion que nous aimerions voir […] dans les OMD, pas seulement l'afflux de l'aide vers ces pays, mais l'établissement d'un meilleur environnement commercial pour les entreprises. Grâce à cela, nous pensons générer cette évolution », a-t-il ajouté.
Les organisations caritatives sont sceptiques
Des groupes de défense se méfient cependant de l'idée de combiner le développement commercial et humain.
Lors d'une conférence organisée au Parlement européen le 21 mars, des eurodéputés et des défenseurs de la lutte contre la pauvreté ont admis que les fonds pour le développement étaient sous pressions en raison de crises budgétaires dans les États donateurs traditionnels. Ils remettent toutefois en doute un passage des politiques de l'UE vers une combinaison de prêts et de dons afin de contribuer à la croissance du secteur privé.
Le Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad), l’une des organisations représentées à la conférence, a estimé que le soutien financier international du secteur privé dépassera les 100 milliards de dollars (77 milliards d'euros), contre 40 milliards de dollars (31 milliards d'euros) en 2010.
Jesse Griffiths, le directeur d'Eurodad, a déclaré à EURACTIV que la plupart des investissements étaient destinés à des pays à revenu intermédiaire plus qu'aux nations les plus pauvres « où il existe une lacune énorme en matière d'infrastructure ».
« Très peu d'investissements privés étrangers sont destinés aux pays les plus pauvres », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu'il existait peu d'autres solutions pour que l’aide des donateurs lutte contre les « lacunes énormes en matière d'infrastructure » dans les pays les moins avancés.
En amont de la réunion du groupe de haut niveau sur l'île indonésienne de villégiature Bali, Eurodad et sept autres organisations caritatives ont déclaré que l'envoi d'argent à des entreprises privées grâce à la combinaison des ressources tend à privilégier les entreprises multinationales et les grandes banques à l'éradication de la pauvreté. Ils ont également exhorté les décideurs politiques à repenser les politiques de développement de l'UE qui favorisent la combinaison afin d'encourager la croissance du secteur privé.
Dans un communiqué, Eurodad et ses partenaires « expriment leurs préoccupations profondes et se demandent si ces nouveaux mécanismes de coopération qui favorisent le secteur privé répondent à l’objectif principal de la coopération au développement de l'UE, à savoir l'éradication de la pauvreté et, dans le cas de l'Amérique latine, la cohésion sociale. »
« Nous avons demandé au Parlement européen d'appliquer ses prérogatives de contrôle démocratique et de garantir que l'utilisation de fonds publics européens pour la coopération au développement passe exclusivement par la cohésion sociale et l'éradication de la pauvreté », ont indiqué les ONG.
La lutte contre la pauvreté accompagnée de la croissance
À l'instar d’organisations de la société civile, des entreprises et leurs associations professionnelles ont gagné en assurance lors de rassemblements mondiaux. Plus de cadres d'entreprises que de dirigeants nationaux ont assisté à la Conférence de Rio sur le développement durable en juin dernier. Barack Obama, Angela Merkel et David Cameron n'y étaient pas présents.
>> Lire notre édition spéciale sur la Conférence Rio+20
BIAC et d'autres organisations professionnelles souhaitent que le cadre réglementaire de l'après 2015 comprenne des objectifs afin d'améliorer les possibilités de financement ainsi que des environnements juridiques et d'investissements dans des pays en développement.
BIAC veut également que l'on se base sur les OMD originaux afin d'améliorer l'éducation, l'égalité des genres, les soins de santé et la viabilité environnementale.
M. Greenhill a déclaré que la finance privée était importante dans l'atteinte de ces objectifs et qu'il soutenait l'élan dans les discussions sur le cadre réglementaire de l'après 2015.
« Grâce à l'amélioration de l'environnement commercial dans ces pays et de la hausse d'investissements et du commerce qui peuvent en découler, cela ouvre des possibilités aux investisseurs et aux entreprises », a-t-il déclaré.
« Il existe un argument commercial pour cela, mais dans le même temps cela contribue à la croissance et à l'augmentation de la prospérité et du développement des infrastructures. Pour la population, il y a un aspect de développement. »