Des États membres de l’UE s’opposent à l’interdiction totale des importations de gaz russe
La Commission européenne veut interdire les contrats gaziers avec la Russie d’ici 2028, mais plusieurs pays enclavés demandent des délais et une réévaluation en cas de paix en Ukraine.
La Commission européenne devrait proposer mardi 17 juin au Parlement européen à Strasbourg des mesures visant à interdire les contrats gaziers russes à court terme dans un délai d’un an et à supprimer progressivement les contrats à long terme d’ici 2028.
Mais cette proposition se heurte à l’opposition de trois pays enclavés et dépendants de la Russie pour leur approvisionnement énergétique : l’Autriche, la Hongrie et la Slovaquie.
L’Autriche n’a cessé d’acheter du gaz russe qu’il y a six mois et met en garde contre une hausse des prix. La Hongrie et la Slovaquie continuent quant à elles d’importer du gaz de Gazprom, une société contrôlée par l’État, via un gazoduc alternatif, tandis que les achats de gaz naturel liquéfié (GNL) russe par l’UE ont augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Le débat sera « violent », a averti le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó. La Slovaquie, dont le Premier ministre Robert Fico était le seul dirigeant européen à avoir assisté aux célébrations de la Journée de la Victoire à Moscou en mai, a pour sa part déclaré qu’elle était « fondamentalement en désaccord » avec le plan de la Commission et a averti qu’il entraînerait une hausse des prix de l’énergie.
L’Autriche, de son côté, se méfie de « l’impact sur les prix qu’une telle décision [à l’échelle de l’UE] pourrait avoir », a expliqué la secrétaire d’État à l’Énergie Elisabeth Zehetner à Luxembourg.
Selon une version préliminaire du plan de la Commission, divulguée par le Financial Times, les pays enclavés tels que l’Autriche, la Hongrie et la Slovaquie pourraient se voir accorder jusqu’en 2027 pour mettre fin à leurs contrats à court terme avec les fournisseurs russes.
Vienne souhaite également préparer l’après-guerre en Ukraine.
« Il est évident qu’une fois la guerre terminée, cet élément devra être pris en compte », a souligné Elisabeth Zehetner, laissant entendre que l’Autriche pourrait soutenir la reprise des importations d’énergie russe après la guerre.
Mesures sur l’uranium enrichi suspendues
L’approvisionnement énergétique nucléaire de l’Europe reste également dépendant de la Russie.
Plusieurs pays, dont la Finlande et la Bulgarie, continuent de dépendre de combustibles nucléaires russes pour leurs réacteurs hérités de l’ère soviétique. Beaucoup n’ont pas encore trouvé d’alternatives à Rosatom, le fournisseur nucléaire contrôlé par l’État russe.
Un projet de l’UE visant à imposer des droits de douane sur les importations d’uranium enrichi russe a été suspendu pour l’instant, a fait savoir le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen.
« Le nucléaire est une question complexe, car nous devons être absolument certains de ne pas mettre les pays dans une situation où ils ne disposent pas d’une sécurité d’approvisionnement », a-t-il reconnu. « Nous travaillons aussi vite que possible pour intégrer cet aspect dans la proposition. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]