Des experts affirment que l’UE doit se montrer prudente avec le monde arabe
En amont de la visite du premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, à Bruxelles aujourd’hui, des experts déclarent que l’Europe doit équilibrer ses efforts de soutien à la transition démocratique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
En amont de la visite du premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, à Bruxelles aujourd’hui, des experts déclarent que l’Europe doit équilibrer ses efforts de soutien à la transition démocratique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Alors que l'esprit révolutionnaire du printemps arabe s'est propagé, ouvrant la voie à des changements politiques majeurs, l'Europe occupe aujourd’hui une position idéale pour proposer son soutien aux nouveaux gouvernements en Égypte, en Libye, en Tunisie et ailleurs.
Les législateurs européens soulignent toutefois qu'ils ne s'impliqueront qu'à la demande explicite des pays concernés.
« Il est essentiel de reconnaitre que nous ne pouvons apporter notre aide que s'il y a une véritable volonté de réaliser des progrès », a indiqué Alexander Graf Lambsdorff, qui siège à la commission des affaires étrangères du Parlement européen. « La transition démocratique appartient aux pays en phase de transition […] et cela ne fait aucun doute. Nous n'agirons, par exemple, que si nous y sommes invités. »
M. Lambsdorff a lui-même dirigé une mission d'observation électorale de l'UE en Libye, en juillet dernier.
« Le gouvernement libyen nous l'avait bien sûr demandé », a-t-il expliqué. « Cela vaut également pour la Tunisie. Les Européens étaient présents parce que les autorités les avaient invités. Nous soutenons les pays en phase de transition, mais ils décident eux-mêmes de s'engager sur cette voie. Une fois qu'ils s'y sont engagés, nous pouvons les soutenir grâce à une pléthore de méthodes. »
Situation instable
Certains n’hésitent cependant pas à affirmer qu'il est dangereux d'en attendre trop de l'Union européenne dans une région si instable, où les pays sont toujours confrontés à des bouleversements politiques importants et à des conflits internes. La récente vague de protestations au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, suite à la sortie d'un film anti-Islam réalisé aux États-Unis, a renforcé ce sentiment.
« L'UE peut faire certaines choses dans certains pays et pas dans d'autres et je pense qu'il est important que l'UE reconnaisse cette diversité et cette complexité à mesure qu'elle essaye d'étendre l'aide apportée à une région qui traverse des changements assez dramatiques », a déclaré Todd Landman, professeur de sciences politiques et directeur de l'Institut pour la démocratie et la résolution des conflits à l'Université d'Essex en Grande-Bretagne.
Il était à Bruxelles à la fin du mois de septembre pour conseiller les décideurs européens.
M. Landman a indiqué qu'il était faux de supposer que les manifestants se battaient tous pour la même chose lorsqu'ils étaient descendus dans les rues l'année dernière. Mêmes s’ils appelaient au changement, ce n'était pas nécessairement défini en termes démocratiques. Les manifestants se battaient pour un changement économique ou politique au sens large.
M. Landman reconnait qu'une transition démocratique serait souhaitable d'un point de vue européen, mais il exhorte encore à la prudence.
« Nous devons déterminer la vision qu’a cette région de la démocratie, comment elle s'organise politiquement, quels seraient les résultats d'une procédure électorale quelconque et vérifier s'ils seraient satisfaisants et acceptables pour l'intérêt géostratégique général. Je pense que ce sont des questions majeures dont nous devons discuter », a-t-il déclaré à la Deutsche Welle, le service international de diffusion de l'Allemagne.
Soutien financier et technique
Mais cela ne signifie pas que l'UE est incapable d'aider le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord.
« L'Union européenne peut accomplir beaucoup de choses : elle est la plus importante pourvoyeuse d'aide au monde. Elle dispose d'un éventail impressionnant d'outils politiques et d’aides qu'elle peut étendre à ette région », a indiqué M. Landman. « Elle a bien sûr sa propre expériencce de la démocratie, des conflits et des élargissements qu'elle peut partager avec le reste du monde. Elle devient en quelque sorte une puissance civile qui peut partager sa propre expérience. »
Jörg Faust, de l'Institut allemand de développement, souligne que même si l'UE peut contribuer à la démocratisation dans cette région, elle ne peut pas « acheter la réforme ». L'Union européenne à en effet ses propres problèmes à régler.
« Je pense que la fragmentation intérieure de l'Union européenne pose problème lorsqu'elle tente de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme ailleurs », a déclaré M. Faust à la Deutsche Welle. « Il existe un gros problème de cohérence en ce qui concerne la promotion de la démocratie et des droits de l'Homme en Europe. »
L'enjeu est capital pour l'Europe lorsqu'il s'agit d'établir de nouveaux régimes dans le monde arabe. Mais les dirigeants européens soulignent qu'il revient à la population de ces pays de définir la direction qu'ils prendront dans le sillage de la révolution.
Si c'est fait de manière judicieuse, l'UE peut toutefois exercer une certaine influence sur les discours démocratiques en soutenant les organisations de la société civile, en promouvant certaines réformes de l'État et en proposant des conseils et son expertise aux autres dirigeants.