Des ministres bloquent la limitation de l’UE de certains biocarburants
Plusieurs ministres européens bloquent la proposition de l’UE visant à réduire l’utilisation de biocarburants conventionnels alors que certains affirment que la demande en carburants d’origine agricole contribue à la déforestation et à l’insécurité alimentaire dans d’autres régions du monde.
Plusieurs ministres européens bloquent la proposition de l’UE visant à réduire l’utilisation de biocarburants conventionnels alors que certains affirment que la demande en carburants d’origine agricole contribue à la déforestation et à l’insécurité alimentaire dans d’autres régions du monde.
La proposition de la Commission européenne d'un plafond de 5 % sur l'intégration des biocarburants de première génération dans les objectifs des États membres en matière d'énergie renouvelable inquiète une majorité des ministres européens de l'environnement. Il est pourtant prouvé que l'incidence du carburant sur les émissions de carbone est plus négative que celle du pétrole extrait de manière conventionnelle.
Un bloc de pays d'Europe centrale a mené les discussions lors du Conseil « Environnement » de la semaine dernière. Ces États contestent officieusement qu'en l'absence de réglementation, la demande européenne en carburants d'origine agricole (blé ou soja) augmenterait les prix alimentaires et encouragerait l'appropriation de terres dans les pays qui produisent des matières premières issues de la monoculture.
« Au sein du groupe de travail, la proposition formulée par la Commission est très peu soutenue », a déclaré une source du Conseil à EURACTIV. « Certaines craintes existent certainement. La Hongrie, la Pologne et la République tchèque considèrent le CASI principalement comme un problème pour les pays tiers où l'agriculture durable est moindre. »
Le CASI fait référence au changement indirect d'affectation des sols, au climat ou à la volatilité des prix alimentaires causés par le défrichage et les cultures destinées à la production de biocarburants. Il existe peu de preuves du CASI en Europe. Les ministres estiment donc que le maintien de la fourniture en Europe minimisera l'incidence de la monoculture à l'étranger.
« Ces pays indiquent qu'ils peuvent facilement répondre à la demande sans déplacer la production. Ils contestent le principe fondamental du CASI de ce côté », a-t-il ajouté. « Peu de gouvernements partagent cet avis […] Selon moi, cela crée de la demande dans d'autres régions du monde. »
Selon les États membres qui bloquent la proposition, un plafond sur les biocarburants de première génération les empêcherait d'atteindre les objectifs de l'UE de 10 % d'énergies renouvelables dans les transports d'ici 2020.
Effondrement du secteur
Lors du Conseil « Énergie » du 11 mars, les ministres ont formulé des doutes sur l'aspect scientifique du CASI. Ils ont indiqué qu'il n'était pas assez solide pour justifier une réglementation stricte de l'UE. Cette position a été défendue par le secteur.
Les ministres craignent l'effondrement du secteur des biocarburants conventionnels. Plusieurs pays ont déjà commencé à investir dans des carburants élaborés à partir de cultures alimentaires avant que l'UE ne recommande un passage à des sources telles que l'éthanol cellulosique ou les algues, considérées comme plus durables.
Connie Hedegaard, la commissaire européenne en charge de l'action pour le climat, a fermement défendu la proposition.
« L'instauration d'un plafond plus élevé diminuerait de manière significative l'efficacité [de la proposition] visant à réduire les gaz à effet de serre issus des biocarburants », a-t-elle déclaré. « La plupart des biocarburants de première génération réalisent peu ou pas d'économies de gaz à effet de serre, lorsque nous tenons également compte des émissions du CASI. »
Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l'énergie, a toutefois indiqué aux ministres de l'énergie le mois dernier que la Commission était « flexible » sur le plafond.
Seuls la Belgique, le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont soutenu l'utilisation d'un modèle de comptabilité fondé sur le CASI, qui classerait les sources de biocarburant selon leurs émissions de carbone liées au cycle de vie.
Ed Davey, le ministre britannique de l'énergie et du changement climatique, a reproché à certains de ses homologues de ne pas avoir adopté une position plus ferme : « Nous avons fait une réelle erreur dans l'UE [sur les biocarburants] et nous devons y mettre fin. Le plus tôt sera le mieux. »
Monocultures
Lors d'un entretien, des représentants de communautés au Brésil et en Indonésie ont indiqué à EURACTIV que l'expansion des cultures destinées au marché des biocarburants engloutissait les terres auparavant utilisées pour la production alimentaire.
Nilfo Wandscheer, le président d'un syndicat et petit agriculteur au Mato Grosso (Brésil), a décrit comment l'usage intensif de pesticides sur les monocultures pollue les eaux souterraines et les champs destinés à la production alimentaire.
L'État du Mato Grosso est l'un des plus grands producteurs de monocultures pour le biodiesel au Brésil. De grandes entreprises pétrolières européennes participent à la production au Brésil, notamment Shell et BP.
« De nombreux produits chimiques utilisés dans les pesticides sont interdits dans l'Union européenne, mais ils les exportent quand même », a déclaré M. Wandscheer à EURACTIV.
En Indonésie, la vaste production d'huile de palme pour les biocarburants a poussé à l'appropriation de terres des populations autochtones qui ne détiennent pas d'autorisation écrite mentionnant leur droit de propriété, a indiqué Rinting Siten, membre de l'Indonesian Indigenous Peoples Alliance of the Archipelago.
Il a ajouté que les monocultures menaçaient la sécurité alimentaire et que les pesticides rendaient les réserves locales d'eau non potables.
Sans réglementation plus stricte de l'UE, le groupe d'action Oxfam estime que la demande en énergies renouvelables d'origine agricole augmentera davantage l'expansion de ce secteur, dont la croissance des volumes de production est déjà estimée à 4 % par an.
« L'UE doit mettre fin à cette tendance absurde d’utilisation d'aliments pour [produire] du carburant et réduire progressivement le soutien aux biocarburants d'origine agricole, a déclaré Marc-Oliver Herman, conseiller politique du bureau européen d'Oxfam.
« Les consommateurs européens financent à leur insu la faim et la destruction de l'environnement dans les pays pauvres à travers les milliards d'euros qu'ils payent en raison des obligations, des incitations fiscales et des subventions pour les biocarburants. »