Des subsides européens controversés pour une centrale au charbon en Slovénie

Les environnementalistes affirment que la nouvelle centrale au charbon, qui s'est vue octroyer un prêt de 770 millions d'euros auprès des institutions financières européennes, risque de tourner en ridicule les objectifs climatiques pour 2050 de l'UE.

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Les environnementalistes affirment que la nouvelle centrale au charbon, qui s'est vue octroyer un prêt de 770 millions d'euros auprès des institutions financières européennes, risque de tourner en ridicule les objectifs climatiques pour 2050 de l'UE.

La centrale à charbon de 600 MW qui est proposée à Termoelektrarna Sostanj en Slovénie remplacera cinq unités moins efficaces arrivées en fin de vie.

Néanmoins, cette centrale brûlera du lignite en quantités suffisantes pour épuiser tous les quotas de carbones du pays d'ici 2050, selon Jernej Stritih, le directeur du bureau gouvernemental pour le changement climatique en Slovénie.

La feuille de route de l'UE pour 2050prévoit une réduction de 80 à 95 % des émissions de gaz à effet de serre dans tous les Etats membres.

Deux tiers du coût total du projet de Sostanj, qui s'élève à 1,2 milliards d'euros, seront financés par un prêt d'une valeur de 550 millions d'euros accordé par la Banque européenne d'investissement(BEI) et 200 millions d'euros de prêts par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement(BERD), dans le cadre dusystème d'échange de quotas d'émissions(SCEQE)

Objections

EURACTIV a cru comprendre que la décision de la BERD n'avait été prise qu'après des discussions houleuses qui se sont soldées par un sentiment de déception pour les économistes qui avaient révisés les plans de modernisation de Sostanj.

Des objections ont été soulevées quant à l'impact d'un tel financement sur le développement des énergies renouvelables dans les Balkans et au manque de connectivité de Sostanj aux réseaux électriques régionaux.

Pour la BEI, le projet permettrait de réduire de 28 % l'intensité en carbone en comparaison aux cinq unités qu'il remplacerait et serait donc plus économe en énergie, explique Ducan Ondriejicka, un attaché de presse de la BEI.

En août 2010, l'ancien premier ministre slovène, Anton Rop, fut nommé vice-président de la Banque européenne d'investissement. M. Ondriejicka affirme que cette décision fait écho à un accord qui visait la nomination de vice-présidents issus des nouveaux Etats membres en 2004.

« Cela ne concernait pas la banque mais les Etats membres », a-t-il déclaré.

Piotr Trzaskowski, du groupe de pression environnemental Bankwatch, a qualifié le financement de Sostanj par l'Europe de « scandaleux ».

« Ils discutent d'une stratégie nationale pour le climat en Slovénie, mais si ce projet aboutit, la décarbonisation à long terme n'aura aucun sens », a-t-il expliqué. « Il s'agira encore d'affaires louches, comme d'habitude ».

Certains craignent également qu'un feu vert pour ce projet ouvre la voie à des financements similaires pour des centrales dans des pays voisins comme en Pologne. Si cela arrive, « cela tournera les objectifs climatiques de l'UE en ridicule », a affirmé M. Trzaskowski.

Toutefois, jusqu'à présent, aucune banque européenne n'a proposé de financement à la Pologne et comme l'a dit une source au sein des banques : « Les investisseurs privés peuvent voir dans quelle direction tourne le vent sur les centrales au charbon ».

Impasse au Parlement

La modernisation de Sostanj est actuellement bloquée au parlement slovène, où le sujet est devenu un enjeu politique entre le parti au pouvoir et l'opposition. Un vote parlementaire est attendu ce mois-ci.

« Nous encourageons bien évidemment les Etats membres à se diriger vers les technologies les plus propres possibles et à remplir tous leurs objectifs », a déclaré à EURACTIV Joe Hennon, le porte-parole de Janez Poto?nik's, le commissaire européen chargé de l'environnement.

« Mais le problème, c'est que ça ne va à l'encontre d'aucune loi et que ça dépend des Etats membres », a-t-il ajouté.

La Commission européenne a publiquement décidé que la centrale de Sostanj n'enfreignait pas la directive relative à l'évaluation des incidences sur l'environnement.

En coulisses cependant, le commissaire slovène semblerait être opposé au financement des centrales au charbon qu'il considère comme allant à l'encontre des objectifs de l'UE pour 2020.

Des sources diplomatiques ont laissé entendre à EURACTIV que de plus grands Etats membres auraient fait pression sur M. Poto?nik au cours des précédents scandales sur les subsides pour le charbon.

Certificat de bonne santé environnementale

Toutefois, concernant Sostanj, M. Hennon a souligné que la BEI avait déjà donné son « certificat de bonne santé environnementale ».

« La banque est censée avoir une vision structurée de tous les critères d'investissement et si vous êtes éligibles pour un financement, avous devez alors utiliser la meilleure technologie disponible », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que lorsque la technologie du captage et stockage du carbone (CSC) était arrivée sur le marché, la Commission attendait de la Slovénie qu'elle l'utilise.

Les environnementalistes se demandent si l'état actuel de la technologie, et de la géologie de la Slovénie, permettra un jour au CSC d'être déployé à Sostanj.

Pour le moment, le financement du projet dans le cadre du système d'échange de quotas d'émissions, qui avait pour objectif d'encourager le passage à l'énergie verte, ne fait qu'alimenter la déception des environnementalistes slovènes qui étaient supposés être des alliés.