Des troubles sociaux éclatent en France en réponse à la récession mondiale [FR]

Alors que la récession mondiale ne cesse de ravager l’industrie et l’emploi partout en Europe, la probabilité que des troubles sociaux éclatent sur le continent augmente. C’est le cas de la France qui subit aujourd’hui (29 janvier) ses premières grèves massives depuis des mois.

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Alors que la récession mondiale ne cesse de ravager l’industrie et l’emploi partout en Europe, la probabilité que des troubles sociaux éclatent sur le continent augmente. C’est le cas de la France qui subit aujourd’hui (29 janvier) ses premières grèves massives depuis des mois.

Le premier test majeur subi par un « grand » pays de l’UE en 2009 est celui de la France, bloquée par une grève générale contre les réformes économiques proposées par le président Nicolas Sarkozy.

Huit des principaux syndicats nationaux y participeront, encouragés par l’importance du soutien des électeurs français : en effet, presque 70 % sont en faveur des manifestations, selon un sondage du CSA. 

Ronald Janssen, économiste à la Confédération européenne des syndicats (CES), a déclaré à EURACTIV que les troubles sociaux en Europe vont « s’intensifier » et vont se multiplier jusqu’à l’explosion en réponse à la crise économique qui ne cesse de s’aggraver. Il a souligné que cette situation découle non seulement du fait que les Européens continuent « de perdre des emplois et que les chiffres du chômage augmentent, mais également parce qu’un grand nombre d’avantages sociaux seront mis en danger par les employeurs qui diront que pour garder son travail, il faudra accepter des diminutions de salaire ou de bénéfices ».

L’Europe dans le sillage de l’Islande ? 

Cette semaine, le Premier ministre Islandais, Geir Haarde, est le premier dirigeant européen à avoir perdu son emploi en conséquence directe de la crise économique. La chute du gouvernement de M. Haarde a été précipitée par des semaines de manifestations de colère à Reykjavik. Notamment, des effigies du Premier ministre à l’extérieur du Parlement. Avant d’être forcé à démissionner, M. Haarde a exprimé des craintes quant au fait que la crise économique puisse conduire à une crise politique. 
En effet, l’Islande pourrait bien être la girouette qui indique quelle voie prendra l’année 2009. Marko Papic, un analyste en géopolitique de Stratfor, a expliqué que qu’en terme de perception, l’Islande est le canari dans la mine de charbon. La situation du pays montre à quel point les évènements peuvent dégénérer dans le reste de l’Europe, a-t-il ajouté. 

En effet, après les échauffourées tumultueuses en Grèce l’année dernière (EURACTIV 11/12/08), le début de 2009 s’est poursuivi dans la même veine, avec des émeutes anti-gouvernement en Bulgarie, Lettonie et Lituanie, et des troubles sociaux qui ne cessent de gagner du terrain. Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international, a averti à la fin de 2008 que des troubles sociaux résultant de la crise peuvent éclater dans de nombreux pays, y compris ceux aux économies développées. 

De plus, M. Papic a souligné que plusieurs élections sont prévues en Europe en 2009 : en Slovaquie, Lituanie, Bulgarie, Ukraine et bien sûr en Allemagne. Ces pays devront faire campagne dans un contexte de crise économique, et par conséquent, tout trouble social existant sera mis en lumière et renforcé. 

L’Europe sociale s’effondrerait-elle ?

Le pire scénario, selon M. Janssen du CES, serait de voir l’essor des mouvements sociaux et de facto l’effondrement du modèle social européen tel que nous le connaissons. 

Un grand scandale se prépare dont on n’a pas encore conscience : les gouvernements essaient désormais de sauver les banques en injectant du capital et d’aider les entreprises en leur octroyant des garanties de crédit, ce qui va se traduire par des déficits publics élevés, a-t-il indiqué. 

En raison de cette situation, la Commission européenne, l’OCDE et les économistes en général feront pression à leur tour, a-t-il ajouté. Ce n’est pas viable pour les finances publiques, par conséquent il faudra restreindre la sécurité sociale, ce qui conduira à une attaque à l’encontre de l’Europe sociale, a indiqué l’économiste de la CES.  
Les citoyens vont commencer à se rendre compte, selon M. Janssen, qu’ils paient en fait la facture des excès des banques et du système de bonus des PDG. 

Par conséquent, les effets combinés du chômage de masse, de l’effondrement des systèmes de sécurité sociale et de l’intensification des troubles sociaux pourraient conduire à une crise majeure, a indiqué l’économiste. Il craint que le modèle social européen ne soit en train de s’effondrer.