Désinformation : à l'approche de l'élection présidentielle en Croatie, les autorités et les réseaux sociaux en alerte

Alors que les Croates se rendront aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle ce dimanche 29 décembre, les fonctionnaires et les autorités de régulation de l’Union européenne (UE) travaillent d’arrache-pied pour garantir le bon déroulement du scrutin.

EURACTIV.com
Preparations for parliamentary elections in Croatia
Un homme passe près des affiches électorales du Parti social-démocrate (SDP) et de sa coalition « Rivières de justice » (droite), des sociaux-démocrates (SD) (gauche) et du « parti Mozemo » (centre) à Zagreb, en Croatie, le 14 avril 2024. [EPA-EFE/ANTONIO BAT]

Alors que les Croates se rendront aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle dimanche 29 décembre, les fonctionnaires et les autorités de régulation de l’Union européenne (UE) travaillent d’arrache-pied pour garantir le bon déroulement du scrutin et éviter que ne se reproduise le scénario roumain.

Le renforcement des pouvoirs d’exécution de la Commission intervient à un moment où la désinformation pendant les campagnes électorales est particulièrement scrutée.

Mercredi 18 décembre, l’eurodéputé croate Gordan Bosanac (Verts) a adressé une lettre, consultée par Euractiv, aux commissaires européens à la Souveraineté technique Henna Virkkunen et à la Démocratie Michael McGrath, afin de les alerter sur le risque de désinformation pesant sur l’élection présidentielle croate. Il a notamment pointé le discrédit que pourrait subir la candidate de Možemo ! (Nous pouvons ! en croate) Ivana Kekin.

Selon le dernier sondage d’Europe Elects, publié en novembre, Ivana Kekin est actuellement à 8 %, en dessous de la moyenne de 10 % pour 2024.

Après avoir pris connaissance du courrier de Gordan Bosanac, la Commission s’est rapprochée de l’institution croate de modération de contenu HAKOM. Mais les détails des discussions entre les deux autorités sont restés confidentiels, ont confié à Euractiv les porte-parole de la Commission et de HAKOM.

Contrairement au cas roumain, cette « campagne de diffamation », comme l’appelle l’ONG locale de surveillance des élections Gong, ne semble pas être menée par des acteurs étrangers, a indiqué à Euractiv la directrice exécutive de Gong, Oriana Ivković Novokmet.

Préoccupé par ces rapports, l’eurodéputé croate Gordan Bosanac a soulevé la question avec l’eurodéputée Alexandra Geese (Verts, Allemagne), qui siège au sein de l’organe de la Commission en charge de surveiller l’application du DSA.

Alexandra Geese a confié à Euractiv que la question serait évoquée lors de la prochaine réunion de l’organe et lors de la prochaine réunion de la commission du Marché intérieur du Parlement (IMCO).

Les réactions des plateformes

Les plateformes de réseaux sociaux prennent également leurs propres mesures pour lutter contre cette campagne de désinformation.

Une fausse vidéo décrivant Ivana Kekin comme propriétaire d’une villa secrète, qui a atteint près de 140 000 vues sur TikTok, a été supprimée de la plateforme à la mi-décembre, a rapporté Gong, bien que l’ONG ait affirmé que d’autres contenus de désinformation ont fait surface par la suite.

En outre, Gong est désormais la cible de contenus diffamatoires sur Facebook et TikTok, selon Oriana Ivković Novokmet.

La directrice exécutive de Gong appelle donc la Commission, l’HAKOM et la Commission électorale d’État (DIP) à identifier qui se cache derrière ces campagnes de diffamation.

« Je reconnais les schémas [de la campagne de désinformation] : répandre des mensonges pour semer le doute dans l’esprit des gens et attaquer principalement les femmes politiques », explique l’eurodéputée Alexandra Geese à Euractiv, mentionnant les cas des présidentes géorgienne et moldave pro-UE Salome Zourabichvili et Maia Sandu.

TikTok a renforcé ses efforts de modération en Croatie avant les élections et continue d’interdire les publicités politiques payées, peut-on lire dans un communiqué de presse publié mercredi 18 décembre par la plateforme et adressé à Euractiv.

De son côté, Meta a lancé un outil de signalement permettant aux personnes concernées par des plaintes en diffamation de signaler le contenu. La politique de Meta est de déclasser les contenus qui ont été vérifiés et jugés faux par des vérificateurs de faits locaux, tels que l’ONG locale de vérification des faits Faktograf.

L’HAKOM a organisé une table ronde avec la Commission au début du mois de novembre avant la campagne avec Google, YouTube, Meta, TikTok et X, la Commission électorale nationale (DIP), Gong et Faktograf.

L’objectif était de « maintenir la transparence des élections et la vérification des faits », a indiqué un porte-parole de l’HAKOM à Euractiv.

Jusqu’à présent, l’HAKOM n’a observé aucune violation du DSA par les plateformes, a ajouté le porte-parole.

Un débat plus large

Commentant la récente enquête de la Commission sur TikTok, Alexandra Geese souligne que la désinformation n’est pas seulement une question de modération de contenu, mais aussi d’examen des systèmes de recommandation algorithmiques.

Selon l’eurodéputée verte, la désinformation se propage six fois plus vite que les informations fiables, ce qui signifie que les systèmes de recommandation peuvent constituer une menace systémique pour le discours public et les démocraties.

Pour préserver la démocratie, « nous devons non seulement supprimer les contenus illégaux, mais aussi empêcher qu’ils ne deviennent viraux », explique-t-elle.

« Les enquêtes ouvertes sur TikTok et Meta permettent à la Commission de parler à ces plateformes, d’accéder aux données ou aux algorithmes pertinents », a expliqué pour sa part un porte-parole de la Commission à Euractiv vendredi 20 décembre.

[Édité par Sarah N’tsia]