« Difficile » d’atteindre les objectifs environnementaux de l’UE d’ici 2030, selon l’Agence européenne de l’environnement

L’Agence européenne de l’environnement estime qu’il sera « difficile » pour les Vingt-Sept de respecter les ambitions environnementales de l’UE d’ici 2030, notamment en ce qui concerne la consommation d’énergie et l’agriculture biologique.

EURACTIV.com avec AFP
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« Notre analyse montre que les États membres doivent de toute urgence renforcer leurs actions pour répondre aux ambitions de l’Europe en matière d’environnement et de climat d’ici 2030 », a déclaré Leena Ylä-Mononen, directrice exécutive de l’AEE. [Shutterstock/Marina Varnava]

Dans un rapport publié lundi (18 décembre), l’Agence européenne de l’environnement (AEE) estime qu’il sera « difficile » pour les Vingt-Sept de respecter les ambitions environnementales de l’Union européenne d’ici 2030, notamment en ce qui concerne la consommation d’énergie et l’agriculture biologique.

Depuis l’adoption du premier programme européen d’action environnemental en 1973, l’UE évalue régulièrement la mise en œuvre de ses législations environnementales. Le dernier rapport en date, publié lundi par l’AEE, dresse un bilan mitigé des progrès réalisés par les États membres au niveau des objectifs du programme d’action pour l’environnement de l’UE, qui couvre la période 2021-2030.

Le plan d’action environnemental de Bruxelles comprend huit objectifs généraux, qui consistent en des objectifs politiques concrets, que l’agence évalue de « très probable » à « très improbable ».

« D’après l’analyse de l’AEE, l’UE pourrait ne pas atteindre la majorité de ses objectifs à l’horizon 2030 », a résumé l’agence basée à Copenhague dans un communiqué.

« Notre analyse montre que les États membres doivent de toute urgence renforcer leurs actions pour répondre aux ambitions de l’Europe en matière d’environnement et de climat d’ici 2030 », a déclaré Leena Ylä-Mononen, directrice exécutive de l’AEE.

Il faut « appliquer pleinement les lois actuelles, augmenter les investissements dans les technologies d’avenir et faire de la durabilité un élément central de toutes les politiques », a-t-elle souligné.

Gaz à effet de serre

Les progrès de l’UE en matière d’élimination du carbone dans le cadre de l’objectif d’absorption du CO2 dans le secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) sont particulièrement mauvais.

Pour rappel, l’UE souhaite restaurer et maintenir en bonne santé ses forêts et ses tourbières, qui pourraient ainsi permettre de stocker et de maintenir le carbone et le méthane dans les sols, l’objectif étant d’augmenter progressivement les absorptions et de réduire les émissions pour atteindre un objectif global.

Cet objectif global, qui est d’atteindre 310 millions de tonnes équivalent CO2 d’absorptions nettes dans le secteur UTCATF dans l’UE à l’horizon 2030 sera manqué de 50 millions de tonnes, estime l’AEE.

L’Agence attribue cette situation à « l’augmentation de la récolte de bois ainsi qu’à la diminution de la séquestration du carbone par les forêts vieillissantes dans certains États membres ».

Le Danemark, les Pays-Bas et l’Irlande devraient émettre 130 millions de tonnes d’équivalent CO2 au total, tandis que tous les États membres, à l’exception des Pays-Bas, émettront plus qu’au cours de la période 2013-2020.

A contrario, il est « sans doute probable » que l’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 soit réalisé pour 2030, relève l’AEE.

Il est également « très probable » que l’UE arrive à réduire de 55 % le nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air.

Consommation d’énergie et énergies renouvelables

Pour l’AEE, il est « très improbable » que l’UE réussisse à diminuer sa consommation d’énergie autant qu’elle se l’est fixé (992,5 millions de tonnes d’équivalent pétrole pour l’énergie finale et 763 millions de tonnes d’équivalent pétrole pour l’énergie primaire).

Pour atteindre l’objectif en 2030, « le rythme annuel moyen de réduction observé au cours des dix dernières années devra être trois fois plus rapide », a-t-elle indiqué.

En outre, atteindre une part de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation globale est un objectif jugé « peu probable » si l’on se base sur les projections des taux d’installation actuels.

« Une transformation profonde du système énergétique européen serait nécessaire au cours de cette décennie si l’on veut atteindre l’objectif », averti l’Agence.

Autres objectifs

L’UE est également à la traîne concernant d’autres indicateurs, tels que la part des bus dans le transport domestique, les matériaux recyclés ou l’agriculture biologique.

En effet, d’après l’Agence, il est « très improbable » que 25 % des terres agricoles soient cultivées selon les critères de l’agriculture biologique.

Les objectifs visant à atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes et des sécheresses ne seront probablement pas atteints, l’Agence jugeant qu’il serait « peu probable et incertain » que le bloc les atteignent.

En outre, il est « improbable et incertain » que les objectifs en matière d’économie circulaire, tels que la réduction de l’utilisation des matériaux et des déchets, soient atteints, principalement en raison de la hausse continue de la croissance économique et de la consommation qui en découle, entraînant l’utilisation de matériaux et la création de déchets.

Dans l’ensemble, l’empreinte environnementale de l’UE, qui a augmenté de 4 % depuis 2013, devrait connaître une nouvelle hausse. La réduction de l’impact de la consommation des citoyens européens semble « très improbable », selon l’AEE, en raison de « la croissance économique et des modes de consommation actuels ».

En revanche, la croissance de l’économie verte est bien engagée. En 2020, les industries vertes telles que celles du secteur des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la gestion des déchets, qui sont les principaux acteurs, représenteront 2,5 % du PIB de l’UE.

« Des augmentations sont attendues, notamment en ce qui concerne l’application des principes de l’économie circulaire et la transition vers une économie à faible émission de carbone », explique l’agence.

« Pour accélérer les progrès, il faut que les États membres appliquent davantage les lois existantes, prennent des mesures supplémentaires et intègrent le climat et l’environnement dans d’autres domaines politiques », a insisté l’institution.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]