Paris et Berlin doutent du schéma Eurovision pour relocaliser les agences de Londres
Les États membres devraient afficher un front uni face à Londres, selon des diplomates, qui révèlent la France et l’Allemagne aimeraient changer les modalités de décision.
Les États membres devraient afficher un front uni face à Londres, selon des diplomates, qui révèlent la France et l’Allemagne aimeraient changer les modalités de décision.
La Commission européenne a annoncé les six critères que les candidats à l’accueil de l’Agence européenne de médicaments (AEM) devront remplir. Les États membres ont jusqu’à fin juillet pour soumettre leurs dossiers de candidature, mais les discussions sur le déménagement de l’AEM et de l’Autorité bancaire européenne vont déjà bon train.
L’exécutif tente de minimiser la dimension politique des tractations et insiste sur le fait que la relocalisation des agences ne fait pas partie des négociations du Brexit, mais en est une conséquence qui devra faire l’objet d’un compromis entre les 27. La Commission est également déterminée à ce que le transfert soit décidé sans perte de temps.
Il s’agit néanmoins d’un test pour l’UE, à la fois au niveau politique qu’en termes de communication.
Selon des représentants proches des discussions, une ligne de fracture s’est créée entre les vieux États membres et les nouveaux sur le sujet. Le premier camp considère qu’il ne s’agit pas de la création d’une nouvelle agence, avec tous les critères que cela comporterait, alors que le second défend mordicus le principe d’« équilibre géographique ».
Une proposition de séparation de l’AEM en plusieurs départements dispersés a été avancée, et rapidement rejetée, étant donné le nombre de candidats.
Selon les informations obtenues par Euractiv, certaines capitales ont également exprimé des inquiétudes quant au critère d’« objectivité ». « On ne peut pas accepter que le nouveau siège de l’AEM dépende du nombre de vols directs avec les autres capitales européennes », estime une source proche du dossier, soulignant que cela exclut automatiquement certains États de la périphérie de l’UE.
Afficher un front uni
Un autre élément crucial des discussions du Conseil à ce sujet a été la décision des dirigeants européens de « ne pas envoyer le mauvais message au Royaume-Uni et au public ». Un bras de fer ou des tractations trop intenses entre capitales pourraient donner l’impression d’un manque d’unité et, surtout, de l’incapacité de l’UE à prendre sa première grande décision liée au Brexit.
« Nous avons discuté du sujet en long et en large et décidé d’une relocalisation rapide et efficace ; sans quoi nous risquons d’envoyer un mauvais message, celui d‘une incapacité à coopérer […] Un blocage de ces négociations ne sera pas bien vu, ni par l’opinion publique ni par Londres », continue le diplomate.
Il ajoute qu’une dispute au sein de l’UE serait interprétée par le Royaume-Uni comme un signe de faiblesse de la part de l’UE, ce qui serait gênant dans le contexte des négociations du Brexit. Cette opinion est avant tout mise en avant par les États qui ne sont pas candidats à l’accueil d’une des deux agences.
Paris et Berlin veulent changer les règles
Selon les informations obtenues par Euractiv, la France souhaite par dessus tout ne pas voir l’Autorité bancaire ne pas s’installer à Francfort. Alors que les banques installées à Londres s’interrogent sur leur propre relocalisation, leur motivation pour se diriger vers l’Allemagne serait alors trop dopée. En terme de revenus, accueillir l’Autorité bancaire en France serait plus intéressante.
Chaque pays présentera officiellement sa candidature en octobre. La Commission évaluera toutes les candidatures et un vote aura lieu au Conseil en novembre. Il semble que Paris et Berlin veuillent contourner la procédure, arguant que le système proposé ne fonctionnera pas, et que le choix devrait plutôt se faire sous forme d’un compromis.
« Au premier tour, les 22 pays candidat voteront pour eux-mêmes, puis, au deuxième tour, pour des candidats qui n’ont aucune chance pour favoriser leur propre profil. Au final, le pays qui remportera le plus de vote ne le fera que de très peu et la relocalisation sera peu légitime », explique une source diplomatique.
« Donald Tusk a pris parti pour le système de l’Eurovision pour apaiser les pays de l’Est, qui étaient très remontés » reconnait la source, tout en estimant qu’une discussion avant le vote lors du prochain conseil est désormais actée, et pourrait permettre de faire émerger une autre solution.