Donald Trump abandonne l’Ukraine et laisse l’Europe paralysée
Les violentes attaques de Donald Trump contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky — qu’il a qualifié de « dictateur », tout en accusant l’Ukraine d’avoir déclenché la guerre — ont soulevé une vague d’indignation, de conférences téléphoniques et d’impuissance à travers le continent.
BRUXELLES — Les violentes attaques de Donald Trump contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky — qu’il a qualifié de « dictateur », tout en accusant l’Ukraine d’avoir déclenché la guerre — ont soulevé une vague d’indignation, de conférences téléphoniques et d’impuissance à travers le continent.
Selon des personnes proches du dossier, les dirigeants européens n’ont par ailleurs pas réussi à se mettre d’accord sur une éventuelle participation de leur propre envoyé aux négociations entre les États-Unis et la Russie.
Deux jours seulement après avoir organisé un sommet de crise à Paris avec les autres grandes puissances européennes, en réponse aux propos de l’administration Trump du week-end dernier, le président Emmanuel Macron a convoqué mercredi une réunion virtuelle avec les puissances européennes plus petites, ainsi qu’avec le Canada, pour discuter de la crise transatlantique et de l’Ukraine.
Une fois de plus, la réunion a produit de nombreuses affirmations vagues sur la solidarité avec l’Ukraine et le besoin de paix, mais peu ou pas de détails.
« La France et ses partenaires ont une position claire et unie », a écrit Emmanuel Macron sur X jeudi matin. « Nous recherchons une paix durable et solide en Ukraine. »
Il a ajouté que l’Europe s’était engagée à investir davantage dans sa propre défense et que « des décisions seront prises dans les jours et les semaines à venir ».
Mais quelles décisions ?
Ces derniers jours, les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils ne considéraient plus l’Europe comme une priorité, et fait comprendre qu’elle n’était même plus vraiment une alliée.
Un envoyé européen pour les négociations ?
Dans ce contexte, les responsables de l’administration Trump ont poursuivi les discussions avec la Russie en Arabie saoudite sur un accord de paix visant à mettre fin à la guerre en Ukraine — sans la participation de Kiev ni d’une délégation européenne.
L’Europe, quant à elle, est restée paralysée, impuissante et apparemment incapable de réagir autrement que par des expressions de choc et de déception.
Selon des personnes proches du dossier, l’Union européenne (UE) n’a même pas réussi à se mettre d’accord sur l’opportunité d’avoir son propre envoyé aux pourparlers entre les États-Unis et la Russie.
Le président finlandais Alexander Stubb a lancé l’idée au cours du week-end, pendant la Conférence sur la sécurité de Munich.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a brièvement testé le terrain lors des discussions des dirigeants européens lundi à Paris, mais sa suggestion « a été sommairement rejetée lundi soir à Paris parce que la France et l’Allemagne n’y voient aucun intérêt », selon un diplomate, tandis qu’un autre a noté que certains attendaient qu’il « essaie maintenant d’organiser et de concentrer un peu les discussions ».
L’envoyé de Donald Trump en Ukraine, Keith Kellogg, a déclaré cette semaine que, si Washington ne prévoyait pas la présence des Européens à la table des négociations, leurs points de vue seraient tout de même pris en compte.
Kiev a exhorté ses partenaires européens à nommer un envoyé spécial pour faire contrepoids à Keith Kellogg, dans l’espoir que cela renforcerait leur position de négociation, selon des responsables ukrainiens. Volodymyr Zelensky craint d’être laissé seul à négocier contre Washington et Moscou.
Les Européens « devraient proposer, dès que possible, un représentant de l’Europe, une voix unique, à la table des négociations », a déclaré Ihor Zhovkva, conseiller diplomatique du président ukrainien.
Réactions mitigées
Très peu des diplomates contactés par Euractiv étaient favorables à l’idée de nommer un envoyé.
Parmi les noms cités pour ce poste, on trouve les trois dirigeants du bloc : le président du Conseil européen, Antonio Costa, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas.
Mais seule cette dernière a le niveau diplomatique approprié pour faire face aux équipes de négociation américano-russes, qui comprennent des ministres des Affaires étrangères et des conseillers à la sécurité nationale.
D’anciens responsables politiques de premier plan ayant une grande expérience diplomatique — tels que le Suédois Carl Bildt, l’Italien Mario Draghi, le Français Michel Barnier, le Finlandais Sauli Niinistö ou le Danois Anders Fogh Rasmussen — ont également été cités.
Il est difficile de savoir quel mandat un envoyé pourrait recevoir, car la convergence entre les 27 États membres de l’UE est devenue de plus en plus difficile — la Hongrie et la Slovaquie étant parmi les plus susceptibles de s’y opposer.
« Je ne vois pas l’utilité de dupliquer les fonctions ou les organes bureaucratiques, et aucun Premier ministre ou président ne donnera de mandat à un “envoyé” pour les questions de sécurité nationale », a déclaré un troisième diplomate de l’UE.
Au lieu de cela, une majorité d’États membres de l’UE est favorable, en premier lieu, à un renforcement de la position ukrainienne elle-même.
« Je pense que nous devons d’abord définir notre position avant de commencer à parler d’éventuels envoyés — l’ordre des choses semble inapproprié », a confié un quatrième diplomate de l’UE.
(AM/SN)