Donald Trump ne peut donner à la Russie ce qu'elle attend, affirment des experts

Vladimir Poutine n’a pas encore officiellement félicité Donald Trump pour sa victoire à la présidentielle américaine, et pour certains spécialistes de la Russie, le Kremlin devrait rester prudent, évitant de placer des espoirs trop importants dans le nouveau maître de la Maison-Blanche.

EURACTIV.com
US issues sanctions on Russia over Novichok nerve agent use
Moscou contrôle désormais une partie de l’Ukraine d’une superficie équivalente à celle de l’État américain de Virginie et progresse à la vitesse la plus rapide depuis les premiers jours de l’invasion de 2022. [EPA-EFE/ANATOLY MALTSEV]

Vladimir Poutine n’a pas encore officiellement félicité Donald Trump pour sa victoire à la présidentielle américaine, et pour certains spécialistes de la Russie, le Kremlin devrait rester prudent, évitant de placer des espoirs trop importants dans le nouveau maître de la Maison-Blanche. 

Donald Trump est le candidat avec lequel le Kremlin veut et peut se mettre d’accord, estime pour Euractiv le politologue russe et le directeur du Centre d’études politiques et géographiques Nikolai Petrov. Selon lui, Washington et Moscou vont tenter de prendre langue, mais il ne faut pas s’attendre à de sérieuses évolutions dans les relations qu’entretiennent les deux capitales.

« Pour les quatre prochaines années, la Maison-Blanche aura un maître qui ne veut pas s’impliquer dans la guerre en Ukraine, comme cela était le cas avec Joe Biden et comme cela aurait pu se produire avec Kamala Harris », souligne encore Nikolai Petrov.

Selon le politologue, le Kremlin estime qu’il est plus facile de négocier avec Donald Trump car ce dernier se soucie plus des affaires que des valeurs, et surtout « de ce qu’il peut obtenir en retour ». Il n’est toutefois pas encore certain que Vladimir Poutine ait quoi que ce soit à lui offrir, ni une quelconque influence sur le futur président américain.

L’analyste politique Alexander Morozov souligne pour Euractiv que le Kremlin va continuer à développer son amitié avec la Chine et avec l’Inde et va donner le sentiment d’élargir sa coopération militaire avec l’Iran. « Tout cela est désagréable pour les États-Unis. Et ce n’est pas un moyen de faire pression sur Donald Trump », explique-t-il.

Pour Alexander Morozov, un coup de fil de Donald Trump à Vladimir Poutine est donc improbable. « Pour une telle conversation, Donald Trump doit avoir des propositions pour résoudre la situation en Ukraine, et il n’en a pas », estime-t-il.

Quoi qu’il en soit, les experts affirment que Vladimir Poutine et Donald Trump ont des intérêts trop divergents pour s’entendre sur quoi que ce soit sur le long terme.

« Le Kremlin n’a pas besoin d’une partie de l’Ukraine, ni d’un gel du conflit. Il a besoin d’une défaite démonstrative de l’Occident. Mais Donald Trump ne veut pas commencer sa présidence par une humiliation. Je pense qu’il ne veut pas revivre la situation de Joe Biden, avec le départ des troupes américaines d’Afghanistan. Par conséquent, ce dont le Kremlin a besoin, Donald Trump ne peut absolument pas se le permettre », continue Nikolai Petrov.

Le soutien à l’Ukraine se poursuivra, mais à une échelle moindre

Alexander Morozov estime que Donald Trump ne coupera pas complètement le soutien des États-Unis à l’Ukraine. Mais il mettra la pression sur ses partenaires européens, estimant que cette guerre est de la responsabilité de l’Europe. C’est donc à eux, et non aux États-Unis, de s’impliquer davantage pour la défense de l’Ukraine.

« Il ne faut pas paniquer à l’idée que [Donald Trump] fasse un compromis avec le Kremlin et, comme certains publicistes aiment à le dire, qu’il abandonne l’Ukraine. Non, à mon avis, cela n’arrivera pas. Ce qui se passera, nous ne le saurons qu’en mars, lorsque la composition de la nouvelle administration sera dévoilée », ajoute Alexander Morozov.

Nikolai Petrov est plus pessimiste. Selon ce dernier, le futur président américain devrait réduire de façon significative le montant de l’aide américaine à l’Ukraine et le sort des armes risque de ne pas être favorable à Kiev.

« L’Europe n’est tout simplement pas en mesure de compenser le soutien que les États-Unis ont apporté à l’Ukraine. Nous devons aussi tenir compte du fait que le soutien à l’Ukraine au sein de la population européenne est en baisse. Tout est réuni vers pour une victoire du Kremlin », conclut le politologue.