Donald Tusk accusé de se transformer en Donald Trump par un eurodéputé socialiste
L’opposition polonaise devrait se ranger du côté de la démocratie et de la dignité humaine, a déclaré l’eurodéputé socialiste Robert Biedroń à propos du nouveau spot de campagne électorale du chef de file de l’opposition, Donald Tusk, qu’il a qualifié de « raciste » et d’« insensé ».
L’opposition polonaise devrait se ranger du côté de la démocratie et de la dignité humaine, a déclaré l’eurodéputé socialiste Robert Biedroń (Socialistes et Démocrates européens, S&D) à propos du nouveau spot de campagne électorale du chef de file de l’opposition, Donald Tusk, qu’il a qualifié de « raciste » et d’« insensé ».
M. Tusk, chef du parti centriste Plateforme civique (PO/Parti populaire européen, PPE), a tweeté une vidéo dans laquelle il reproche au gouvernement conservateur Droit et Justice (PiS) d’avoir laissé entrer des milliers de migrants « en provenance de pays islamiques » tout en s’opposant au programme de relocalisation de l’UE, qu’il considère comme une menace pour la sécurité de la Pologne.
Son ton tranchant a surpris le PiS et indigné nombre de ses collègues responsables politiques de l’opposition. « En tant qu’opposition, nous devrions toujours soutenir la démocratie et la dignité humaine et montrer que nous voulons combiner la sécurité du peuple polonais avec la dignité de tous les êtres humains », a déclaré M. Biedroń à EURACTIV Pologne.
La Pologne et la Hongrie sont les seuls pays de l’UE à s’opposer fermement à la réforme proposée en matière de migration et d’asile construite sur une règle de solidarité obligatoire. Selon cette nouvelle version, les États membres qui refusent d’accepter des demandeurs d’asile devraient contribuer financièrement ou opérationnellement à l’effort de gestion des migrations de l’UE.
Pourtant, des centaines de milliers de migrants sont admis en Pologne chaque année, y compris en provenance du Moyen-Orient et de pays africains, selon des sources médiatiques, citant les données du gouvernement et des agences d’État.
Donald Tusk se transforme-t-il en Donald Trump ?
Dans sa vidéo, intitulée « Le peuple polonais doit reprendre le contrôle de son pays et de ses frontières », Donald Tusk fait référence au projet de résolution préparé, selon lui, par le chef du PiS, Jarosław Kaczyński, qui faciliterait l’acquisition de visas aux ressortissants de 21 pays, dont plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient.
« Est-ce encore Donald Tusk ou peut-être Donald Trump ? », a tweeté le député de gauche Maciej Konieczny, qualifiant le court discours de M. Tusk de « folie ».
Le chef du PO a mentionné les derniers troubles en France après que les policiers ont tué un adolescent d’origine algérienne. « Nous sommes choqués d’observer les émeutes brutales en France, et pendant ce temps, M. Kaczyński prépare un document qui fera venir en Pologne encore plus de personnes d’Iran, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Nigéria et de la République islamique du Pakistan, entre autres pays », a déclaré Donald Tusk.
L’année dernière seulement, 130 000 personnes « de ces pays » sont venues en Pologne, soit 50 fois plus qu’en 2015, l’année où le PO a perdu le pouvoir au profit du PiS, a-t-il ajouté, accusant M. Kaczyński de tenter de provoquer une guerre civile et des troubles sociaux afin de s’assurer un maintien au pouvoir.
La Pologne doit chasser le PiS du pouvoir afin de conjurer la menace qui se profile à l’horizon, a conclu M. Tusk dans son discours. D’autres partis d’opposition ont beaucoup critiqué le ton du discours, et ont accusé l’ancien président du Conseil de l’UE de s’être rallié au discours anti-migration du PiS.
L’opposition « ne devrait pas participer à des campagnes de diffamation »
M. Biedroń a qualifié la vidéo de M. Tusk de « raciste » et a ajouté que « la campagne de haine contre les migrants n’aiderait certainement pas » l’opposition.
L’eurodéputé membre des Socialistes et Démocrates ne comprend pas le changement de narration en faveur de l’anti-immigration. Il affirme que c’est « une étrange volte-face » de la part de M. Tusk, qu’il ne peut approuver.
Les partis d’opposition ne seront jamais meilleurs que le PiS (CRE) dans les campagnes de diffamation, et il ne sert à rien de rivaliser de haine avec le camp au pouvoir, car le PiS gagnera toujours, a souligné M. Biedroń.
L’année dernière, la Pologne a délivré des permis de travail à 365 000 étrangers, selon le ministère de la Famille et des Affaires sociales. Un quart d’entre eux étaient des Ukrainiens. L’Inde, l’Ouzbékistan, la Turquie, les Philippines et le Bangladesh sont les autres pays d’où proviennent la plupart des migrants économiques.
Le PiS accuse depuis longtemps l’ancien gouvernement PO d’avoir accepté les quotas de migrants de l’UE peu avant sa perte de pouvoir en 2015. Cette année-là, M. Kaczyński avait déclaré que les réfugiés pourraient être porteurs de maladies déjà éradiquées en Europe.
Le gouvernement polonais souhaite un référendum sur la participation du pays au programme de relocalisation des migrants dans l’UE, et le vote aura très probablement lieu en parallèle des élections législatives d’octobre ou de début novembre.