Douze heures à Kiev

Également dans l'édition de jeudi : sanctions contre la Russie, Chine, budget, système d'échange de quotas d'émission

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce jeudi 16 juillet. Ici Eddy Wax depuis l’Ukraine, avec Nicoletta Ionta en Belgique.

À retenir :

🟢 Reportage depuis Kiev, secouée par des troubles politiques

🟢 L’UE gèle le plafonnement des prix du pétrole dans un contexte d’impasse sur les sanctions

🟢 L’Italie et la Pologne prônent des réformes « pragmatiques » sur le carbone


L’Europe, vue de Bruxelles


Selon les habitants, Kiev devient moins dangereuse lorsque de grands dirigeants internationaux sont en ville.

Mais pas de beaucoup.

À l’hôtel InterContinental, un établissement chic où les espions côtoient les agents de sécurité, les ambassadeurs et les journalistes, une sirène a contraint Ursula von der Leyen et la presse qui l’accompagnait à se réfugier au plus profond d’un abri souterrain, alors même qu’elle nous faisait le point sur les événements de la journée. Quelque part au-dessus de Kiev, le drone russe qui a déclenché l’alerte a finalement été abattu.

Une fois l’alerte levée, la vie a repris son cours. En réalité, de nombreux Ukrainiens ne se précipitent plus vers les abris à chaque sirène, et de jour, on se croirait presque dans n’importe quelle ville branchée et animée d’Europe. Mais tout change à la tombée de la nuit, lorsque la Russie lance des vagues de drones et de missiles.

Ces nuits-là – à l’exception notable de mardi, où nous traversions l’ouest de l’Ukraine en train – ont été particulièrement sanglantes ces temps-ci. Le manque de capacités de défense aérienne de l’Ukraine a rendu Kiev et d’autres villes ukrainiennes particulièrement vulnérables aux missiles balistiques russes. Ils fendent le ciel « comme un couteau dans du beurre », m’a confié un responsable.

Alors que l’Ukraine mène des frappes en profondeur sur le territoire russe, c’est peut-être le dernier avantage stratégique dont bénéficie Vladimir Poutine.

L’une des 170 fonctionnaires et diplomates de l’UE en poste à Kiev – la plus grande délégation de l’UE au monde – a sorti son téléphone et m’a montré des images de son appartement détruit par les bombardements, touché par des éclats d’obus et en proie aux flammes il y a quelques jours à peine.

Ursula von der Leyen a annoncé la signature d’un nouveau programme de renforcement des capacités en matière de drones et a encouragé les pays de l’UE à ouvrir le prochain volet des négociations d’adhésion.

Mais la présence de la présidente de la Commission n’a pas pu détourner l’attention de l’événement majeur à Kiev : le remaniement gouvernemental controversé de Zelenskyy. Sa décision, rapporte-t-on, de démettre de ses fonctions Mykhailo Fedorov, le ministre de la Défense de 35 ans, fin connaisseur des technologies, a suscité la consternation, même si Fedorov entretient des relations tendues avec les institutions de défense.

Lors d’une conférence de presse, Zelenskyy a déclaré qu’une « série » de changements diplomatiques accompagnerait probablement ce remaniement gouvernemental, qui devrait être dirigé par Serhii Koretskyi, PDG de Naftogaz.

Bruxelles devrait garder un œil sur Taras Kachka, l’imposant vice-Premier ministre chargé des négociations d’adhésion de l’Ukraine, qui changera certainement de poste. Des responsables européens bien informés émettent l’hypothèse qu’il pourrait devenir ambassadeur du pays auprès de l’UE dans le cadre d’un échange direct avec l’actuel ambassadeur, Vsevolod Chentsov, qui retournerait alors à Kiev.

Pas d’accord sur les sanctions

L’UE n’est pas parvenue mercredi à approuver un nouveau train de sanctions contre la Russie, reportant ainsi une nouvelle tentative visant à intensifier la pression sur le Kremlin.

À titre de mesure provisoire, les capitales ont convenu de prolonger jusqu’au 23 juillet le plafonnement actuel du prix du pétrole imposé par l’Union, le temps que les négociateurs trouvent un compromis, selon quatre diplomates européens.

La Commission européenne avait proposé de geler ce plafond pendant six mois, mais ce projet s’est heurté à la résistance des principaux pays maritimes, dont la Grèce.

Les sanctions se heurtent-elles de plus en plus à des intérêts nationaux étroits ? À Kiev, Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelenskyy se sont montrés optimistes. Von der Leyen a reconnu que des compromis seraient inévitables, tandis que Zelenskyy a déclaré : « Bien sûr, certaines personnes se fatiguent » , ajoutant que ce qui importe le plus, c’est que l’Ukraine se fatigue un jour plus tard que la Russie.

Lisez notre article complet.

L’Italie et la Pologne rallient les pragmatiques du carbone

L’Italie et la Pologne sont à la tête d’une coalition de dix pays appelant à une approche « pragmatique » pour la refonte du marché du carbone phare de l’UE, le SEQE, avant une proposition majeure de la Commission attendue vendredi. Cette réforme devrait dominer la scène politique bruxelloise pendant des mois, rapporte mon collègue Nikolaus J. Kurmayer.

Les lignes de front sont désormais tracées, l’Union étant divisée entre les camps « pragmatiques » et « ambitieux », tandis que la France et l’Allemagne, qui dictent traditionnellement l’agenda, suivent chacune leur propre ligne. Un groupe non aligné reste en retrait.

Une chose est sûre : les ambitions du Pacte vert vont devoir être revues à la baisse. Les entreprises devraient continuer à recevoir gratuitement des quotas d’émission jusqu’à la fin des années 2030 et, lorsque la Commission dévoilera enfin sa proposition tenue secrète, rares seront ceux qui s’en trouveront satisfaits. Lisez l’article complet de Niko.

Le nouveau problème de l’Europe avec la Chine

Le problème de l’UE avec la Chine a longtemps été présenté comme une dépendance vis-à-vis des produits chinois. Mais il pourrait bientôt y avoir une catégorie à laquelle nous regretterons de ne plus avoir accès : l’IA made in China.

Les modèles d’IA chinois ont gagné du terrain car ils sont moins chers que leurs rivaux américains – même s’ils sont un peu moins avancés – et parce que les entreprises peuvent les exploiter elles-mêmes. Cela en a fait une solution de repli de plus en plus attrayante après la restriction par Washington de l’accès à certains de ses modèles d’IA les plus avancés.

Cela pourrait ne pas durer. La Chine pourrait bientôt restreindre l’exportation de ses futurs modèles d’IA avancés, selon des rapports récents, ce qui risquerait de priver l’Europe même de son option de repli par rapport à la technologie américaine. Mon collègue spécialisé dans la tech, Maximilian Henning, s’est penché sur les conséquences que cela aurait pour le continent. Spoiler : ce n’est pas beau à voir.

La quête budgétaire enchantée de l’Irlande

L’Irlande aura besoin de toute la « draíocht » – la magie des légendes celtiques – pour négocier un accord sur les nouvelles sources de recettes de l’UE, ou « ressources propres », destinées à financer le budget de l’Union pour la période 2028-2034.

Aingeal O’Donoghue, la représentante permanente irlandaise, a entamé des entretiens en tête-à-tête avec ses homologues ambassadeurs, m’indique mon collègue Bruno Waterfield. Thomas Byrne, ministre irlandais chargé des Affaires européennes, aura également une série d’entretiens à cœur ouvert avec ses collègues du Conseil des affaires générales afin de faire adopter une « négobox » de propositions en vue du sommet d’octobre.

La tâche qui les attend est colossale. Les nouvelles sources de recettes – qu’il s’agisse de taxes sur le numérique, de taxes touristiques, de taxes carbone ou de taxes sur le sucre – sont controversées et nécessitent le soutien unanime des 27 gouvernements. Elles doivent être mises en œuvre au niveau national et générer des recettes suffisantes à temps pour le budget de l’UE, dont la date butoir est fixée au 1er janvier.

« C’est très, très difficile », a déclaré Byrne. « Nous aimerions trouver une “ressource propre” capable de générer comme par magie beaucoup d’argent, mais nous ne l’avons pas encore trouvée. »

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


DE BUDAPEST À BYD : L’ancien ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, rejoint le géant chinois des véhicules électriques BYD en tant que directeur des relations extérieures et du développement commercial. Cette nomination intervient un an après le choix de Budapest par BYD pour y installer son siège européen, l’un des plus importants investissements chinois obtenus par la Hongrie sous le gouvernement Orbán. Lisez l’article complet.


Les capitales


PARIS 🇫🇷 | BERLIN 🇩🇪

Emmanuel Macron se rend jeudi en Allemagne pour le 26e Conseil des ministres franco-allemand avec Friedrich Merz, alors que Paris et Berlin cherchent à redynamiser le partenariat bilatéral le plus important de l’Union européenne. Les ministres devraient aborder les thèmes de la défense, de la compétitivité économique, de la sécurité et du climat, les deux parties souhaitant insuffler un nouvel élan à leur coopération sur les priorités européennes clés.

– Clara Vassent

MADRID 🇪🇸

La barrière de 1,2 km séparant l’Espagne de Gibraltar a été démantelée mercredi, à l’entrée en vigueur de l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni régissant ce territoire britannique. Pedro Sánchez a déclaré que ce démantèlement a pansé « une blessure vieille de trois siècles » et ouvert « une nouvelle ère » pour la région voisine du Campo de Gibraltar. L’accord supprime les barrières terrestres et les contrôles d’identité, intégrant de fait Gibraltar dans l’espace Schengen après des années d’incertitude post-Brexit.

– Inés Fernández-Pontes

SOFIA 🇧🇬

Le Parlement bulgare a approuvé mercredi en première lecture le budget 2026, qui prévoit un déficit de 5,7 % du PIB, soit environ 7,2 milliards d’euros – le plus important depuis deux décennies et près du double de la limite de 3 % fixée par l’UE. Le ministre des Finances, Galab Donev, a qualifié ce plan d’« audacieux mais pas imprudent », imputant cette situation aux pressions budgétaires héritées du passé. Ce vote intervient quelques jours après l’ouverture par le Conseil de l’UE d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de Sofia.

– Konstantin Karadjov

VILNIUS 🇱🇹

Le président lituanien Gitanas Nausėda a averti mercredi que les services de renseignement ont détecté des signes indiquant que la Russie prépare des attaques contre des infrastructures critiques, notamment les réseaux énergétiques et de transport. Le président letton Edgars Rinkēvičs a exprimé des inquiétudes similaires, citant des renseignements faisant état d’actions de sabotage russes visant des pays de l’OTAN. Le Kremlin a démenti ces allégations, accusant les gouvernements baltes d’utiliser ces affirmations pour justifier une militarisation accrue.

– Charles Szumski

HELSINKI 🇫🇮

Le Premier ministre Petteri Orpo fait face à une pression croissante pour répondre aux députés au sujet d’un engagement controversé de financement public de 35 millions d’euros en faveur du projet de la Helsinki Garden Arena, après la remise en cause du processus d’approbation par les partis d’opposition et l’intensification de la couverture médiatique. Les sociaux-démocrates estiment que Orpo devrait se présenter devant le Parlement pour dissiper les inquiétudes concernant un éventuel comportement contraire à l’éthique, même si le président de l’Assemblée, Jussi Halla-aho, ne devrait pas convoquer le Parlement. Lisez l’article complet.

– David Mac Dougall


Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trice : Alice Tidey, Pietro Guastamacchia, Bruno Waterfield, Magnus Lund Nielsen, Maximilian Henning, Thomas Moller-Nielsen, Charles Cohen

Traductrice : Clara Vassent