Élections en Géorgie : la Slovaquie accuse le Parlement européen d’« ingérence »

La Slovaquie s’oppose aux « sanctions hâtives ou à l’ingérence » de l’UE dans les résultats des élections en Géorgie, a affirmé le ministre slovaque des Affaires étrangères Juraj Blanár, qui critique le Parlement européen pour avoir politisé la situation.

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« L’un des principes démocratiques est la tenue d’élections libres, et c’est pourquoi nous ne voulons pas interférer avec les résultats des élections en Géorgie », a affirmé Juraj Blanár, ministre slovaque des Affaires étrangères. [ [Thierry Monasse/Getty Images]]

La Slovaquie s’oppose aux « sanctions hâtives ou à l’ingérence » de l’Union européenne (UE) dans les résultats des élections en Géorgie, a affirmé le ministre slovaque des Affaires étrangères Juraj Blanár, qui critique le Parlement européen pour avoir politisé la situation.

La Géorgie, ex-république soviétique, traverse actuellement une période de troubles politiques marquée par des manifestations pro-UE depuis que le parti Rêve géorgien a revendiqué la victoire aux élections parlementaires contestées du 26 octobre et que le gouvernement a décidé le mois dernier de reporter les négociations d’adhésion à l’UE.

S’exprimant lors d’une conférence de presse après le Conseil « Affaires étrangères » de l’UE de lundi 16 décembre, au cours duquel la Slovaquie et la Hongrie ont opposé leur veto à des sanctions européennes contre des responsables géorgiens en réponse à la répression des manifestants, Juraj Blanár a déclaré que « la Slovaquie respecte les pays qui choisissent leur propre voie » et « défend avant tout les principes démocratiques ».

« L’un des principes démocratiques est la tenue d’élections libres, et c’est pourquoi nous ne voulons pas interférer avec les résultats des élections en Géorgie », a ajouté le ministre, précisant que Bratislava avait exprimé des inquiétudes au sujet de « certains manquements » survenus lors des élections, mais que les résultats n’étaient pas été contestés.

Juraj Blanár a également indiqué que son gouvernement attendrait le rapport final de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur la situation avant de prendre toute décision et a rejeté « la politisation » du scrutin par le Parlement européen.

Citant de nombreuses irrégularités, le Parlement européen a adopté une résolution appelant le gouvernement géorgien à organiser de nouvelles élections parlementaires équitables et transparentes dans un délai d’un an, sous une supervision internationale renforcée.

« Nous rejetons une telle ingérence. Et même aujourd’hui au [Conseil], personne n’a remis en question les résultats des élections, ce qui devrait être le fondement de notre approche », a souligné Juraj Blanár.

Des manifestations réprimées

Commentant les manifestations pro-UE en Géorgie, qui durent depuis plus de trois semaines et qui ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre, Juraj Blanár a déclaré que son gouvernement condamnait « toute violence à l’encontre de manifestants pacifiques ». Cependant, il a aussi condamné « les actes des manifestants visant des biens [publics] », soulignant que « tous ces incidents doivent faire l’objet d’une enquête et que les contrevenants doivent répondre de leurs actes ».

Plus de 400 personnes ont été arrêtées au cours de ces manifestations, et les groupes de défense des droits humains s’inquiètent des attaques perpétrées par des groupes masquées contre des responsables politiques de l’opposition, des militants et des journalistes.

L’ambassadeur de l’UE en Géorgie, Pawel Herczynski, a qualifié d’inacceptable la façon dont la police a traité les manifestants. La répression a également été condamnée par la France, les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni, tandis que l’Ukraine, la Lituanie et l’Estonie ont imposé des sanctions aux responsables géorgiens.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a confirmé lundi que les Vingt-Sept n’étaient pas parvenus, faute d’unanimité, à prendre des sanctions contre des personnalités géorgiennes lors du Conseil « Affaires étrangères ».

Juraj Blanár a déclaré que la Slovaquie s’opposait à des « sanctions hâtives » à l’encontre de fonctionnaires impliqués dans la répression des manifestations ayant agi d’une manière jugée « inadéquate dans certaines interventions », insistant sur le fait que ces questions devraient être traitées par le gouvernement géorgien.

« Aucune mesure hâtive ne sera utile, et il est crucial d’approcher la Géorgie avec respect, de garder la porte ouverte à la diplomatie, […] et de soulever des préoccupations sur les questions en suspens sans punir l’ensemble de la nation géorgienne », a-t-il noté.

Un parlement illégitime

Juraj Blanár a également accusé la présidente pro-UE Salomé Zourabichvili de « violer la constitution et la loi » géorgienne et de ne pas contribuer à la résolution de la situation en refusant de démissionner à la fin de ses fonctions en décembre.

Pour Salomé Zourabichvili, « il n’y a pas de parlement légitime et, par conséquent, un parlement illégitime ne peut pas élire un nouveau président. Par conséquent, aucune investiture ne peut avoir lieu et mon mandat se poursuit jusqu’à ce qu’un parlement légitimement élu soit formé ».

En effet, malgré sa victoire aux élections, le parti Rêve géorgien ne dispose pas de la majorité absolue au parlement, majorité pourtant nécessaire pour faire adopter toutes les lois, y compris les réformes constitutionnelles qui exigent 2/3 des suffrages.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]