Élections européennes : la droite italienne ne s’entend pas sur les alliances
Les poids lourds de la droite diffèrent largement sur la manière d’aborder les élections européennes de l’année prochaine. M. Tajani a fermé la porte à Marine Le Pen et au parti d’extrême droite allemand de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), tandis que M. Salvini a exprimé son souhait d’un centre droit uni.
Les poids lourds de la droite, à savoir le vice-président de Forza Italia Antonio Tajani (PPE) et le président de la Ligue Matteo Salvini (Ligue/ID) — tous deux vice-premiers ministres dans l’actuel gouvernement de droite — diffèrent largement sur la manière d’aborder les élections européennes de l’année prochaine.
M. Tajani a fermé la porte à la cheffe de l’extrême droite française Marine Le Pen et au parti d’extrême droite allemand de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), tandis que M. Salvini a exprimé son souhait d’un centre droit uni à Bruxelles, comme c’est actuellement le cas au sein du gouvernement italien.
M. Tajani fait pression pour conclure un accord avec les libéraux (Renew), lequel écarterait les alliés de M. Salvini au Parlement européen ; de son côté, M. Salvini s’accroche à l’unité de son groupe à Bruxelles, Identité et Démocratie (ID).
Pour relever le défi des élections européennes, M. Salvini, également ministre des Infrastructures, a lancé un « pacte de centre droit » qui comprend Mme Le Pen (Rassemblement national/ID) et le parti d’extrême droite allemand de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, ID).
« Écarter a priori qui que ce soit de l’alliance de centre droit relève d’un manque de vision à long terme. Le vent est clair et les élections européennes seront décisives. Il ne faut pas rouvrir la porte aux socialistes ni à une majorité Ursula [von der Leyen] », a affirmé M. Salvini dans un entretien accordé au quotidien Corriere della Sera.
M. Salvani et Mme Le Pen devaient se rencontrer lundi (3 juillet) à Rome, mais Mme Le Pen, alliée historique de M. Salvini, a annulé son voyage en raison des émeutes en cours en France.
« Marine Le Pen est appréciée par une grande partie du peuple français et représente depuis des années la principale force de centre droit en France (…) En fait, elle se comporte comme la Ligue en Italie. J’ajouterais que, contrairement à d’autres, elle n’a jamais insulté l’Italie », a indiqué M. Salvini.
Pendant ce temps, M. Tajani pousse à une alliance entre le Parti populaire européen (PPE), les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et les Libéraux (Renew) — cette même alliance qui l’a élu président du Parlement européen en 2017 — et rejette catégoriquement un accord avec Mme Le Pen et l’AfD en Allemagne.
« Je veux être très clair, je suis aussi vice-président du PPE : pour nous, tout accord avec l’AfD et le parti de Mme Le Pen est impossible », a affirmé M. Tajani lors de l’émission télévisée « Agorà Estate », sur la chaîne de télévision publique italienne Rai3.
Cependant, la porte reste ouverte pour l’allié du gouvernement, M. Salvini.
« La Ligue est [un parti] tout à fait différent. Nous serions heureux que la Ligue fasse partie d’une majorité, mais sans Mme Le Pen et l’Alternative pour l’Allemagne », a réaffirmé le ministre, qui a qualifié l’AfD ainsi que le Rassemblement national de « partis anti-européens » et donc d’incompatibles avec le PPE.
Du côté du groupe libéral Renew, le fer de lance est le président français Emmanuel Macron.
Si M. Macron est l’adversaire politique de Mme Le Pen, il fait également partie d’un gouvernement qui a attaqué à plusieurs reprises la Première ministre Giorgia Meloni. Le cas le plus récent reste celui du ministre de l’Intérieur, Gerald Darmanin, selon qui Mme Meloni est « incapable » de gérer le phénomène migratoire en Italie.
La réponse aux propos de M. Tajani figure dans une note des eurodéputés de la Ligue Marco Zanni — président du groupe ID — et Marco Campomenosi — chef de la délégation de la Ligue au Parlement européen.
« Notre ami Tajani préfère-t-il vraiment continuer à gouverner avec le Parti démocrate [PD/S&D], les socialistes et M. Macron ? La Ligue travaille à changer la majorité en Europe et à donner vie, enfin, à un projet de centre droit uni, capable d’apporter des réponses concrètes aux citoyens après des années de mauvaise gouvernance de la gauche », ont écrit M. Zanni et M. Campomenosi dans la note.
« Nous demandons plus de respect pour nos collègues du groupe ID : c’est précisément grâce aux votes de nos alliés français du Rassemblement national (RN) et allemands de l’AfD si, avec le PPE, nous avons pu rejeter la dernière “eurofolie écologique” pas plus tard que la semaine dernière », ajoutent-ils.
En ce qui concerne la proposition de M. Salvini d’unir le centre droit, Mme Meloni a déclaré dans un entretien accordé au quotidien Corriere della sera qu’« il y a du temps pour réfléchir ».
La Première ministre sera à Varsovie mercredi pour un séminaire du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), dont elle est la présidente, lors duquel il sera inévitablement question de la nouvelle alliance à construire au Parlement européen.