Élections irlandaises : le Fianna Fáil et le Fine Gael devraient conserver le pouvoir

Les deux grands partis de centre droit de la coalition gouvernementale irlandaise, Fianna Fáil et Fine Gael, semblent en bonne position pour conserver le pouvoir, à l’issue des élections générales qui se sont tenues vendredi 29 novembre.

EURACTIV.com
Voters Go To The Polls In The 2024 Irish General Election
Le Taoiseach Simon Harris arrive avec sa femme Caoimhe Wade pour voter lors des élections générales irlandaises à l'école nationale de Delgany le 29 novembre 2024 à Wicklow, en Irlande. [Dan Kitwood/Getty Images]

Les deux grands partis de centre droit de la coalition gouvernementale irlandaise, Fianna Fáil et Fine Gael, semblent en bonne position pour conserver le pouvoir, à l’issue des élections générales qui se sont tenues vendredi 29 novembre.

Bien que les deux partis semblent en mesure de gagner des sièges à l’Assemblée d’Irlande, la chambre basse du Parlement connue sous le nom de Dáil, qui a été élargie pour cette élection, ils auront probablement besoin d’au moins un partenaire supplémentaire pour former une majorité capable de gouverner.

Les circonscriptions irlandaises à plusieurs membres élisent les députés selon un système hybride complexe de représentation proportionnelle par l’entremise du vote unique transférable où les électeurs classent les candidats par ordre de préférence. Ce mécanisme peut entraîner des résultats inattendus, car les voix des candidats éliminés ou excédentaires sont redistribuées en fonction des préférences exprimées par les électeurs.

Ce système rend également le dépouillement plus lent. Au moment de la publication ce lundi 2 décembre, 162 des 174 sièges du Dáil ont été attribués.

Le Fianna Fáil devrait rester le plus grand parti du parlement irlandais. Son ancien rival et actuel partenaire de coalition, le Fine Gael, était au coude à coude avec le Sinn Féin, le parti d’opposition de gauche et nationaliste, pour la deuxième place.

Une coalition a besoin d’au moins 88 sièges pour obtenir la majorité dans le nouveau Dáil. Alors que 12 sièges restent à attribuer au moment de la publication, Fianna Fáil en a déjà obtenu 43, Sinn Féin 36, Fine Gael 36, les indépendants 23, les Sociaux-démocrates 11 et le Parti travailliste 9. Le parti d’extrême gauche Solidarité — Le Peuple avant le profit a obtenu trois sièges, alors que le Parti vert, le troisième partenaire de la coalition avant les élections, a perdu 11 de ses 12 sièges et disparaît ainsi presque entièrement du paysage politique irlandais. Seul Roderic O’Gorman, le leader du parti, garde son siège dans la circonscription de Dublin Ouest.

De hauts responsables du Fianna Fáil et du Fine Gael ont déclaré à des journalistes, notamment du Irish Times, qu’ils comptaient approcher le Parti travailliste et les Sociaux-démocrates, qui ont tous deux gagné des sièges par rapport à la législature précédente.

Le Fianna Fáil, membre du groupe libéral Renew au Parlement européen, est considéré comme le plus conservateur des deux partenaires sur le plan social, tandis que le Fine Gael, du Parti populaire européen (PPE), par ailleurs libéral, est le plus conservateur sur le plan fiscal. Les deux partis trouvent leurs origines dans les deux camps qui se sont opposés lors de la guerre civile irlandaise de 1922-1923. Le Sinn Féin est quant à lui affilié à La Gauche. L’unique eurodéputé du Parti travailliste appartient au groupe de centre gauche des Socialistes et Démocrates (S&D), alors que les Sociaux-démocrates irlandais n’ont jamais eu de siège à Strasbourg.

L’élection a également été marquée par un nombre extraordinaire d’indépendants en lice, qui ont fait campagne sur la frustration du public face à l’immigration et au coût du logement. Les questions locales ont également joué un rôle : par exemple, dans la circonscription de Donegal, Charles Ward a remporté un siège pour le parti 100 % Redress, qui cherche à obtenir une indemnisation pour les propriétaires touchés par l’utilisation de blocs de béton défectueux.

Après presque un siècle d’opposition politique en Irlande, le Fianna Fáil et le Fine Gael — ainsi que les écologistes, de taille plus modeste — ont formé une coalition après les dernières élections de 2020, pour contrer le Sinn Féin, qui s’était hissé à la deuxième place, devant le Fine Gael.

Le Fianna Fáil a également soutenu un gouvernement minoritaire du Fine Gael pendant la période 2016-2020 grâce à un accord de « confiance et d’approvisionnement » en vertu duquel le Fianna Fáil s’abstenait lors des motions de censure.

Dans le cadre de l’accord de coalition de 2020, les deux partis se sont partagés le poste de Premier ministre — ou Taoiseach en irlandais — entre le leader du Fianna Fáil, Micheál Martin, et le leader du Fine Gael, Leo Varadkar. Ce dernier, contre toute attente, a démissionné en mars et annoncé qu’il se retirait de la vie politique. Il a été remplacé par son collègue Simon Harris.

La question de savoir qui, de Micheál Martin ou de Simon Harris, redeviendra Taoiseach lors de la formation du nouveau gouvernement fera sans aucun doute partie des négociations de la nouvelle coalition. Avec plus de sièges, le Fianna Fáil de Micheál Martin est le mieux placé pour l’emporter, mais le Fine Gael pourrait insister sur la nécessité de continuer à assurer la rotation du poste de Premier ministre.

Simon Harris a demandé la tenue d’élections juste après l’adoption par le Dáil, au début du mois de novembre, d’une importante loi de finances liée au budget de l’année prochaine. L’Irlande est l’un des rares pays européens dont le budget national est excédentaire, ce qui a donné au gouvernement une marge de manœuvre pour augmenter les dépenses dans le budget 2025. À la demande de Simon Harris, le président Michael D. Higgins a dissous la chambre basse du Parlement, le Dáil, le 8 novembre.

Le nouveau Dáil — le 34e depuis la création de la législature au début de la guerre d’indépendance irlandaise en 1919 — devrait se réunir pour la première fois le 18 décembre.

[Édité par Anna Martino]