Emmanuel Macron nomme un nouveau gouvernement sans surprise
Après un marathon diplomatique de dix jours et après avoir chargé la Première ministre Élisabeth Borne de former un « gouvernement d’action », un nouveau gouvernement élargi de 41 ministres a été nommé lundi matin (4 juillet).
Après un marathon diplomatique de dix jours et après avoir chargé la Première ministre Élisabeth Borne de former un « gouvernement d’action », un nouveau gouvernement élargi de 41 ministres a été nommé lundi matin (4 juillet), mais sans débauchages ni grandes surprises.
Un remaniement était attendu après la défaite de plusieurs ministres aux élections législatives. Un certain nombre de portefeuilles n’avaient par ailleurs pas été attribués depuis la réélection du président Emmanuel Macron.
Les poids lourds confirmés
Tous les ministres régaliens ont été confirmés dans leurs fonctions : Bruno Le Maire au super-ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique, Catherine Colonna aux Affaires étrangères, Sébastien Lecornu et Éric Dupond-Moretti aux Armées et à la Justice.
Gérald Darmanin est non seulement confirmé au ministère de l’Intérieur mais voit son portefeuille élargi à celui des Outre-Mer. Jean-François Carenco, haut fonctionnaire, a été nommé secrétaire d’État chargé spécifiquement de ces territoires, pour venir en soutien de M. Darmanin.
Gabriel Attal, Pap Ndiaye, Olivier Dussopt et Marc Fesneau sont respectivement confirmés aux postes de ministre des Comptes publics, de l’Éducation nationale, du Travail et de l’Agriculture.
Ministres battues, ministres remplacées
Comme le veut la tradition, les ministres battues aux élections législatives doivent quitter le gouvernement et ont donc été remplacées ce lundi.
A la Transition écologique, Amélie de Montchalin est remplacée par Christophe Béchu, qui poursuivra la lutte contre le changement climatique avec Agnès Pannier-Runacher, confirmée à la Transition énergétique.
Le chef des urgences de l’hôpital de Metz François Braun est nommé au ministère de la Santé, à la place de Brigitte Bourguignon, également battue aux élections législatives.
Le nouveau ministre sera secondé par Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge française, nommé ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Damien Abad, réélu député et accusé de viol, dont le maintien au gouvernement était devenu extrêmement compliqué.
Justine Benin ayant aussi perdu son poste de députée aux élections de juin dernier, le Secrétariat d’État à la Mer est attribué à Hervé Berville, jeune député des Côtes-d’Armor.
Des parlementaires et des partis alliés promus
Alors qu’en 2017 Emmanuel Macron avait procédé à de nombreuses nominations en dehors des enceintes du Parlement, notamment en puisant dans la « société civile », il semble avoir fait, cette fois-ci, le choix de promouvoir un certain nombre de députés.
L’Assemblée nationale a été remise au centre du jeu par les élections législatives de juin, qui ont livré à M. Macron et Mme Borne une majorité relative, les contraignant à élargir la majorité au cas par cas.
En plus d’Hervé Berville, déjà cité, font leur entrée au gouvernement Roland Lescure (Industrie), Agnès Firmin-Le Bodo (Organisation territoriale et Professions de santé), Olivier Becht (Commerce extérieur) et Jean-Noël Barrot (Transition numérique).
Leur nomination est aussi une réponse aux perplexités d’Agir, d’Horizons et du MoDem, partis de centre droit et de centre qui forment la coalition en soutien d’Emmanuel Macron, qui étaient jusqu’ici peu représentés.
Les grands retours et les changements de portefeuille
Parmi les changements notables, Clément Beaune quitte le ministère de l’Europe pour prendre la tête du ministère des Transports. C’est Laurence Boone, cheffe économiste à l’OCDE, qui lui succédera aux Affaires européennes.
Franck Riester – jusque-là ministre du Commerce extérieur – est chargé des Relations avec le Parlement, en remplacement d’Olivier Véran, devenu porte-parole du gouvernement. Ce dernier prend donc la place d’Olivia Grégoire, chargée notamment de l’Artisanat et du Tourisme.
Un signal à droite et aux territoires
La nomination de M. Riester, homme de droite, peut être lue comme un signal donné à l’aile droite de l’hémicycle, dans la phase d’instabilité due au manque de majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Les 62 députés Les Républicains pourraient être très précieux pour le président et la Première ministre, qui ont le soutien de 242 députés sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité absolue.
Aussi, des élus locaux, notamment des maires, ont été nommés, afin de contrer les critiques d’un parti présidentiel déconnecté du terrain. Le maire de Clichy Olivier Klein et la maire de Beauvais Caroline Cayeux entrent ainsi au gouvernement (l’un chargé de la Ville et du Logement et l’autre aux Collectivités territoriales) aux côtés de Christophe Béchu, maire d’Angers.
Les chantiers du nouveau gouvernement sont nombreux, à commencer par la réponse à l’inflation et aux problèmes de pouvoir d’achat ou encore la reprise de l’épidémie de Covid-19. Le nouveau gouvernement se réunira dès lundi à 16h.
Pour le moment, la nomination du gouvernement Borne 2 n’a pas permis de pallier le problème principal d’Emmanuel Macron et d’Élisabeth Borne : l’élargissement de la majorité à l’Assemblée nationale.
Un point étudié de près par l’exécutif, qui n’a pas encore tranché si un vote de confiance allait être demandé par la Première ministre après le tant attendu discours de politique générale de mercredi (6 juillet).
Si dans de nombreux régimes parlementaires ce vote est une obligation, en France il relève du choix du chef du gouvernement. Non seulement, en l’état, ce dernier n’a pas de majorité absolue, mais la nomination de députés réduit encore davantage le nombre de soutiens – il y a un temps de latence avant que les suppléants des députés nominés puissent prendre part aux votes.
Le gouvernement risque quand même d’être renversé si l’opposition vote une motion de censure, qui très probablement déposée par le groupe La France insoumise mardi (5 juillet). En revanche, la possibilité que cette motion réunisse plus de 289 voix est réduite, car l’extrême droite, la droite et le centre-gauche et la gauche radicale devraient voter le même texte, alors que certains groupes devraient choisir de simplement s’abstenir.
Pour découvrir la liste intégrale des membres du gouvernement Borne 2, cliquez ici.