Emmanuel Macron tente de peser pour un règlement du conflit au Liban

Faire face à l’urgence humanitaire et pousser pour un cessez-le-feu : voici certains des objectifs de la Conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban qui se tient demain à Paris, alors que l’armée israélienne continue ses frappes sur le pays.

Euractiv France
Israeli attack on the city of Tyre in Lebanon
Alors que les bombardements israéliens se poursuivent sur le Liban et que de 800 000 à 1,2 million de personnes auraient été déplacées depuis le 23 septembre selon les Nations Unies, le président français Emmanuel Macron organise jeudi 24 octobre à Paris une « Conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté » du pays. [EPA-EFE/STR]

Faire face à l’urgence humanitaire et pousser pour un cessez-le-feu : voici les objectifs de la Conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban qui se tient demain à Paris, alors que l’armée israélienne continue ses frappes sur le pays.

Alors que les bombardements israéliens se poursuivent sur le Liban et que de 800 000 à 1,2 million de personnes auraient été déplacées depuis le 23 septembre selon les Nations Unies, le président français Emmanuel Macron organise jeudi 24 octobre à Paris une « Conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté » du pays.

Selon l’Élysée, les objectifs de la rencontre, qui devrait rassembler les représentants de 70 États et organisations internationales, sont triples : faire pression pour un cessez-le-feu, débloquer une aide humanitaire de première urgence et pousser pour la restauration de la souveraineté de Beyrouth sur l’ensemble de son territoire, en vertu des dispositions de la résolution 1701 des Nations Unies, adoptée en 2006 pour mettre un terme aux hostilités entre le Hezbollah et Israël.

Sur ce dernier point, l’entourage du président français explique qu’il est nécessaire d’œuvrer à un renforcement des forces armées libanaises, par « la formation [de nouveaux soldats] et la livraison d’équipements », afin « d’accroire le plafond d’emploi » de ces forces, pour qu’elles puissent « se redéployer dans le sud [du pays] », une fois que les hostilités auront cessé.

Le renforcement capacitaire de l’armée libanaise est l’un des paramètres de la résolution 1701, confirme David Khalfa, co-directeur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord & du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès, qui vient de coordonner un ouvrage intitulé Israël-Palestine, Année Zéro (Éditions Le Bord de l’eau).

« L’armée libanaise souffre pourtant de plusieurs fragilités importantes, elle est gangrénée par la corruption, et des pays comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis craignent que sa montée capacitaire ne profite au Hezbollah, par le biais de certains de ses officiers chiites », continue le chercheur.

Du côté de l’Élysée, on assure que la « traçabilité » de l’aide qui sera collectée lors de la rencontre internationale du 24 octobre devra être assurée par les organisations internationales qui participeront aux donations, mais aussi de façon bilatérale par les États engagés dans le processus. Sur le plan humanitaire, Paris espère rassembler les 426 millions de dollars demandés par les Nations Unies pour soutenir les personnes déplacées par les bombardements israéliens.

Cette conférence intervient alors que des signaux inquiétants sont arrivés de Paris et de Berlin ces dernières heures, le ministre français des Armées Sébastien Lecornu ayant mis en garde lundi 21 octobre contre le risque d’une « guerre civile imminente ». Des propos qui font écho à ceux de la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock, qui a expliqué lors d’une visite surprise à Beyrouth mercredi 23 octobre, que le Liban était « au bord de l’effondrement ».

Ni le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, ni l’Émirati Mohammed Ben Zayed, pas plus que le secrétaire d’État des États-Unis Antony Blinken, ne devraient faire le déplacement à Paris demain. Les relations entre Emmanuel Macron et de Benyamin Netanyahou se sont aussi singulièrement refroidies ces dernières semaines, alors que le président français a réitéré ses critiques à l’encontre des « actions menées par l’armée israélienne contre les emprises de la Finul », la Force intérimaire des Nations unies, lors d’un entretien entre les deux hommes, lundi.

« L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis attendent qu’Israël finisse le travail au Sud-Liban, et que les capacités offensives et défensives du Hezbollah soient le plus endommagées possible », continue David Khalfa. « Leur intérêt, ce n’est donc pas pour le moment de faire pression sur les Américains pour obtenir un cessez-le-feu. Ces derniers, qui sont les seuls à pouvoir peser sur Israël, donnent d’ailleurs du temps au Premier ministre Benyamin Netanyahou pour finir son travail de sape. »

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron s’implique personnellement dans le dossier libanais. Deux jours après l’explosion qui avait soufflé le port de Beyrouth, le 4 août 2020, le président français avait fait le déplacement pour « aider à organiser l’aide internationale », fustigeant « la crise politique, morale, économique et financière » qui touchait le pays. Le 20 septembre dernier, il appelait encore à la « responsabilité » des formations politiques libanaises pour désigner un président de la République, alors que le poste est vacant depuis le départ de Michel Aoun, à l’issue de son mandat en 2022.

« L’influence de la France au Liban s’est considérablement réduite depuis l’assassinat du Premier ministre Rafiq Hariri en 2005 », poursuit David Khalfa. « La stratégie française est aujourd’hui de tenter de capitaliser sur l’affaiblissement du Hezbollah pour faire bouger les choses. Mais la réalité est que Paris manque de relais sur place. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]