Empêtrée dans une crise politique, la Bulgarie se dirige vers sa huitième élection générale en quatre ans
La Bulgarie se dirige vers une huitième élection générale en seulement quatre ans, alors que le pays continue à se débattre dans une grave crise politique. BoÏko Borissov, chef du GERB, a annoncé mardi 26 novembre qu’il ne voulait plus devenir Premier ministre.
La Bulgarie se dirige vers une huitième élection générale en seulement quatre ans, alors que le pays continue à s’enliser dans une grave crise politique. Boïko Borissov, chef du parti vainqueur du dernier scrutin, a annoncé mardi 26 novembre qu’il ne voulait plus devenir Premier ministre et « s’occuper de ce pays brisé ».
La Bulgarie a organisé des élections anticipées le 27 octobre dernier, à l’issue desquelles le parti de centre droit pro-européen GERB emmené par Boïko Borissov est arrivé en tête avec 26,4 % des voix, disposant d’une avance confortable sur ses adversaires. Mais ce score est toutefois insuffisant pour gouverner seul, et le parti a depuis tenté de former une coalition.
Lundi 25 novembre, Boïko Borissov a annoncé qu’un gouvernement de coalition était possible avec le soutien de son parti, de la coalition pro-européenne Nous continuons le changement — Bulgarie démocratique (PP-DB), du Parti socialiste bulgare pro-russe et du parti populiste « Il y a un tel peuple » (ITN).
Mais le lendemain, il est revenu sur ses propos et a annoncé que le GERB n’acceptait pas les options de gouvernement proposées par les autres partis politiques, car aucune d’entre elles ne lui permet d’accéder au poste de Premier ministre.
« Je suis soulagé de retirer ma déclaration selon laquelle je serai Premier ministre. Il est impossible de réparer ce chaos [en Bulgarie] », a lancé Boïko Borissov.
Le chef de file du GERB a été Premier ministre du pays de 2009 à 2021, mais les scandales de corruption qui ont éclaté pendant son mandat ont entaché son aura et sa crédibilité politique.
La deuxième force politique du pays est la coalition libérale pro-européenne Nous continuons le changement — Bulgarie démocratique (PP-DB), qui a longtemps insisté pour que Boïko Borissov abandonne son ambition de devenir Premier ministre.
L’ancien Premier ministre refuse de signer les documents politiques proposés par le PP-DB, qui prévoient également de bloquer l’élection du procureur général et de poursuivre la réforme du système judiciaire.
Le désaccord entre les deux plus grandes formations politiques bloque le travail du Parlement depuis les dernières élections, et aucun pourparler dans le but de former un gouvernement n’a réellement eu lieu depuis les élections.
Lundi, Boïko Borissov proposait d’être élu Premier ministre et de donner au PP-DB le poste de président du parlement. Le dirigeant du GERB a fait savoir que, si cela se produisait, il parviendrait certainement à faire entrer la Bulgarie dans la zone euro.
La proposition n’a cependant pas été retenue, puisque Boïko Borissov a refusé d’isoler Delyan Peevski et son parti Mouvement des droits et des libertés.
« Respectons le vote des citoyens. Nous leur proposons une solution pour sortir de la crise, mais le PP-DB veut l’aggraver », a réagi Boïko Borissov. Le parti de Delyan Peevski a en effet obtenu 11,5 % des voix lors des élections du mois dernier, devenant ainsi la quatrième force du pays.
En plus de la controverse autour de son chef de file, le Mouvement des droits et des libertés a été accusé d’avoir acheté illégalement des voix à grande échelle lors des dernières élections.
En réponse au refus de Boïko Borissov de l’isoler, le coprésident du PP-DB et ancien Premier ministre Kiril Petkov a accusé le dirigeant du GERB d’avoir choisi entre la Bulgarie et Delyan Peevski.
« La dépendance en politique s’est avérée être le plus grand vice. Être aux côtés de personnes libres est un privilège. Nous continuons à travailler pour réaliser le rêve de l’État de droit », a soutenu Kiril Petkov.
Ces propos font écho aux propos de l’ancien Premier ministre Nikolaï Denkov (PP-DB) qui avait déclaré que, pour la première fois en 35 ans, la démocratie en Bulgarie était menacée en raison de la grave crise politique et de la fraude électorale massive.
Le PP-DB accuse Boïko Borissov d’avoir travaillé pendant des années pour renforcer officieusement le pouvoir de Delyan Peevski. Les opposants politiques soupçonnent ce dernier de contrôler, dans l’ombre, les services spéciaux, le bureau du procureur et les tribunaux.
Il y a trois ans, ces soupçons se sont intensifiés après que l’ancien homme d’affaires a été sanctionné pour corruption par les États-Unis dans le cadre de la loi Magnitsky, puis par le Royaume-Uni pour les mêmes raisons. Cela n’a toutefois pas affecté sa carrière politique, étant donnés les résultats de son parti en octobre.
Si aucun compromis n’est trouvé, les Bulgares devront se rendre aux urnes pour la huitième fois en quatre ans.