En Europe comme en France, le RN toujours bloqué derrière un « cordon sanitaire »
Le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella se voyait déjà Premier ministre, mais c’est à la tête du groupe des Patriotes pour l'Europe au Parlement européen qu’il a été élu lundi 8 juillet, restant pour l’heure bloqué derrière un étanche « cordon sanitaire ».
Le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella se voyait déjà Premier ministre, mais c’est à la tête du groupe des Patriotes pour l’Europe au Parlement européen qu’il a été élu lundi (8 juillet), restant pour l’heure bloqué derrière un étanche « cordon sanitaire ».
Après un mois et trois dimanches d’élections, le RN peut se targuer d’avoir considérablement gonflé le nombre de ses représentants, à Strasbourg comme à Paris : le parti d’extrême droite dispose de 30 élus au Parlement européen contre 23 lors de la précédente mandature et, avec ses alliés, de 143 députés à l’Assemblée nationale contre 89 en 2022.
La soirée électorale du 7 juillet est pourtant venue doucher l’espoir qui semblait se dessiner depuis la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin, celui de la prise de Matignon. Le parti a rassemblé 10 millions de votants, mais il a été repoussé par la constitution d’un efficace « front républicain », qui révèle en creux que l’extrême droite fait toujours peur à une majorité de Français.
« Il y a eu quelques erreurs de casting, qui ont donné je crois une mauvaise image de notre mouvement, une image qui ne correspondait pas à mes valeurs, à mes convictions, à ma ligne politique », a reconnu Jordan Bardella, alors que des membres du parti n’hésitent plus à réclamer « un examen de conscience », comme le député du Pas-de-Calais Bruno Bilde.
Il faut dire que les scandales se sont enchaînés lors des derniers jours de la campagne, plus d’une centaine de représentants du parti d’extrême droite ayant été épinglés pour leurs propos racistes, homophobes, antisémites, complotistes, anti-IVG, ou pour leurs liens avec des groupuscules radicaux.
Un échec qui devrait faire bouger les lignes en interne, alors que Jordan Bardella va engager une réorganisation générale du mouvement.
Tout juste élu député européen le 9 juin, et chargé de superviser les candidats, Gilles Pennelle a ainsi démissionné lundi (8 juillet) de son poste de directeur général du Rassemblement national, officiellement pour éviter le cumul des fonctions.
L’ami Viktor Orbán
Soucieux de conserver l’image la plus lisse possible, le RN avait aussi pris soin de ne pas communiquer sur les négociations tenues avec Viktor Orbán pour la constitution du groupe des Patriotes pour l’Europe au Parlement européen. Il s’agissait officiellement de ne pas « brouiller » la campagne des législatives, comme l’explique pour Euractiv Jean-Paul Garraud, le président de la délégation RN à Strasbourg.
Le Premier ministre hongrois est un soutien assumé du régime de Vladimir Poutine et n’hésite pas dans son pays à durcir les lois contre l’avortement et la communauté LGBTQIA+, alors que Jordan Bardella n’a cessé de répéter être favorable à l’envoi d’armes en Ukraine et qu’il s’était réjoui de l’inscription du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française. Des positions qui ne font toutefois pas consensus au sein de son parti.
Quoiqu’il en soit, « La diplomatie est du ressort unique des pays souverains et il est clairement énoncé dans les statuts de notre groupe qu’une diplomatie nationale ne saurait engager la responsabilité ou la réputation du groupe européen », balaye l’eurodéputée RN Mathilde Androuët, une proche de Jordan Bardella.
En d’autre termes, les positions de Viktor Orban ne devrait pas être de nature à porter préjudice au RN. D’autant que quelques semaines avant les élections européennes, le 23 mai dernier, le mouvement avait engagé l’exclusion du groupe Identité et démocratie (ID) au Parlement européen, dont il était membre, du parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD), empêtrés dans des scandales à répétition.
Reste que les positions des membres des Patriotes pour l’Europe, comme le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), ne semblent pas exactement refléter la « normalisation » recherchée et que la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens/CRE) a, quant à elle, très bien réussi.
Dès lors, aucun eurodéputé du groupe des Patriotes pour l’Europe ne devrait être en mesure de présider une commission parlementaire. « Il y a un consensus avec les membres du PPE et du S&D sur cette question », souligne l’eurodéputé Renew Pascal Canfin pour Euractiv. « Faire gérer l’Europe par ceux qui veulent la détruire, ce n’est pas possible ».
« Pour être en odeur de sainteté [au Parlement européen], il faut voter le Pacte vert et le Pacte sur la migration et l’asile, alors tant pis pour la sainteté et tant mieux pour le patriotisme », assène Mathilde Androuët.
Le Rassemblement national avait donc ces dernières semaines la double opportunité de s’emparer du pouvoir en France et d’opérer sa mue au niveau européen. Il semble pour l’heure avoir échoué dans les deux cas.
[Édité par Anna Martino]