En Turquie, Recep Tayyip Erdo?an doit établir un consensus après sa victoire
Le premier ministre turc, M. Tayyip Erdo?an, entame un troisième mandat et a remporté suffisamment de voix pour rester seul au pouvoir. Il a en effet remporté une victoire électorale décisive ce dimanche, mais il devra également tenter d'établir un consensus pour mener à bien le projet d’une nouvelle constitution.
Le premier ministre turc, M. Tayyip Erdo?an, entame un troisième mandat et a remporté suffisamment de voix pour rester seul au pouvoir. Il a en effet remporté une victoire électorale décisive ce dimanche, mais il devra également tenter d'établir un consensus pour mener à bien le projet d’une nouvelle constitution.
M. Erdo?an devra d'abord s'atteler à régler un problème de politique étrangère de plus en plus pressant à ses frontières : les soulèvements en Syrie ont mené à la fuite de près de 7000 Syriens vers la Turquie. Ces personnes, toujours plus nombreuses, tentent d'échapper aux actes de répression des forces loyales au président Bashar al-Assad.
Certains analystes ont affirmé que M. Erdo?an devait également trouver le moyen de relancer les négociations d'adhésion du pays à l'Union européenne tout en luttant contre la réticence de la France et de l'Allemagne.
Le parti de M. Erdo?an, l'AK, a transformé ce pays musulman en l'une des économies qui connaît le plus fort taux de croissance au monde et a mis un terme à une série de coups militaires. Il a remporté 49,9 % des suffrages, soit 326 sièges, lors des élections législatives de ce dimanche (voir « Contexte »).
L'AK a enregistré son meilleur score depuis sa montée au pouvoir en 2002, mais le parti n'est pas parvenu à remporter les 330 sièges nécessaires pour organiser un référendum voué à réviser la constitution. Cette dernière a en effet été écrite il y a près de 30 ans au cours d'une période de régime militaire.
Les marchés financiers se sont réjouis lundi, lorsque les investisseurs ont appris le résultat mitigé du scrutin qui forcera le parti AK à conclure un compromis avec les autres partis pour modifier la constitution. La lire turque s'est renforcée face au dollar et les obligations ont grimpé également.
« La nouvelle constitution requière un consensus et un dialogue avec les autres partis et la société dans son ensemble », a déclaré à Reuters Cengiz Aktar, professeur de l'université Bahçe?ehir à Istanbul.
« Nous verrons si M. Erdo?an est prêt au consensus et à entamer des négociations ou s'il fera cavalier seul et imposera ses propres décisions à la Turquie, ce qui serait le présage de temps difficiles ».
La presse turque a célébré son succès.
« La Turquie l'adore », « Le maître des urnes », pouvait-on lire en première page des journaux, aux côtés d'une photo de M. Erdo?an, tout sourire, faisant signe à ses partisans devant les quartiers généraux du parti.
Ses détracteurs craignent que M. Erdo?an, qui a la réputation de ne pas tolérer la critique, utilise cette victoire pour renforcer son pouvoir, limiter les libertés et persécuter ses opposants.
Lors du discours qu'il a prononcé suite à sa victoire devant des milliers de partisans à Ankara dimanche soir, il a promis de travailler avec « humilité » an coopération avec ses rivaux.
« La population nous a envoyé un message : elle veut que nous mettions en place une nouvelle constitution dans le consensus et la négociation. Nous discuterons de cette nouvelle constitution avec les partis de l'opposition. La constitution répondra aux attentes de paix et de justice ».
Le nouveau dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), un parti laïc de l'opposition qui a enregistré son meilleur score en plus de 30 ans avec 25,9 % des voix, a prévenu M. Erdo?an qu'il le surveillerait de près.
« Nous souhaitons beaucoup de succès à l'AK, mais ils doivent garder à l'esprit qu'il existe à présent un parti plus fort dans l'opposition », a déclaré Kemal K?l?çdaro?lu.
Certains analystes pensent d'ailleurs que des remous politiques sont à prévoir dans le pays.
« La préparation de la nouvelle constitution pourrait donner lieu à une grande incertitude politique et susciter des questions controversées et profondes quant à la séparation des pouvoirs, la laïcité, la religion, le nationalisme et les droits des minorités ethniques », a déclaré dans un communiqué publié lundi le responsable de Fitch pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, Ed Parker.
Un modèle pour le printemps arabe
La Turquie et le parti de M. Erdo?an sont souvent cités comme des modèles pour les partisans de la démocratie qui manifestent contre l'autoritarisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Toutefois, certains opposants affirment que M. Erdo?an, dont le parti est issu de mouvements islamistes interdits, impose un programme social conservateur.
Depuis qu'il a écrasé les anciens partis grâce au soutien de la classe moyenne montante des Turcs musulmans, M. Erdo?an s'est attelé à réformer l'armée laïque et le système judiciaire pour permettre au pays de remplir les conditions démocratiques de l'UE.
La Turquie, membre de l'OTAN et allié des Etats-Unis depuis longtemps, peut aujourd'hui se targuer d'une politique étrangère renforcée grâce aux relations plus étroites qu'elle entretient avec les pays du Moyen-Orient, y compris l'Iran.
Certains analystes financiers pensent qu'une majorité trop importante pour l'AK pourrait polariser un pays qui reste très divisé sur le rôle de la religion et la question des minorités ethniques.
On considère qu'une majorité limitée implique que le gouvernement se concentre sur les déséquilibres macroéconomiques, notamment la surchauffe de l'économie.
Certains pensent que M. Erdo?an tentera d'amener la Turquie vers un système plus présidentiel, avec le but ultime de devenir lui-même le président du pays.
Outre l'économie, le gouvernement de M. Erdo?an devra aussi tenter de régler le conflit séparatiste qui fait rage dans le Sud-est à majorité kurde. Les résultats du parti BDP prokurde dans la région a d'ailleurs empêché l'AK de remporter encore plus de voix lors du scrutin.
Dimanche soir, une bombe a explosé au Sud-est du pays et a blessé 11 personnes qui célébraient la victoire électorale des candidats kurdes, ont déclaré des représentants de la sécurité et de la santé.
L'explosion a eu lieu aux alentours de 23 h dans la province de Sirnak, près de la frontière irakienne. Les victimes ont été emmenées dans un hôpital proche du lieu de l'attentat.
EURACTIV avec Reuters
Article traduit de l'anglais par EURACTIV