En Ukraine, la lutte contre la corruption progresse difficilement

Le Parlement européen recommande une nouvelle fois au pays, qui a signé un accord d’association avec l’UE en 2017, de lutter fermement contre la corruption. Un article de notre partenaire, Euroefe.  

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Russia, Ukraine, France and Germany hold talks in Berlin
Petro Porochenko, président de l’Ukraine depuis 2014, a finalement signé l’accord d’association avec l’UE en 2017.

Le Parlement européen recommande une nouvelle fois au pays, qui a signé un accord d’association avec l’UE en 2017, de lutter fermement contre la corruption. Un article de notre partenaire, Euroefe.

Le 1er mars 2018, le Parlement ukrainien a adopté une loi anticorruption encouragée par Bruxelles. « C’est un pas dans la bonne direction. Cependant, nous sommes préoccupés par le fait que le projet ne respecte pas toutes les recommandations que nous avons formulées », a déclaré Laima Andrikiene.

Eurodéputée lituanienne du PPE, elle préside une délégation de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, qui s’est rendue dans les anciennes républiques soviétiques de Moldavie et d’Ukraine.

« La lutte contre la corruption permettra d’ouvrir les portes aux investisseurs étrangers, d’instaurer un climat propice aux affaires et de créer de nouvelles opportunités économiques en Ukraine », a-t-elle ajouté.

Corruption « à l’ancienne »

« Je pense que la corruption est l’une des principales préoccupations de la population. D’un côté, certains continuent à vivre dans la pauvreté, tandis que d’autres se sont enrichis avec la corruption durant de nombreuses années », a déclaré Michael Gahler, un eurodéputé allemand membre de la délégation.

Michael Gahler a félicité les réformes entreprises par le gouvernement de Kiev, mais regrette la lenteur du Parlement ukrainien lorsqu’il s’agit d’adopter des lois, à cause de certains qui « préfèrent retarder ou bloquer la législation ».

L’Ukraine aurait pourtant besoin d’une véritable réforme de la justice pour pouvoir punir sans délai et sévèrement les personnes corrompues.

« La corruption est ancrée dans les mœurs depuis des décennies. Nous ne pouvons pas permettre – et les citoyens non plus – que cette pratique continue. Alors que certains souffrent de la guerre dans l’est du pays, d’autres veulent continuer ‘à l’ancienne’ ».

Réformes en cours malgré les agressions militaires russes

Lors de la conférence de presse de clôture de la mission à Kiev, Laima Andrikiene a insisté pour que le Parlement du pays intègre les amendements formulés par l’Union dans « la loi cruciale » de lutte contre la corruption. Elle a cependant félicité le pays pour les réformes menées « malgré les agressions militaires russes ».

Fin 2013, le président Viktor Ianoukovitch a décidé de suspendre la signature de l’accord d’association avec l’UE, déclenchant des mouvements de révolte des citoyens, appelée « révolution de Maïdan », qui a pris fin avec la destitution et la fuite du président en Russie.

La Russie a répliqué en alimentant l’insurrection armée des régions russophones de Louhansk et de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, et en annexant en mars 2014 la Crimée, une région faisant partie de l’Ukraine depuis 1954 et abritant le siège de la flotte russe de la mer Noire.

Petro Porochenko, président de l’Ukraine depuis 2014, a finalement signé l’accord d’association avec l’UE.

Loi anticorruption prévue pour « mai ou début juin »

Les eurodéputés de la délégation européenne n’ont pas été reçus par le président ukrainien, mais par Konstantin Yeliseyev, chef adjoint de la présidence, et Volodymyr Groysman, le Premier ministre. À la Rada suprême d’Ukraine – le Parlement – ils ont rencontré la vice-présidente de la Chambre, Iryna Gueráshchenko.

« Je comprends que nous devons nous débarrasser des menaces de corruption. Dans ce contexte, le tribunal anticorruption devrait jouir d’une transparence et d’une indépendance maximum », a-t-elle déclaré.

En mai ou début juin, le Parlement ukrainien devrait adopter la loi du tribunal anticorruption. « Actuellement, le comité travaille sur les amendements. »

D’autres réformes en attente

La commission des affaires étrangères du Parlement a adressé d’autres recommandations de réformes importantes.

« Une autre question qui mérite d’être traitée est la loi électorale. La réglementation électorale pour tous types d’élections en Ukraine doit être harmonisée, au moins un an avant les prochaines élections. Nous pensons que le parlement ukrainien pourra adopter la nouvelle loi électorale cet automne, ce serait un pas dans la bonne direction », a déclaré Laima Andrikiene.

L’eurodéputée a également souligné l’importance de réformer le système judiciaire en Ukraine, alors que le pays est en dernière place de la liste élaborée par l’OCDE en termes de confiance de la population.

Dans cette ancienne république soviétique, les activistes doivent remplir et soumettre des déclarations électroniques en vertu d’une loi. « Nous sommes très inquiets à ce propos. Cette obligation doit être abrogée pour que la société civile puisse jouer son rôle : une société qui veille à la démocratie, sans ingérence inutile ou obstacles », a ajouté la présidente de la délégation.

Une impression de déjà-vu

Lors de la conférence de clôture, Laima Andrikiene a félicité l’Ukraine « pour les réformes mises en place jusqu’à présent ».

« Nous félicitons particulièrement le pays pour les mesures prises dans des domaines tels que les marchés publics, la stabilisation macroéconomique, les soins de santé, la réforme des retraites, le processus de décentralisation […] et la loi de privatisation récemment adoptée. »

Le Parlement européen envisage d’accorder un crédit supplémentaire d’un milliard d’euros, dans le cadre de son aide financière.

L’Ukraine proeuropéenne, qui a destitué il y a quatre ans le président prorusse Viktor Ianoukovitch, suscite beaucoup d’espoir en Europe et ne cache pas ses aspirations à devenir membre du club européen, comme l’ont fait par le passé les anciennes républiques soviétiques baltes – Lituanie, Lettonie et Estonie – également membres de l’OTAN.

« Quand je regarde l’Ukraine d’aujourd’hui, j’ai une impression de déjà-vu. Je viens de Lituanie et j’étais ministre des Affaires européennes lorsque mon pays a fait tout son possible pour entamer les négociations d’adhésion à l’Union », a déclaré l’eurodéputée lituanienne à Efe.

Maintenant, ce sont les Ukrainiens qui aspirent à intégrer le club européen, « quand nous observons l’Ukraine d’aujourd’hui, il y a tellement de ressemblances. Et tous les problèmes qu’ils affrontent sont les mêmes que ceux auxquels nous avons dû faire face, à l’exception des agressions militaires russes ».

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