En Ukraine, les efforts se poursuivent pour maintenir la lumière allumée cet hiver

Alors que la Russie intensifie ses offensives contre l'Ukraine, Kiev se prépare à un défi majeur pour maintenir son approvisionnement en électricité cet hiver. Et cette saison pourrait bien être la plus critique depuis le début de la guerre menée par la Russie contre le pays.

EURACTIV.com
Russian Missile Attack On Kharkiv Energy Sector
Jusqu’à présent, les habitants de Moshun ont eu de la chance : il n’y a pas eu de frappes directes répétées comme aux premiers jours de la guerre. [Ivan Samoilov /Gwara Media/Global Images Ukraine via Getty Images]

Alors que la Russie intensifie ses offensives contre l’Ukraine, Kiev se prépare à un défi majeur pour maintenir son approvisionnement en électricité cet hiver. Et cette saison pourrait bien être la plus critique depuis le début de la guerre menée par la Russie contre le pays.

Mochtchoun, dans la banlieue nord de Kiev, était un point stratégique sur le chemin des troupes russes pour la prise de la capitale ukrainienne, raison pour laquelle Oleksandr Syrsky, le commandant ukrainien chargé de la défense de Kiev, a fortifié les lieux.

Lorsque les troupes russes ont finalement pris le contrôle de Mochtchoun pendant 16 jours, les violents affrontements entre les deux camps ont endommagé 10 000 kilomètres d’infrastructures énergétiques dans la région.

« C’est une distance comparable à celle qui sépare Kiev de Los Angeles », a expliqué à Euractiv Serhii Buriak, responsable de la Société de carburant et d’énergie du Donbass (DTEK ) pour le réseau électrique de la région.

Les travaux de restauration des infrastructures énergétiques dans les premiers jours suivant l’occupation. [DTEK]

« Lorsque la région a été abandonnée — le 2 avril 2022 — nous avons pris conscience de l’ampleur des dégâts », a relaté Sehrii Buriak, ajoutant qu’à l’époque, la plupart des dommages étaient des dommages collatéraux des combats.

Environ 260 000 foyers de la région ont été privés d’électricité, mais le courant a été entièrement rétabli dans les 45 jours qui ont suivi l’occupation.

Jusqu’à présent, les habitants de Mochtchoun ont eu de la chance : il n’y a pas eu de frappes directes répétées comme aux premiers jours de la guerre.

Sehrii Buriak affirme toutefois qu’il n’y a aucune garantie que des débris ne frappent pas à nouveau la ville si les Russes intensifient leurs frappes sur Kiev cet hiver.

« Il n’y a pas de jour sans travaux », a confié le responsable de DTEK. Il dispose d’une équipe mobile de réparation disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

« Certes, nous ne subissons pas de frappes directes mais régulièrement, notre défense antiaérienne tire sur des objets et les débris atterrissent sur les câbles ; nous sommes donc obligés de réparer en permanence », a expliqué Sehrii Buriak.

Bien que la reconstruction de la ville reste un processus lent, deux ans et demi après le début de la guerre, l’infrastructure énergétique de la région a été entièrement rétablie.

Un secteur de l’énergie sinistré

Selon le ministère ukrainien de l’Énergie, les attaques russes de ce printemps et de cet été ont détruit 9 GW sur les 19 GW de production d’énergie de l’Ukraine.

La Russie a jusqu’à présent détruit jusqu’à 90 % de la capacité de production thermique du pays, ainsi qu’un grand nombre de sous-stations de distribution et plusieurs centrales hydroélectriques, selon DTEK, qui est la plus grande entreprise privée d’énergie d’Ukraine.

Selon le scénario le plus optimiste calculé par le fournisseur d’énergie, l’Ukraine devrait être privée d’électricité en moyenne cinq heures par jour cet hiver, à condition qu’il n’y ait pas d’autres attaques et que les températures ne descendent pas en dessous de -15 °C.

Les entreprises énergétiques ukrainiennes ont réparé plusieurs centrales électriques endommagées et construit des abris pour les protéger contre de futures attaques.

L’Ukraine a également augmenté ses importations d’électricité en provenance d’Europe pour compenser la pénurie.

Mais à l’approche de l’hiver, l’augmentation de la consommation d’électricité pour le chauffage a fait grimper la demande de générateurs et de stations de recharge portables.

Selon les estimations du ministère ukrainien de l’Énergie, le pays aurait encore besoin d’environ 2 500 générateurs pour couvrir les besoins potentiels.

L’énergie nucléaire est essentielle

Les trois centrales nucléaires ukrainiennes restantes représentent près de la moitié de la production d’énergie du pays.

« Comme le président l’a déjà dit, nous avons obtenu des renseignements selon lesquels les Russes prévoient de frapper une partie de nos sites nucléaires — pas les réacteurs, mais les sous-stations », a détaillé Oleksandr Litvinenko, secrétaire du Conseil national de sécurité de l’Ukraine.

Selon lui, l’Ukraine pense savoir que les troupes russes s’appuieraient également sur des experts en énergie pour mener des frappes, en ciblant les points les plus vulnérables pour la production d’énergie.

« Ce sera très dangereux, non seulement parce que cela limitera notre production, mais aussi parce qu’il s’agit d’une menace réelle de catastrophe nucléaire — les Russes ne sont pas non plus réputés pour leur précision », a ajouté le secrétaire du Conseil national de sécurité.

Kiev est actuellement en pourparlers avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour placer plus d’observateurs étrangers près de ses centrales nucléaires, afin de protéger l’approvisionnement énergétique du pays.

« Le nucléaire est notre principale source d’énergie à l’heure actuelle, et jusqu’à présent, les Russes ne l’ont pas ciblé directement », a rappelé à Euractiv Yuliia Kyian, directrice générale de la planification stratégique et de l’intégration européenne au ministère ukrainien de l’Énergie.

« Mais ils attaquent les infrastructures essentielles au fonctionnement sûr des centrales nucléaires, et ils ont compris que s’ils attaquaient cette installation, nous devrions arrêter nos unités nucléaires », a-t-elle affirmé.

L’AIEA compte déjà des équipes de spécialistes stationnées dans toutes les centrales nucléaires ukrainiennes pour aider à maintenir la sûreté et la sécurité pendant le conflit militaire.

Mais placer du personnel en permanence à proximité des sous-stations essentielles à la sûreté nucléaire, souvent situées dans différentes régions du pays, pourrait être plus délicat et nécessiter un mandat distinct, car cela exposerait le personnel à un risque nettement plus élevé.

En outre, il est possible que la Russie, qui fait partie de l’organe décisionnel de l’organisation, s’oppose à une telle mesure.

« Nous sommes conscients que dans une situation où nous ne disposons pas d’une défense aérienne suffisante, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une option, y compris d’instruments diplomatiques, pour protéger ces installations », a admis Yuliia Kyian.

Interrogée par Euractiv sur l’état des négociations, l’AIEA n’a pas souhaité commenter.

Plaidoyer pour la défense aérienne

« Nous avons besoin de plus de défenses aériennes, car sans elles, les Russes auront toutes les possibilités de frapper les gens, les dépôts de munitions et les champs d’énergie cet hiver », prédit Oleksandr Litvinenko.

Selon les chiffres fournis par l’armée de l’air ukrainienne, 1 339 drones kamikazes Shahed ont visé le pays en septembre. 1 107 d’entre eux ont été abattus, d’autres ont été brouillés par la guerre électronique et ont pénétré dans l’espace aérien russe ou biélorusse.

Ces derniers jours, Euractiv a entendu de nombreuses détonations dans la capitale ukrainienne, dans ce qui semblait possiblement être des systèmes de défense aérienne frappant des objets en l’air.

Les partenaires occidentaux de l’Ukraine se sont engagés à renforcer l’aide à l’effort de guerre de Kiev, car il est possible que la Russie tente de mettre hors service l’infrastructure énergétique du pays avant l’hiver.

Mais les responsables ukrainiens affirment que les restrictions qui empêchent leurs forces armées d’utiliser des armes occidentales pour frapper à l’intérieur de la Russie, en particulier pour des frappes à longue portée, les laissent avec une main liée dans le dos.

Kiev insiste sur le fait que cette politique aiderait l’Ukraine à limiter la capacité de la Russie à mener des attaques contre les civils, en détruisant les dépôts d’armes et les lignes d’approvisionnement derrière la ligne de front.

Jusqu’à présent, l’Ukraine s’est appuyée sur des drones de fabrication nationale pour frapper des cibles à l’intérieur de la Russie, en espérant que sa nouvelle arme, le drone lanceur de missiles Palianytsia, sera prête d’ici la fin de l’année.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait insister à nouveau sur la question des restrictions occidentales lors d’une réunion régulière à la base aérienne américaine de Ramstein le 12 octobre.