En Ukraine, nous assistons au pire des scénarios, estime l’OMS
L’OMS a averti que les habitants de l’Ukraine vont commencer à mourir des suites de « maladies courantes » en raison du manque d’accès aux soins médicaux et à l’aide humanitaire. Elle prépare également les professionnels de la santé aux attaques chimiques.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti, ce jeudi (7 avril), que les habitants de l’Ukraine vont commencer à mourir des suites de « maladies courantes » en raison du manque d’accès aux soins médicaux et à l’aide humanitaire. Elle a également ajouté qu’elle prépare actuellement les professionnels de la santé à prendre en charge les attaques chimiques.
« Le pire scénario est celui que nous observons actuellement, à savoir le manque d’accès aux soins de santé et les traumatismes », a déclaré Heather Papowitz, responsable des incidents de l’OMS en Ukraine, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Lviv.
« Nous voyons déjà des gens mourir et être blessés à cause de la guerre, et avec le manque d’accès aux soins de santé, les gens vont commencer à mourir de maladies communes comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, [et] les enfants [décèderont de maladies telles que] la rougeole ou des choses communes comme les pneumonies et les diarrhées », a-t-elle ajouté.
Des maladies qui, grâce à la médecine, « sont très faciles à traiter » risquent de devenir mortelles sans un accès approprié aux services sanitaires et aux soins.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, l’OMS a recensé 91 attaques dirigées contre les soins de santé, c’est-à-dire contre du personnel soignant, des ambulances et des établissements hospitaliers.
« Cela enlève tout espoir car les hôpitaux et les établissements de santé sont les endroits où les gens vont pour être soignés et se rétablir », a expliqué Jarno Habicht, représentant de l’OMS en Ukraine et chef du bureau national de l’OMS en Ukraine.
Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, a exposé les nombreuses répercussions du conflit sur les soins de santé dans le pays : « La couverture vaccinale systématique contre la poliomyélite et la rougeole est inférieure au seuil d’immunité de la population, 50 % des pharmacies ukrainiennes sont vraisemblablement fermées, 1 000 établissements de santé se trouvent à proximité de zones de conflit ou dans des zones contrôlées par les forces russes et environ 80 000 bébés naîtront au cours des trois prochains mois sans bénéficier de soins pré et postnatals suffisants en raison de la guerre. »
Assurer l’aide reste un défi
Il est tout aussi important de garantir l’accès aux soins de santé que d’assurer la sécurité de l’acheminement des convois humanitaires, a déclaré M. Habicht.
M. Kluge a quant à lui indiqué que des convois d’aide ont pu être acheminés vers la ville de Sumy, encerclée par les forces russes, la semaine dernière.
« Nous avons livré plus de 185 tonnes de matériel médical dans les zones les plus durement touchées du pays, atteignant ainsi un demi-million de personnes avec du matériel de traumatologie, de chirurgie et de soins de santé élémentaires », a-t-il ajouté. La majorité du matériel a été envoyé à l’est et dans les zones libérées autour de Kiev.
125 tonnes supplémentaires de produits essentiels, tels que le matériel d’assistance comme les fauteuils roulants, les autres dispositifs d’aide à la mobilité et les aides à la communication pour les aveugles, sont également en cours d’acheminement et seront distribuées à travers l’Ukraine « bientôt », a-t-il déclaré.
M. Kluge a souligné que, même s’il se réjouit que l’OMS ait pu acheminer « du matériel de première nécessité dans de nombreuses régions touchées », la tâche reste très difficile dans certaines zones, notamment à Marioupol et dans les régions plus vastes de Donetsk ou de Louhansk.
Se préparer à tous les scénarios, y compris les attaques chimiques
Alors que la situation est déjà critique, l’OMS est en train de préparer et de former les travailleurs de la santé à des scénarios encore plus graves.
« Compte tenu des incertitudes de la situation actuelle, rien ne garantit que la guerre ne va pas s’aggraver », a indiqué M. Kluge.
Il poursuit en affirmant que « l’OMS envisage tous les scénarios et prend des mesures d’urgence pour les différentes situations qui pourraient toucher la population ukrainienne, qu’il s’agisse de la continuité du traitement des masses de victimes ou des attaques chimiques ».
M. Papowitz a souligné que « l’Ukraine est un pays industrialisé et qu’il existe donc des risques chimiques à travers tout le pays, qui peuvent être affectés par la guerre et faire l’objet de différentes attaques ».
Pour faire face aux menaces éventuelles, l’OMS a formé 1 500 agents de santé et partenaires au cours de la semaine dernière et a fourni des directives et du matériel.
La question des menaces nucléaires reste d’actualité et l’OMS collabore avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, selon les termes de M. Kluge, « pour être prêt à toute éventualité ».
Il a ajouté qu’il est également essentiel de prêter attention à la santé mentale et au soutien psychosocial, en particulier pour les jeunes.