Endiguer l’effondrement des ventes de pompes à chaleur, une lourde tâche pour la future Commission
L’UE a enregistré une chute des ventes de pompes à chaleur en 2023, selon l’Association européenne des pompes à chaleur, pressant ainsi la prochaine Commission à redynamiser un secteur crucial pour les efforts de décarbonation.
L’UE a enregistré une chute des ventes de pompes à chaleur en 2023, selon des données publiées fin de la semaine dernière par l’Association européenne des pompes à chaleur (EHPA), pressant ainsi la prochaine Commission européenne à redynamiser un secteur crucial pour les efforts de décarbonation.
Le secteur du bâtiment représente un tiers des émissions de CO2 de l’UE liées à l’énergie, principalement en raison de l’utilisation de charbon et de gaz pour le chauffage. Les pompes à chaleur utilisent quant à elles la chaleur ambiante et l’énergie renouvelable pour chauffer les habitations, ce qui en fait un élément essentiel pour la réduction des émissions de l’UE.
Cependant, les ventes de pompes à chaleur sont en baisse. En 2023, celles-ci ne représentaient que trois millions de nouvelles unités, soit un recul de 6,5 % par rapport aux ventes de 2022, selon les données publiées par l’EHPA, une association industrielle, jeudi dernier (18 juillet).
Les ventes en Allemagne ont « sauvé » le marché de l’UE, avec 360 000 unités vendues en 2023. Une augmentation de 58 % par rapport aux ventes de l’année précédente, mais il se peut qu’il s’agisse d’un simple sursaut et non d’une tendance.
En effet, l’association allemande de l’industrie du chauffage (BDH) s’attend à ce que les ventes retombent à 200 000 unités en 2024, comme le montrent ses projections publiées le 9 juillet.
Le ralentissement des ventes s’accompagne d’une contraction des chaînes d’approvisionnement. Le fabricant allemand Stiebel Eltron a mis 2000 travailleurs en chômage technique en mai, Viessmann a fait de même pour 100 travailleurs en juillet.
L’objectif fixé par Berlin d’installer 500 000 pompes à chaleur cette année — un objectif politique sur la base duquel le gouvernement a exhorté les fabricants à augmenter leur capacité de production — est irréalisable, selon la BDH.
L’EHPA note que les modèles de la Commission européenne requièrent l’installation de 60 millions de pompes à chaleur en Europe pour atteindre les objectifs climatiques de 2040 et prévient que cet objectif sera manqué de 30 millions d’unités si l’on continue sur la trajectoire actuelle.
À Bruxelles, cela signifie que la Commission von der Leyen II sera confrontée à un défi de taille : redonner du souffle aux marchés des pompes à chaleur de l’UE en plein marasme.
Une tâche colossale
« La première priorité d’un nouveau commissaire à l’Énergie doit être d’enfin publier le plan d’action sur les pompes à chaleur », estime Mélanie Auvray, responsable des politiques à l’EHPA.
Ce plan, qui devait être publié début 2024, a été retiré de l’agenda de la Commission fin 2023. Il devait apporter un soutien de haut niveau au marché émergent des pompes à chaleur.
« Le soutien politique sous la forme du plan d’action pour les pompes à chaleur devrait être la priorité de la prochaine Commission », a surenchéri Richard Lowes, chercheur à l’Université d’Exeter et membre du groupe de réflexion sur les énergies propres RAP.
Au-delà du plan, qui selon l’EHPA consistera en un ensemble de solutions politiques allant de la formation des installateurs à la mise en avant du besoin de nouveaux modèles de financement, le futur commissaire à l’Énergie de l’UE sera confronté à une tâche ardue : fixer le rapport entre le prix du gaz et celui de l’électricité.
Les prix du gaz en Europe sont retombés aux niveaux d’avant 2020, ce qui signifie qu’une pompe à chaleur alimentée à l’électricité, bien que respectueuse du climat, coûte plus cher au fonctionnement qu’une chaudière à gaz standard.
« Le plus important est d’obtenir un bon rapport de prix : l’électricité ne doit pas être plus de 2,5 fois plus chère que le gaz naturel, sinon les pompes à chaleur resteront peu attrayantes », précise Richard Lowes.
« C’est ce qui importe le plus, mais c’est aussi très difficile parce que cela relève principalement de la compétence des États membres de l’Union européenne », ajoute Mélanie Auvray.
[Édité par Anna Martino]