Énergie et climat : Agnès Pannier-Runacher de retour pour mener les négociations avec Bruxelles

La nomination d’Agnès Pannier-Runacher au ministère de l’Écologie et de l’Énergie rassure les acteurs du secteur énergétique, et notamment du nucléaire, qui espèrent que la voix de la France sera portée à Bruxelles. Reste que ses marges de manœuvre pourraient être largement réduites.

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De retour, d’autres dossiers attendent désormais la ministre, comme la nécessité de trouver avec la Commission européenne un modèle de financement pour les futurs réacteurs nucléaires français – six sont dans les cartons et huit de plus sont envisagés – et un modèle de gestion des concessions hydroélectriques. [Getty images]

La nomination d’Agnès Pannier-Runacher au ministère de l’Écologie et de l’Énergie rassure les acteurs du secteur énergétique, et notamment du nucléaire, qui espèrent que la voix de la France sera portée à Bruxelles. Reste que ses marges de manœuvre pourraient être largement réduites.

Après 17 jours de négociations, le Premier ministre Michel Barnier est parvenu samedi 21 septembre à former un gouvernement. Au sein de ce dernier, Agnès Pannier-Runacher revient à l’Hôtel de Roquelaure prendre les rênes du ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, neuf mois après avoir quitté ses fonctions de ministre de la Transition énergétique.

À ce poste de mai 2022 à janvier 2024, la ministre a laissé son empreinte jusqu’à Bruxelles, où elle a négocié avec ses homologues européens, entre autres, sur les objectifs de développement des renouvelables et sur la réforme du marché européen de l’électricité.

En pleine crise énergétique, et alors que la moitié du parc nucléaire français était à plat, la ministre a réussi à défendre les intérêts du nucléaire, au point de créer une « alliance du nucléaire » réunissant les États européens favorables à l’atome.

Elle est finalement partie en distillant l’idée de transformer les objectifs de développement des énergies renouvelables européens en objectifs d’énergies « bas carbone ».

Beaucoup de dossiers à venir

De retour, d’autres dossiers attendent désormais la ministre, comme la nécessité de trouver avec la Commission européenne un modèle de financement pour les futurs réacteurs nucléaires français – six sont dans les cartons et huit de plus sont envisagés – et un modèle de gestion des concessions hydroélectriques.

« Il y a de quoi négocier 24 heures sur 24 pendant deux ans », ironise auprès d’Euractiv l’un de ses anciens collaborateurs.

Quelles seront dès lors les dossiers prioritaires de la ministre ? « Nous allons d’abord attendre que les commissaires s’installent et on verra », a-t-elle déclaré à Euractiv lundi 23 septembre, à l’issue de sa prise de fonction.

Dans son discours, Agnès Pannier-Runacher n’a toutefois pas fait mystère de ses intentions de « rappeler [à Bruxelles] combien le nucléaire est un atout pour la souveraineté de l’Europe et pour le climat ».

L’industrie nucléaire européenne n’attendait pas autre chose, échaudée par les positions anti-nucléaires des deux commissaires désignés aux questions énergétiques, Teresa Ribera (Concurrence et Transition) et Dan Jorgensen (Énergie et Logement). Le retour de la Française est « une bonne nouvelle pour le nucléaire européen, car elle sait où elle veut aller et elle affirmera les positions françaises de manière ferme », souligne ainsi pour Euractiv Yves Desbazeille, directeur-général de Nuclear Europe, l’association professionnelle de l’industrie nucléaire européenne.

Épaulée par Antoine Armand et Olga Givernet

Dans ces missions, la ministre sera épaulée par une ministre déléguée à l’Énergie, Olga Givernet, mais aussi par le nouveau locataire de Bercy, Antoine Armand, familier des sujets d’énergie et de climat.

Cet « écolo-régalien » autodéclaré a notamment été rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté énergétique de la France. Il a aussi été en charge de la synthèse des travaux menés pour trouver une programmation énergétique et climatique à la France, depuis lors bloquée par l’instabilité politique.

Son portefeuille à l’Économie pourrait aussi l’obliger à être au premier rang des négociations à Bruxelles sur le nucléaire et sur l’hydroélectricité, puisque l’agence des participations de l’état (APE), chargée de gérer le portefeuille de participations de l’État dans des entreprises, à l’instar d’EDF qu’il détient à 100 %, est sous sa tutelle.

La direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) est également impliquée dans les négociations. Sous la tutelle de l’Économie depuis neufs mois, puisque le portefeuille Énergie l’était aussi, elle devrait, sous toute vraisemblance, retourner dans le giron d’Agnès Pannier-Runacher.

Négocier sous pression

D’après des proches de la ministre, avec qui Euractiv a pu s’entretenir, Agnès Pannier-Runacher devrait toutefois piloter les négociations avec Bruxelles. Du fait de sa connaissance des dossiers d’abord, mais aussi des acteurs impliqués et de ses bonnes relations avec Teresa Ribera.

Les négociations devraient néanmoins se mener de façon « conjointe » avec Antoine Armand, tempère un ancien proche de la ministre.

« Il va être très difficile de naviguer, prévient-il aussi, puisqu’il va y avoir un hiatus entre des expressions publiques très agressives vis-à-vis de Bruxelles sur les sujets ‘énergie’, et un rapport de force très défavorable du fait de notre performance indigente sur les principaux indicateurs énergétiques et nos difficultés budgétaires », prédit-il.

La France est par exemple en retard sur ses objectifs énergétiques européens, qu’elle tente désormais de réduire.  Et sous la menace d’une motion de censure des partis d’opposition, le nouveau gouvernement pourrait disposer de peu de temps pour défendre ses positions, à Paris comme à Bruxelles.

« Un énorme travail attend [donc] les équipes françaises pour reprendre la main [à Bruxelles] », souligne pour Euractiv Cécile Maisonneuve, experte associée en Énergie au think tank libéral Institut Montaigne. Cette dernière veut tout de même croire qu’avec Agnès Pannier-Runacher, au moins, « le sujet du nucléaire est de nouveau incarné à Bruxelles ».