Énergie : la Bulgarie, porte d’entrée du gaz russe dans l’Union européenne

Alors que le gaz russe continue de pénétrer dans l'Union européenne (UE) via le gazoduc TurkStream et le territoire bulgare, Bruxelles devrait prendre des mesures pour stopper ces importations ou les taxer efficacement, estime Martin Vladimirov, du Centre for the Study of Democracy.

/ EURACTIV Bulgarie
Opening ceremony of TurkStream natural gas pipeline project in Istanbul
À partir du début de l’année 2025, la route TurkStream passant par la Bulgarie sera le seul gazoduc transportant du gaz russe vers l’Europe, après la fermeture de la route ukrainienne. [Arif Hudaverdi Yaman/Anadolu Agency via Getty Images]

Alors que le gaz russe continue de pénétrer dans l’Union européenne (UE) via le gazoduc TurkStream et le territoire bulgare, Bruxelles devrait prendre des mesures pour stopper ces importations ou les taxer efficacement, estime Martin Vladimirov, directeur du programme sur l’énergie et le climat du think tank bulgare Centre for the Study of Democracy.

Selon Martin Vladimirov, il est nécessaire que l’UE prenne des mesures pour interdire l’importation de gaz russe, ou qu’elle introduise une taxe pour que ce dernier soit au même prix que celui de ses concurrents.

À partir du début de l’année 2025, le gazoduc TurkStream, qui passe par la Bulgarie, sera le seul à transporter du gaz russe vers l’Europe, après l’arrêt du transit via l’Ukraine. « Ce qui signifie que la Bulgarie sera l’élément clé pour stopper son importation », explique l’expert.

« La Bulgarie ne devrait plus permettre au gaz russe de circuler vers l’Europe centrale, car de cette manière, [Sofia est] une fois de plus le ‘cheval de Troie’ de la Russie », a-t-il commenté, expliquant que l’entreprise publique Bulgartransgaz pourrait facilement mettre fin à ses relations avec Gazprom si une telle décision politique devait être prise.

Pour Martin Vladimirov, l’arrêt de l’importation de gaz russe ne manquerait cependant pas de provoquer de graves perturbations en Serbie et en Hongrie, et peut-être une avalanche de poursuites judiciaires contre Sofia.

« La meilleure solution est que l’UE interdise l’importation de gaz russe, mais il y a aussi un moyen plus astucieux. Elle pourrait décider que tout le gaz qui entre dans l’Union en provenance d’Ukraine ou de Turquie est automatiquement considéré comme du gaz russe et donc taxé », a-t-il indiqué.

« Cette mesure devrait inciter les clients de Gazprom à réduire leur dépendance à l’égard de Gazprom. Les parts de marché du gaz russe en Europe ne cessent de croître, car il est très bon marché. Des sociétés européennes qui avaient cessé de l’acheter, par exemple les entreprises tchèques, ont aujourd’hui repris leurs livraisons », ajoute-t-il.

L’expert rappelle que les entreprises italiennes ont elles aussi augmenté leurs importations de gaz russe. « Elles profitent de son bas prix et du fait qu’il n’y a pas de sanctions contre le gaz russe », continue-t-il.

Une analyse réalisée en juin dernier par le Centre for the Study of Democracy montre que les pays d’Europe centrale et orientale sont en capacité d’importer des quantités trois fois supérieures de gaz alternatif que la quantité de gaz actuellement importée de Russie.

Les pays les plus impactés par un éventuel changement sont ceux qui dépendent le plus du gaz russe, à savoir la Slovaquie, l’Autriche, la Grèce et, bien qu’indirectement, la Bulgarie — ce dernier pays important ce gaz depuis la Grèce « sous une autre étiquette », explique Martin Vladimirov.

« L’existence d’alternatives signifie qu’il y a des solutions, mais la volonté politique et un peu plus d’unanimité au niveau européen sont nécessaires », poursuit-il.

Achevé juste avant l’invasion russe de février 2022, le gazoduc TurkStream contourne l’Ukraine et achemine le gaz par le littoral de la mer Noire jusqu’au territoire européen de la Turquie, puis jusqu’en Bulgarie, où il est appelé Balkan Stream. La Bulgarie n’importe pas de gaz à partir de ce gazoduc, mais assure le transit vers la Serbie et la Hongrie.

En octobre 2023, le gouvernement bulgare avait annoncé la mise en place d’une taxe sur le transit du gaz russe vers l’Europe centrale, ce qui n’avait pas manqué d’irriter la Hongrie et la Serbie. En mesure de rétorsion, Budapest avait menacé de poser un véto à l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen et la taxe avait été supprimée.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]