Enrico Letta qualifie le bastion de la Lega de « province hongroise »

Pontida, une ville située en Lombardie, qui accueille traditionnellement le rassemblement annuel du parti d’extrême droite italien la Lega (la Ligue) serait une « province hongroise », selon le leader du Partito Democratico (PD), Enrico Letta.

EURACTIV Italie
Democratic Party (PD) leader Letta campaign in Monza
« L’Italie ne peut pas être un pays qui cède à [Vladimir] Poutine et [Viktor Orbán] […] Nous voulons que l’Italie soit le cœur de l’Europe et qu’elle soit fidèle à ses alliances », a déclaré Enrico Letta. [EPA-EFE/FABRIZIO RADAELLI]

Pontida, une ville située en Lombardie, qui accueille traditionnellement le rassemblement annuel du parti d’extrême droite italien la Lega (la Ligue) serait une « province hongroise », selon le leader du Partito Democratico (PD), Enrico Letta.

M. Letta a fait cette déclaration dans le but de critiquer les fortes similitudes entre la rhétorique du leader de la Lega, Matteo Salvini, et celle du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

S’exprimant lors d’un rassemblement du PD à Monza réunissant 500 maires affiliés au parti, M. Letta a déclaré qu’il ne voulait pas que le « modèle illibéral » devienne une réalité en Italie.

« L’Italie ne peut pas être un pays qui cède à [Vladimir] Poutine et [Viktor Orbán] […] Nous voulons que l’Italie soit le cœur de l’Europe et qu’elle soit fidèle à ses alliances », a-t-il déclaré.

À quelques kilomètres de là, à Pontida, M. Salvini a promis à ses partisans d’extrême droite un gouvernement de droite solide et durable.

« Voici l’Italie, pleine d’espoir et de rêves et tournée vers l’avenir », a déclaré M. Salvini devant la foule dans la ville de Pontida, située dans le nord du pays.

Selon les derniers sondages, la coalition de droite menée par Giorgia Meloni, du parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie — membre du groupe des Conservateurs et réformistes européens, ECR) avec la Lega de Matteo Salvini (groupe ID au Parlement européen) et Forza Italia (Parti populaire européen, PPE) de Silvio Berlusconi devrait remporter les élections du 25 septembre contre la coalition de gauche de M. Letta.

« Moi, Giorgia et Silvio sommes d’accord sur presque tout, et pendant cinq ans, nous gouvernerons correctement et ensemble », a déclaré M. Salvini, soulignant qu’il n’y aura « ni plaisanterie ni changement » sur leur programme électoral commun « sacré ».

Viktor Orbán met la coalition de droite à l’épreuve

La semaine dernière à Strasbourg, les eurodéputés ont adopté un rapport dans lequel ils indiquent que le gouvernement hongrois porte atteinte aux valeurs de l’UE et qu’il pourrait donc devenir un « régime hybride d’autocratie électorale ».

« [Viktor] Orbán a gagné les élections, et même par une large majorité à plusieurs reprises, avec tout le reste de l’arc constitutionnel dressé contre lui : il s’agit d’un système démocratique », a expliqué Mme Meloni aux médias pour défendre le Premier ministre hongrois.

La Lega de M. Salvini soutient également le dirigeant hongrois, mais Silvio Berlusconi garde tout de même une certaine distance afin de ne pas rompre la ligne de sa famille politique européenne, le PPE, qui a exclu le Fidesz de M. Orban de ses rangs.

M. Berlusconi a notamment déclaré qu’il était « indéniable » que le Premier ministre hongrois était un dirigeant élu démocratiquement et qu’il devait être considéré comme tel.

Il a toutefois ajouté : « Il est clair comme de l’eau de roche que notre point de référence en Europe est le Parti populaire européen ; ce ne peut certainement pas être [Viktor] Orbán. Ses politiques sont éloignées des nôtres, tout comme sa vision de l’Europe ».

Selon M. Berlusconi, « les alliances en Europe doivent être conclues avec de grands pays amicaux » afin de protéger l’intérêt national de l’Italie.

De leur côté, les socialistes européens ont averti que l’Italie sera confrontée au risque d’une « orbanisation » si Mme Meloni venait à accéder au pouvoir.

« Un gouvernement de droite radicale en Italie pourrait ouvrir la porte à une “orbanisation” de la démocratie dans un État fondateur de l’UE », a confié Udo Bullmann, eurodéputé allemand du parti social-démocrate (SPD) et ancien chef du groupe S&D au Parlement européen, à EURACTIV Italie le 31 août dernier.