Entre Donald Trump et Vladimir Poutine, Robert Fico veut poursuivre sa politique d’équilibre
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a indiqué avoir eu un appel téléphonique concernant la situation en Ukraine avec Donald Trump, avant d’annoncer qu’il avait également accepté une invitation du président russe Vladimir Poutine pour se rendre à Moscou.
Le Premier ministre slovaque Robert Fico (SMER-SD) a expliqué avoir eu un appel téléphonique avec le président américain récemment réélu Donald Trump au sujet de la situation en Ukraine, avant d’annoncer qu’il avait également accepté une invitation du président russe Vladimir Poutine pour se rendre à Moscou.
Mercredi 27 novembre, Robert Fico a partagé sur Facebook les détails de sa conversation avec Donald Trump, qui reviendra à la Maison-Blanche en janvier. Il a souligné leurs défis communs, comme le fait d’avoir frôlé l’emprisonnement et d’avoir survécu à des tentatives d’assassinat, tout en évoquant les « grandes attentes » de l’Europe à l’égard du républicain en ce qui concerne la question ukrainienne.
« Une partie importante de notre conversation a porté sur la guerre en Ukraine, le président Trump ayant exprimé son intérêt pour mon point de vue en tant que Premier ministre de la Slovaquie, pays limitrophe de l’Ukraine », a-t-il écrit. « J’ai été très ouvert en partageant les positions que j’ai toujours défendues sur cette question. »
Robert Fico a souvent adopté une rhétorique pro-russe sur la guerre en Ukraine. Il a notamment préconisé de réduire le soutien militaire à Kiev, affirmant que cela ne faisait que « prolonger le conflit ». Toutefois, contrairement au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, il n’a pas encore opposé son veto ou bloqué l’aide de l’Union européenne (UE) à l’Ukraine.
Peu après l’annonce de l’appel téléphonique avec Donald Trump, Robert Fico a partagé un autre message sur Facebook confirmant son intention de se rendre en visite officielle à Moscou l’année prochaine sur invitation de Vladimir Poutine.
Équilibrer les relations étrangères de la Slovaquie
Le Premier ministre slovaque justifie souvent l’ambiguïté de sa politique étrangère par son engagement en faveur d’une « politique des quatre directions cardinales », une stratégie visant à équilibrer les relations de la Slovaquie entre l’Est et l’Ouest.
Avec son appel à Donald Trump, dont le retour à la présidence des États-Unis est craint par les dirigeants européens, et sa visite prévue dans la capitale russe, Robert Fico semble avoir décidé de maintenir cette politique d’équilibre.
« J’ai un intérêt éminent à assister aux célébrations officielles de la victoire sur le fascisme, qui auront lieu le 9 mai 2025 à Moscou », a écrit Robert Fico dans son second message sur Facebook, qu’il a accompagné d’une photo d’archive avec le président russe.
« C’est avec plaisir que j’ai accepté l’invitation officielle du président russe Vladimir Poutine à assister à ces importantes célébrations », a-t-il ajouté, présentant cette visite comme un hommage au rôle de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale.
Interrogé sur les éventuelles répercussions de ce voyage sur la position unie que l’UE souhaite afficher à l’égard de la Russie, il a rétorqué : « Pourquoi diable cela vous dérange-t-il que je veuille honorer la mémoire de personnes qui sont mortes dans la folie du fascisme ? »
Le Premier ministre slovaque avait déjà évoqué son intention de se rendre à Moscou, notamment lors d’une interview accordée à la chaîne de propagande russe Rossiya 1 en octobre, ce qui faisait de lui le premier dirigeant de l’UE à apparaître à la télévision russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022.
« Laissez Robert Fico rester en Russie »
Le chef de l’opposition slovaque Michal Šimečka (Slovaquie progressiste) estime que le voyage de Robert Fico à Moscou sert trois objectifs : détourner l’attention des problèmes de son gouvernement, améliorer son image grâce à des liens avec des dirigeants autoritaires, et masquer son isolement diplomatique.
En effet, Bratislava est de plus en plus isolée sur le plan diplomatique et n’est plus conviée à certaines réunions de l’UE ou de l’OTAN en raison de ses positions pro-russes.
Le parti d’opposition du pays Liberté et solidarité (SaS) a condamné la décision de Robert Fico de se rendre à Moscou, suggérant que le Premier ministre et son partenaire de coalition Andrej Danko (SNS) devraient « faire leurs valises et rester à Moscou ».
« Nous pouvons payer leurs vols. La vie en Slovaquie sera bien meilleure sans eux », a souligné le parti.
Euractiv Slovaquie a contacté la Commission européenne pour un commentaire au sujet de cette visite mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]