Entretien : 'La campagne électorale en France manque de débat de fond sur l'Europe' [FR]

Selon Philippe Herzog, qui a accordé un entretien à EURACTIV, les candidats à la présidentielle française, à gauche comme à droite, évitent clairement de débattre sur des questions européennes pourtant cruciales, dans une campagne marquée par le souhait d'une Europe plus protectrice.

Selon Philippe Herzog, qui a accordé un entretien à EURACTIV, les candidats à la présidentielle française, à gauche comme à droite, évitent clairement de débattre sur des questions européennes pourtant cruciales, dans une campagne marquée par le souhait d’une Europe plus protectrice.

Philippe Herzog, ancien communiste et député européen à deux reprises, a fondé Confrontations Europe, un think tank reconnu sur les affaires politiques européennes, en 1991. Selon lui, l’Europe est devenue « un sujet irritant » dans la sphère politique française depuis l’échec du référendum sur la Constitution en 2005.

P. Herzog estime que la plupart des candidats ont jusqu’ici préféré éviter le sujet, par peur de raviver le débat et par manque d’intérêt. Il précise : « Finalement, les candidats ont peu de choses substantielles à dire sur le projet européen, ils ne savent pas comment rebondir ».

Diplômé de la prestigieuse Ecole Polytechnique française, il pose la question suivante : « Nos candidats souhaitent de nouvelles politiques communes, par exemple sur la recherche et l’énergie. Mais avec quel contenu? ».

P. Herzog remarque que « la gauche notamment est profondément divisée » et critique les propositions « incantatoires » de Ségolène Royal, la candidate socialiste qui a promis une « Europe plus protectrice » en cas de victoire en mai, 

« Le problème général de la gauche française est l’hostilité au marché, alors qu’il est le socle nécessaire de nouvelles solidarités à bâtir, des solidarités pour l’activité et non pour l’assistance ».

Il n’épargne pas non plus le candidat conservateur, Nicolas Sarkozy, qui dans le même élan protectionniste, a uni sa voix à celle de la candidate socialiste pour appeler à un contrôle accru des Etats membres de la zone euro sur la Banque centrale européenne (BCE).

Selon lui, de telles attaques reposent sur un « malentendu » fondamental : « L’Union n’a pas pour rôle de protéger notre régime social et étatique usé, mais elle peut le rendre plus efficace et plus juste ».

P. Herzog dénonce la tendance française, « en particulier à gauche », qui consiste à rechercher des « boucs émissaires extérieurs » pour « masquer » les problèmes de compétitivité : « L’apport du marché unique et de la monnaie unique pour l’économie française est considérable. Sans eux le Franc serait attaqué et les taux d’intérêt bien plus élevés ».

Selon lui, l’Union européenne n’est pas simplement une structure libérale car elle a mis en place des politiques pour l’environnement ou la protection des consommateurs, tout en préservant l’équilibre entre intégration du marché et mécanismes de solidarité par le biais des fonds structurels.

Il estime que « c’est le modèle de marché qui doit être débattu, et non le principe de marché. »

Il poursuit : « La France se fera mieux entendre si elle accepte enfin le marché européen et si, sur cette base, elle propose de le structurer avec des biens publics, des infrastructures communes. Selon lui, l’Europe « ne doit pas protéger de la mondialisation mais aider à l’affronter ».

P. Herzog admet que N. Sarkozy se montre « plus modeste » que sa rivale socialiste, notamment lorsqu’il est question de l’avenir institutionnel de l’Europe. Selon lui, les appels de S. Royal à négocier un nouveau traité soumis à un nouveau référendum mèneraient à une « impasse » dans la mesure où de nombreux pays refusent une option si ambitieuse.

« Un nouveau ‘Non’ français provoquerait une crise très grave, » prévient P. Herzog. « Il est plus raisonnable d’envisager une ratification parlementaire, comme l’a fait M. Sarkozy. » Il ajoute qu’un « référendum national s’apparente plus à un droit de veto qu’à un exercice démocratique ».

Pour sortir de l’impasse actuelle et relancer l’Europe, P. Herzog propose d’adopter un nouveau traité, reprenant simplement les principales réformes institutionnelles de la Constitution européenne : stabilisation de la présidence du Conseil, politique extérieure, avancées démocratiques, vote à majorité qualifiée, etc.

Dans un second temps, une série de projets concrets serait lancée sur des thèmes comme l’énergie, l’environnement, l’éducation et l’économie de la connaissance. Ces projets suivraient le modèle de coopération politique de l’Acte unique, introduit par Jacques Delors en 1986 lors du lancement du marché intérieur européen et de la monnaie unique.

P. Herzog poursuit : « Aujourd’hui, un nouvel Acte Unique de coopération et de participation permettrait d’avancer sur des projets qui permettent à l’Union d’être plus forte dans la mondialisation ».

Il prévient en guise de conclusion : « L’esprit de responsabilité de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne est décisif pour cette relance, car l’esprit de compromis de l’Espagne, de l’Italie ou des nouveaux Etats membres me paraît faire beaucoup moins problème ».

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