Espace européen des données de santé : les ministres européens veulent supprimer la télémédecine transfrontalière

La présidence tchèque du Conseil devrait parvenir à une position commune seulement sur les deux premiers chapitres du dossier de l’espace européen des données de santé (EHDS).

Euractiv.com
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Le texte de compromis de la présidence du Conseil sur les deux premiers chapitres de l'espace européen des données de santé (EHDS) dévoile une volonté de supprimer l'article complet sur la télémédecine transfrontalière de la proposition. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/telemedicine-concept-old-woman-tablet-pc-1508951072" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock: Agenturfotografin]</a>]

La présidence tchèque du Conseil de l’UE devrait parvenir à une position commune seulement sur les deux premiers chapitres du dossier de l’espace européen des données de santé (EHDS). Les ministres européens de la Santé y proposeront de supprimer les dispositions de la Commission européenne sur la télémédecine transfrontalière.

Le Parlement européen et le Conseil sont actuellement en train de préparer les amendements à la proposition de la Commission relative au EHDS présentée en mai, avant de procéder à des discussions interinstitutionnelles pour approuver les nouvelles règles.

Alors que l’exécutif européen a beaucoup insisté pour que la télémédecine transfrontalière figure dans sa proposition, les ministres européens ne semblent pas être sur la même longueur d’onde.

Tout l’article 8 de la proposition, intitulé « Télémédecine dans le contexte des soins de santé transfrontières», a été supprimé dans le texte, consulté par EURACTIV et sur lequel les ministres européens travaillent depuis quelques semaines.

Le texte proposé par la Commission est court et stipule que « [l]orsqu’un État membre accepte la prestation de services de télémédecine, il accepte, dans les mêmes conditions, la prestation de services du même type par des prestataires de soins de santé situés dans d’autres États membres. »

Cependant, la problématique de la télémédecine transfrontalière est délicate car elle remet en cause l’article 168 du traité de l’UE (TFUE), qui prévoit que chaque État membre est responsable de sa politique de santé et de la « gestion de services de santé ».

Les États membres disposent de cadres juridiques très différents en matière de télémédecine et de systèmes de remboursement. Pour que la télémédecine devienne une activité transfrontière dans l’UE, il faudrait que les États membres prennent des mesures considérables. Par exemple, ils devraient harmoniser leurs cadres juridiques, ce qu’ils ne semblent pas vouloir faire.

La proposition prend en compte les compétences des États membres dans le domaine de la santé, mais précise également que leurs différents systèmes de remboursement ne doivent pas « constituer d’obstacles à la libre circulation des services de santé numérique tels que la télémédecine, y compris des services pharmaceutiques en ligne. »

La proposition est aussi partiellement axée sur une étude de marché de la Commission de 2018 sur la télémédecine, où il est indiqué que « la plupart des solutions de télémédecine sont mises en place au niveau national ou régional » et que « cela résulte des différences importantes entre les réglementations nationales et les régimes de sécurité sociale. »

« Les États membres de l’UE devraient harmoniser leurs cadres juridiques afin de rendre les solutions compatibles et de faciliter l’utilisation de la télémédecine transfrontalière », selon l’étude de marché.

« [Les États membres] doivent également se mettre d’accord sur la terminologie et les définitions afin de partager le même langage et harmoniser les normes déjà existantes avant de les intégrer dans la législation nationale », précise l’étude.

De nombreux éléments de l’EHDS sont complexes et il est peu probable que le Conseil de l’UE accorde un mandat de négociation complet avant la fin de la présidence tchèque, soit le 31 décembre. Un rapport d’étape/sur l’état des travaux en la matière devrait être présenté au Conseil des ministres européens de la Santé le 9 décembre.

Le texte de compromis ne comprend pour l’instant que deux chapitres, donc c’est à la future présidence suédoise de reprendre le travail des Tchèques.

Outrepassant les compétences des États membres

De nombreuses parties prenantes ont exprimé des inquiétudes quant à plusieurs éléments de l’EHDS et certaines ont cité la télémédecine comme un sujet problématique.

Sara Roda, conseillère politique principale au Comité permanent des médecins européens (CPME), considère comme positif le fait que les États membres suppriment l’article 8 relatif à la télémédecine transfrontière.

Mme Roda a souligné que la télémédecine est pratiquée de manière très différente dans les États membres et a indiqué qu’elle n’envisageait pas son harmonisation, car cela outrepasserait les compétences des États membres.

« Dans certains [États membres], il existe des cas où la télémédecine ne peut être pratiquée que par un médecin. Dans d’autres, des stagiaires pratiquent aussi de la télémédecine », a indiqué Mme Roda. Elle a également précisé qu’il existe différentes règles concernant les maladies qui peuvent être diagnostiquées à distance et la fréquence d’utilisation de la télémédecine.

Il en va de même pour les régimes de remboursement, qui ne sont pas en place dans certains pays.

« Donc pour nous, [l’] article [8] n’est pas vraiment approprié. [Cette proposition ne] serait pas le bon endroit pour [traiter de la télémédecine], peut-être la directive sur les soins de santé transfrontaliers serait plus appropriée [pour en traiter], où les régimes de remboursement sont déjà discutés. »

Dans un commentaire adressé à EURACTIV, le Forum européen des patients (EPF) a indiqué qu’il était important que l’article 8 reste dans la proposition, car il « est pertinent pour les patients, en particulier quand on veut prévenir les inégalités en matière de santé ».

« Garantir l’accès à [la] télémédecine transfrontalière peut avoir un impact positif sur les patients, en termes de prestation de soins de santé, car [la télémédecine transfrontière] a le potentiel de réduire les inégalités d’accès aux services de santé », indiquent-ils.

L’EPF a ajouté qu’il aimerait voir des « règles sur les principes de remboursement » selon lesquelles chaque État membre disposerait d’un mécanisme de remboursement de la télémédecine national et transfrontalier.