La conférence Nur-Sultan, parrainée par l'UE, "coïncide heureusement" avec le sommet d'Asie centrale

Une conférence intitulée « Intégration renforcée et prospérité en Asie centrale » a eu lieu le 28 novembre dans la capitale du Kazakhstan, Nur-Sultan, et coïncide avec un sommet des cinq pays d’Asie centrale, le lendemain à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan.

EURACTIV.com
Conference Central Adia
Conference Central Adia [[Georgi Gotev]]

Une conférence intitulée « Intégration renforcée et prospérité en Asie centrale » a eu lieu le 28 novembre dans la capitale du Kazakhstan, Nur-Sultan, et coïncide avec un sommet des cinq pays d’Asie centrale, le lendemain à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan.

La conférence de Nur-Sultan était organisée par la délégation de l’UE au Kazakhstan et avait dans son titre le mot-clé « intégration » – pas exactement au goût de tous les pays de la région, qui préfèrent le terme moins contraignant de « coopération ».

Les cinq pays d’Asie centrale – Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan – sont tous d’anciennes républiques soviétiques, mais chacun a suivi sa propre voie après l’effondrement de l’URSS. En 2018, un sommet d’Asie centrale assez discret, mais très important s’est tenu à Astana, l’ancien nom de la capitale kazakhe.

Le sommet de Tachkent est qualifié de « réunion consultative » des présidents du Kazakhstan, du Kirghizstan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan.

L’Ouzbékistan, le pays le plus peuplé des cinq, est devenu essentiel pour le début de la coopération régionale après la mort de son premier dirigeant, Islam Karimov, en 2016.

Son successeur, Shavkat Mirziyoyev, a suivi une voie moins autocratique, cherchant à réformer et à libéraliser le pays et à rétablir les liens dans la région. C’est lui qui a lancé en 2017 l’idée d’organiser régulièrement des réunions des présidents des pays d’Asie centrale.

Le Turkménistan, le pays le plus autoritaire de la région, et le plus méfiant à l’égard de l’influence occidentale, a pour politique de n’adhérer à aucune organisation, à l’exception de l’ONU. Son président, Gurbanguly Berdymukhammedov, n’a pas participé au sommet d’Astana, mais a confirmé sa présence à Tachkent.

L’UE, mais aussi d’autres organisations telles que l’OCDE, considèrent que la coopération avec l’Asie centrale est très utile. La raison en est simple : séparément, les pays sont moins attrayants pour les investisseurs alors qu’ensemble, ils pourraient représenter un marché important, ainsi qu’une zone de prospérité et de stabilité géopolitique.

L’Asie centrale compte une population totale d’environ 72 millions d’habitants, dont 18 millions au Kazakhstan, 6 millions au Kirghizstan et au Turkménistan, 9 millions au Tadjikistan et 33 millions en Ouzbékistan.

Le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan ont tous une frontière avec l’Afghanistan et l’influence positive de ces voisins culturellement proches pourrait être de la plus haute importance pour surmonter des décennies de guerre et de violence en Afghanistan.

Une distance de sécurité

L’UE n’a aucun projet géopolitique dans la région et ne veut en aucun cas diriger l’intégration des pays d’Asie centrale. Les relations de l’UE dans la région sont à des degrés divers et, en réalité, l’UE n’est pas représentée au sommet de Tachkent.

Avec le Kazakhstan, l’UE a signé un accord de partenariat et de coopération renforcé, le premier du genre, qui vient d’être ratifié par tous les membres de l’UE et qui entrera en vigueur en 2020.

Avec le Kirghizstan, le processus de signature s’est achevé en juillet et la ratification a maintenant commencé. Avec l’Ouzbékistan, les négociations sur la finalisation de l’accord sont en cours. Il est remarquable que 2019 ait vu l’ouverture d’une délégation de l’UE à part entière au Turkménistan, ce qui garantit la présence politique de l’UE à son plus haut niveau dans les cinq pays.

Interrogé par Euractiv pour savoir si la conférence organisée par l’UE à Nur-Sultan devait coïncider avec le sommet d’Asie centrale à Tachkent, l’ambassadeur de l’UE au Kazakhstan, Sven-Olof Carlsson, a déclaré qu’il s’agissait en fait d’une « heureuse coïncidence ».

En effet, alors que l’événement européen était prévu depuis des mois, l’Ouzbékistan a annoncé la tenue du sommet il y a quelques jours seulement.

Roman Vassilenko, vice-ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, a ajouté que ce qui a été convenu aujourd’hui à Nur-Sultan pourrait être « un signe avant-coureur » pour les choses à venir dans un format plus large.

Il a déclaré que la coopération économique, la sécurité et l’assistance à l’Afghanistan figureront sans aucun doute parmi les priorités qui seront discutées au niveau des chefs d’État à Tachkent.

La conférence régionale sur « l’intégration renforcée pour la prospérité en Asie centrale » a été organisée pour marquer le lancement officiel de trois programmes pluriannuels financés par l’UE qui visent à soutenir le commerce, l’état de droit ainsi que les investissements et la croissance en Asie centrale, à hauteur de 28 millions d’euros.

L’UE ne dépense pas beaucoup pour l’Asie centrale, mais apparemment ses contributions sont plus que bienvenues, notamment parce qu’elles apportent un « label » en termes de compatibilité avec l’UE, ce qui est précieux pour établir la confiance internationale.

À titre d’exemple, le programme « état de droit » signé jeudi à Nur-Sultan a pour objectif de créer « un espace juridique commun » entre l’Europe et l’Asie centrale, de renforcer la protection des droits de l’homme, de soutenir les pratiques de lutte contre la corruption, de promouvoir la transparence et la lutte contre la criminalité économique et de former les agents des services répressifs.

« L’État de droit est toujours présent à l’esprit des investisseurs. J’espère que [ces programmes] renforceront notre crédibilité », a indiqué M. Vassilenko.

Un autre programme, sur la facilitation des échanges, aidera les pays d’Asie centrale à améliorer leur classement dans les différents indicateurs de l’OCDE.

William Thompson, chef de la division Eurasie de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], a évoqué une « dynamique positive », décrivant qu’il devenait plus facile, année après année, de discuter de la coopération régionale en Asie centrale.

Il a également souligné un phénomène : chaque pays est de plus en plus curieux de savoir ce que l’OCDE prévoit pour les autres.

Des sources diplomatiques ont avancé que l’OCDE était particulièrement influente au Kazakhstan, car ce pays a l’intention de rejoindre ce « club des riches ». En 2017, le Kazakhstan est devenu le premier pays de la région à accueillir la Semaine Eurasie de l’OCDE, un événement de niveau ministériel.