Stratégie Global Gateway : une étude révèle que les aides de l’UE sont détournées au profit d’entreprises européennes

Une récente étude constate que plus de 60 % des projets de la stratégie Global Gateway bénéficient à des entreprises européennes, ce qui signifique qu’il existe un risque que l’UE détourne son budget pour l’aide afin de servir ses intérêts commerciaux et géopolitiques.

EURACTIV.com
EU Commission Global Gateway Strategy
Lancée fin 2021, la stratégie Global Gateway de la Commission européenne vise à contribuer au développement des pays émergents et en développement partenaires de l’UE. [Getty Images/Thierry Monasse ]

Une récente étude constate que plus de 60 % des projets de la stratégie « Global Gateway » bénéficient à des entreprises européennes, ce qui signifique qu’il existe un risque que l’Union européenne (UE) détourne son budget pour l’aide afin de servir ses intérêts commerciaux et géopolitiques.

Lancée fin 2021, la stratégie Global Gateway de la Commission européenne vise à contribuer au développement des pays émergents et en développement partenaires de l’UE, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie, de l’environnement, de la santé ou encore de l’éducation, en s’appuyant sur la mobilisation du secteur privé.

Dans le cadre de cette initiative, l’UE finance des projets en Amérique latine et dans les Caraïbes, au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Afrique subsaharienne, avec l’intention de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements jusqu’en 2027.

Or, bien qu’elle soit présentée par Bruxelles comme une initiative visant à favoriser le développement dans les pays partenaires, une étude menée par Counter Balance, Eurodad et Oxfam publiée mercredi 9 octobre révèle que la stratégie donne en réalité la priorité aux objectifs de politique étrangère de l’UE.

En outre, selon l’étude, dans 25 des 40 projets phares de la stratégie Global Gateway analysés, au moins une entreprise européenne a bénéficié des retombées, y compris de grandes entreprises comme Siemens, le groupe A.P. Moller, SUEZ et BioNTech.

Sur les 225 projets lancés au cours des deux dernières années, près de la moitié (49 %) concernaient le climat et l’énergie, suivis par les transports (22 %) et l’infrastructure numérique (13 %). L’éducation et la santé ont été les domaines les moins prioritaires, ne représentant que 7 % et 9 % des projets respectivement.

Le rapport souligne également des inquiétudes quant à la conception même de l’initiative, notant que les pays du Sud sont exclus des processus de prise de décision et d’établissement des priorités, tandis que les fonctionnaires de l’UE gardent un contrôle étroit sur les décisions de financement des projets.

Les intérêts géopolitiques et commerciaux au premier plan

« L’objectif principal semble maintenant être l’intérêt géopolitique et commercial, en mettant l’accent sur des projets qui ont un impact minimal sur la réduction de la pauvreté », déplore Farwa Sial, responsable principale de la politique et du plaidoyer à Eurodad et auteure de l’étude.

Elle ajoute que la stratégie était censée contrer l’influence géopolitique et économique croissante de la Chine en offrant une alternative durable et transparente basée sur les valeurs européennes.

Alexandra Gerasimcikova, responsable de la politique et du plaidoyer chez Counter Balance, explique à Euractiv que bien que la stratégie « promouvait beaucoup » cette approche, dans la pratique, « elle est vraiment loin de la réalité ».

Il ressort également de l’étude que les risques pour les droits humains et l’environnement doivent davantage être pris en compte, étant donné que Global Gateway intervient dans des contextes déjà caractérisés par des violations des droits humains.

Les droits humains passés au crible

« La Commission évite vraiment d’assumer la responsabilité de l’impact sur les droits humains », affirme Alexandra Gerasimcikova. « Ce qu’elle prétend, c’est que ce sont les institutions de financement du développement, comme la Banque européenne d’investissement, qui sont responsables de la mise en œuvre, et elle ne veut rien avoir à faire avec cela », poursuit-elle.

Par le passé, des organisations de la société civile ont critiqué la Banque européenne d’investissement (BEI) pour ses évaluations d’impact inadéquates et pour le financement de projets liés à des violations des droits humains, négligeant souvent les voix et les préoccupations des communautés concernées.

L’étude appelle à une plus grande transparence dans la mise en œuvre de Global Gateway et plaide pour un contrôle public et parlementaire à travers l’Europe et le Sud.

Elle souligne par ailleurs la nécessité d’un contrôle plus strict afin de garantir que les projets s’alignent sur les objectifs de développement, et recommande que la Cour des comptes européenne procède à un examen indépendant de la conformité de l’initiative avec les objectifs de développement de l’Union.

« La recommandation est vraiment de repenser toute cette stratégie et de se concentrer sur les subventions pour se centrer sur le financement concessionnel avec un impact sur le développement », écrit Farwa Sial.

Euractiv a contacté la Commission pour obtenir des commentaires sur les conclusions de l’étude mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]