"Europe puissance" : la Pologne prend la France au mot
De passage à Paris, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a livré sa vision d’une Europe fédérale bien différente de celle de Nicolas Sarkozy.
De passage à Paris, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a livré sa vision d’une Europe fédérale bien différente de celle de Nicolas Sarkozy.
D’entrée de jeu, le chef de la diplomatie polonaise a rappelé les liens historiques qui unissent la France et la Pologne, allant même jusqu’à citer Victor Hugo. Comme pour ensuite mieux rappeler avec le sourire l’affaire du « plombier polonais » de 2005 à l’assemblée présente à la conférence organisée par Le Monde et le think tank European Council on Foreign Relations (ECFR), jeudi 22 mars.
Un seul président
Mais Radoslaw Sikorski n’était pas venu à Paris que pour les bons mots.
Dans son intervention de trois quarts d’heures, le ministre des Affaires étrangères a voulu démontrer l’engagement complet de son pays en faveur d’une plus grande intégration européenne. La participation de la Pologne au nouveau traité en est pour lui une preuve irréfutable. Il a plaidé dans le même temps pour une Europe plus démocratique, qui à la fois respecterait les nations et répondrait aux nécessités de notre temps.
Chose rare dans le débat français, le ministre, ancien reporter de guerre, a insisté sur la nécessité de construire un « pouvoir fédéral », avec un budget conséquent, en particulier dans le domaine de la défense dans lequel il perçoit la France comme un acteur majeur. « La Pologne a fait sienne le concept français d’Europe puissance » a-t-il précisé, alors que Nicolas Sarkozy bataille depuis des mois pour une gestion intergouvernementale de l’UE.
Un partage clair des compétences
Pour éviter tout rejet de la part des citoyens, il a préconisé dans le même temps que certaines compétences, qui participent à la construction identitaire d’un État, soient maintenues dans le giron national, comme l’éducation ou les questions sociétales. Dans une perspective polonaise, cela renvoie, entre autres, à la quasi interdiction de l’avortement, toujours en place dans le pays.
Varsovie s’est déjà déclarée favorable à la fusion du poste de président de la Commission et du Conseil européen et se veut « ouverte » sur la procédure de désignation, que ce soit par le Parlement ou directement par le suffrage universel.
Des sujets restent toutefois très sensibles aux yeux des Polonais, comme leur politique énergétique. Le pays est bien décidé à exploiter ses gaz de schistes au nom de son indépendance vis-à-vis du gaz russe.
Une seule Europe
Lors la crise de la zone euro de l’automne dernier, la Pologne s’est sentie mise à l’écart par le couple franco-allemand, alors qu’à terme, elle doit rejoindre la monnaie unique.
>>> Lire « Réforme de la zone euro : la fronde de l’Est »
Radoslaw Sikorski l’a donc une nouvelle fois rappelé. « La Pologne dit non à l’instrumentalisation d’une Europe avec un nouveau centre et une nouvelle périphérie ». Un message clair qui a été couplé à une longue énumération de chiffres pour rappeler les succès économiques de la Pologne depuis vingt ans. Elle n’est plus « un nouvel État membre » mais « un partisan fiable de l’approfondissement » malgré les ambitions « freinées par certains anciens », a signalé le ministre.
Pas d’ingérence
Réagissant aux propositions de Nicolas Sarkozy sur l’espace Schengen, le dirigeant polonais plaide pour « une plus grande intégration et non le contraire ».
Prudent, le ministre ne veut pas ingérer dans la campagne électorale française, mais exhorte habilement la classe politique française « à ne pas saper la confiance des populations dans le projet d’intégration ».
Autre controverse, la renégociation du traité souhaitée par François Hollande. « La France voudrait-elle être le pays qui rejette un texte européen pour la seconde fois ? » a-t-il ironisé.