L’UE abandonne le contrôle de la Convention des maires à Bloomberg
Exclusif. Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, s’apprête à piloter la nouvelle alliance des villes du monde contre le changement climatique, une idée pourtant proposée par l’UE.
Exclusif. Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, s’apprête à piloter la nouvelle alliance des villes du monde contre le changement climatique, une idée pourtant proposée par l’UE.
Après deux ans d’efforts de chaque côté, la Commission européenne et l’ancien homme d’affaires devenu activiste écolo Michael Bloomberg, s’apprêtent à fusionner leurs initiatives pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La fusion de la Convention des maires de l’UE et de l’association des maires de Michael Bloomberg, qui doit être annoncée le 22 juin, créera une nouvelle alliance mondiale des maires, qui comptera 7 500 villes représentant plus de 600 millions d’habitants partout dans le monde.
La Commission européenne payera cher cette fusion, puisqu’elle devra renoncer à la gestion au jour le jour de l’organisation, et sans doute sacrifier une partie de son influence sur la gouvernance et les normes de l’alliance.
La Convention des maires de l’UE, la plus ancienne des deux organisations, a aujourd’hui dépassé l’Europe pour englober 6 800 villes dans 58 pays depuis 2008. 5 500 des villes et régions participantes ont déjà préparé leurs programmes contraignants pour limiter le changement climatique.
C’est le succès de l’initiative au niveau européen qui a mené à la création des structures régionales similaire en Afrique, en Chine, en Inde ou en Amérique du Nord.
Michael Bloomberg a adressé un message de soutien à l’organisation en 2009, mais a choisi de ne pas le rejoindre. Il a préféré mettre en place son propre programme, sans rejoindre la structure européenne qu’il projette à présent de diriger.
>> Lire : À la COP21, les villes et les régions se démarquent
L’association des maires, lancée en septembre 2014 par Michael Bloomberg et soutenue par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ne rassemble pour sa part que 508 villes. Pourtant, si l’on en croit des informations rendues publiques, seules 50 d’entre elles ont préparé des projets détaillés pour atteindre leurs objectifs.
Romance parisienne
Les premières discussions en vue d’une fusion des deux organisations se sont déroulées durant la conférence de l’ONU pour le climat (COP21), à Paris, au mois de décembre.
Après six mois de négociations difficiles, un accord a été trouvé. La direction du conseil d’administration de la nouvelle Convention mondiale sera commune, mais le secrétariat, chargé du fonctionnement quotidien de l’organisation, sera dirigé par Bloomberg.
Selon les documents obtenus par EURACTIV, Michael Bloomberg s’attend à ce que le système de surveillance et de rapport des efforts de réductions des émissions et du changement climatique, instrument clé de l’approche ascendante de ces initiatives, s’appuie sur ses normes, et non celles de l’UE.
Un représentant de l’UE réfute cette « perception » selon laquelle l’initiative sera entre les mains de Bloomberg. En réalité, les villes seront les vrais moteurs de l’alliance, assure-t-il.
Le fonctionnaire a admis que Michael Bloomberg prendrait « très probablement » la direction du secrétariat, mais insiste sur le fait que celui-ci restera à Bruxelles et rendra des comptes aux deux coprésidents, Michael Bloomberg et Maroš Šefčovič.
Perte de contrôle
Les détails finaux de l’organisation du secrétariat et des rapports seront peaufinés d’ici janvier 2017, date à laquelle l’alliance des maires et son nouveau site Internet devraient être opérationnels.
À Bruxelles, certains se plaignent cependant de la perte de contrôle de l’UE, qu’ils disent avoir cédé sous la pression de l‘ancien maire de New York. Sous couvert de l’anonymat, une source au sein des institutions s’est interrogée sur la survie du système de gouvernance actuel de la Convention (européenne) des maires.
D’autres sont moins pessimistes, et soulignent que les deux initiatives « partagent le même objectif », même s’il est « clair que nous avons des approches différentes ».
Les documents internes de la Convention mondiale des maires indiquent que la fusion des deux initiatives permettra d’atteindre davantage de villes sur tous les continents, « limitera la concurrence entre différentes entités et harmonisera les recrutements, ce qui mènera à une plus grande participation et à un impact encore plus important des actions entreprises au niveau local ».
Pour ce faire, la nouvelle Convention utilisera des financements européens et des fonds de l’ancien maire de New York.
« Cette fusion constitue un signal très fort et très clair envoyé aux gouvernements : non seulement les villes agissent pour limiter le changement climatique, mais elles sont à la pointe, ensemble », devrait déclarer Michael Bloomberg le 22 juin.