Européennes 2024 : l’écologiste Bas Eickhout craint l’extrême droite et une perte d’électorat des Verts face aux partis du centre

Alors que Bas Eickhout, tête de liste des Verts européens, déplore la position de l’extrême droite sur la question climatique, ce sont les partis centristes qui pourraient s’avérer être la principale menace électorale pour les écologistes, a-t-il confié à Euractiv.

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Dans un entretien accordé à Euractiv, le législateur néerlandais a critiqué l’influence de l’extrême droite, affirmant qu’elle avait « transformé la question du climat en une question culturelle » et qu’elle « présentait l’action climatique comme si les gens allaient […] vous prendre les choses ». [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/ep-plenary-session-the-attack-on-climate-and-nature-far-right-and-conservative-attempts-to-destroy-the-green-deal-and-prevent-investment-in-our-future_20240424_EP-168661G_AR2_013" target="_blank" rel="noopener">European Parliament/Alain Rolland </a>]

Alors que Bas Eickhout, l’une des têtes de liste des Verts européens, déplore la position de l’extrême droite sur la question climatique, ce sont les partis centristes du nord-ouest de l’Europe qui pourraient s’avérer être la principale menace électorale pour les écologistes. C’est ce qu’a déclaré l’homme politique néerlandais lors d’un entretien avec Euractiv.

M. Eickhout a critiqué l’influence de l’extrême droite sur le plan politique, affirmant qu’elle avait « transformé la question climatique en une question culturelle » et qu’elle « présentait l’action en la matière comme si les gens allaient […] vous prendre les choses ».

L’eurodéputé a notamment fait référence à la situation dans son pays, les Pays-Bas, où un accord de coalition gouvernementale a été annoncé la semaine dernière. Le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite, dirigé par Geert Wilders, sera le plus grand parti de cette coalition.

Outre la menace posée par l’extrême droite, M. Eickhout a également reconnu que dans le nord-ouest de l’Europe, les Verts sont confrontés à un tout autre défi. La prise en compte accrue du climat dans le débat politique signifie que les partis centristes séduisent à présent des électeurs sensibilisés aux questions climatiques, qui votaient autrefois pour les Verts.

Le nord-ouest de l’Europe est le cœur politique des Verts. Plus de 90 % de leurs sièges au Parlement européen ont été gagnés en Scandinavie, dans les pays du Benelux, en France, en Allemagne et en Irlande.

Cela peut en partie expliquer les difficultés récemment rencontrées par le parti. L’inquiétude des citoyens de l’UE concernant le climat a atteint un pic en 2019, année des dernières élections européennes, et est restée élevée.

Cette année-là, les Verts ont remporté un nombre record de 74 sièges au Parlement européen, mais contrairement aux préoccupations climatiques, ce triomphe politique n’a pas duré.

Cependant, les projections d’Europe Elects pour Euractiv suggèrent que le nombre de sièges des Verts diminuera d’un quart lors des élections du mois prochain, la quasi-totalité des pertes projetées survenant dans le nord-ouest de l’Europe.

Les Verts s’efforcent d’élargir leur audience en vue des élections de juin, tant pour des raisons immédiates que pour des motifs à long terme.

À court terme, M. Eickhout reconnaît que la position des Verts doit être en phase avec les préoccupations actuelles en matière de sécurité physique et économique.

« Le coût de la vie est devenu une préoccupation majeure pour les citoyens, et notre programme climatique doit donc être davantage lié à cet aspect sécuritaire et social. »

Le Néerlandais a également évoqué l’importance, à plus long terme, de motiver le centre, dont le soutien est nécessaire pour stimuler l’action en faveur du climat.

Bien que logique, cette démarche pose un dilemme électoral à son parti.

Élargir le manifeste des Verts signifie une concurrence plus directe avec les partis centristes déjà bien établis, à un moment où ces partis intègrent davantage le climat dans leurs propres positions.

La gauche

Interrogé sur la manière dont les Verts pourraient se différencier des socialistes, Bas Eickhout a répondu qu’il était « très heureux » de voir la nomination de l’Espagnole Teresa Ribera pour la prochaine Commission, qui serait « très utile ».

Teresa Ribera, figure emblématique de la gauche en Europe, est candidate espagnole pour obtenir un poste au sein de la prochaine Commission européenne. Elle promeut sa propre vision d’un Green Deal 2.0 .

Toutefois, M. Eickhout a déclaré que l’engagement de la gauche en faveur de l’action climatique « dépendait beaucoup de la personne » et a affirmé que seuls les Verts se montraient « crédibles » et « cohérents » en matière d’action climatique.

La droite

M. Eickhout se méfie également de la manière dont certaines parties de la droite abordent l’action climatique, soulignant ce qu’il considère comme « un grand fossé entre la rhétorique et l’action réelle ».

Il cite en exemple le nouveau gouvernement néerlandais, qui affirme rester engagé en faveur de l’action climatique, mais appelle également à une intensification de l’exploration gazière en mer du Nord, ainsi que les partis de droite (CDU, Parti populaire européen) et libéral (FDP, Renew) en Allemagne, qui « affirment qu’ils continueront à soutenir l’accord de Paris sur le climat, mais qui en même temps se sont retournés contre un certain nombre de dossiers du Green Deal ».

Compromis post-électoraux

Indépendamment des préoccupations de M. Eickhout, les Verts devront travailler avec la droite et la gauche au cours du prochain cycle quinquennal de l’UE. L’accent qu’il met sur l’industrie et la compétitivité internationale laisse entrevoir la possibilité d’un compromis post-électoral.

Selon lui, « une Europe forte sur l’industrie » et « la poursuite du Green Deal » doivent être au cœur de la prochaine Commission européenne, sinon « [il] ne voit pas de majorité viable possible » au Parlement.

À la question de savoir si les Verts donneraient la priorité au climat plutôt qu’à la protection de la nature dans les négociations, M. Eickhout a hésité, citant la nécessité de surmonter la polarisation politique actuelle.

Il a toutefois évoqué la prochaine Politique agricole commune (PAC), qui doit être adoptée au cours du mandat de la prochaine Commission, ainsi que les besoins croissants de l’Europe en matière d’adaptation au climat, qui peuvent être en partie satisfaits par des solutions basées sur la nature.

« La nature sera à l’ordre du jour, que cela nous plaise ou non », a-t-il conclu, « mais nous devons trouver un terrain d’entente ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]