Européennes aux Pays-Bas : l’alliance entre les Socialistes et les Verts au coude à coude avec l’extrême droite

Aux Pays-Bas, l’alliance entre Parti travailliste et Gauche verte, qui obtiendrait 8 sièges, est talonnée par le Parti pour la liberté d’extrême droite, avec 7 sièges, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote pour les Européennes jeudi (6 juin).

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Frans Timmermans, membre du Parti travailliste (PvdA), vote pour l’élection des députés néerlandais au Parlement européen, à Maastricht, le 6 juin 2024. Son alliance Verts-Gauche-Travaillistes (GroenLinks-PvdA) est arrivée en tête après la publication des sondages à la sortie des urnes. [EPA-EFE/ROB ENGELAAR]

Aux Pays-Bas, l’alliance entre Parti travailliste et Gauche verte (GroenLinks-PvdA), qui obtiendrait 8 sièges, est talonnée par le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV) appartenant au groupe d’extrême droite d’Identité et Démocratie (ID), avec 7 sièges, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote pour les Européennes jeudi (6 juin).

L’alliance GroenLinks-PvdA se scindera après les élections, car le PvdA fait partie des Socialistes et Démocrates européens (S&D) au Parlement européen et GroenLinks est membre du groupe des Verts/ALE.

Actuellement, le PVV et GroenLinks-PvdA obtiendraient 15 des 31 sièges attribués aux Pays-Bas au sein du Parlement européen, qui compte 720 membres. Les 16 députés restants reflètent un paysage politique fragmenté, représentant 11 partis différents. Par exemple, le parti fédéraliste européen Volt (Renew), le Parti pour les animaux (Partij voor de Dieren, PvdD) du groupe Verts/ALE et le Parti politique réformé (Staatkundig Gereformeerde Partij, SGP) calviniste du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) obtiennent un siège chacun.

« Le récit de la montée de l’extrême droite a été déjoué aux Pays-Bas. Bien sûr, c’est encore serré, mais nous avons gagné, une coalition progressiste a gagné aux Pays-Bas. C’est donc un bon exemple et un message pour le reste de l’Europe : allez voter », a indiqué Bas Eickhout, tête de liste des Verts européens et néerlandais, à Euractiv.

Parmi les grands perdants de ce scrutin, on retrouve des partis centristes établis qui historiquement disposaient de nombreux eurodéputés actifs et éminents. Le parti Appel chrétien-démocrate (Christen-Democratisch Appèl, CDA) du Parti populaire européen (PPE) décroche à peine trois sièges ; le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD) de Mark Rutte et le parti social-libéral Democraten 66 (D66), tous deux membres de Renew, obtiennent respectivement quatre et trois sièges, selon les sondages à la sortie des bureaux de vote publiés par le radiodiffuseur NOS.

Les partis du nouveau gouvernement, le Nouveau Contrat social (Nieuw Sociaal Contract, NSC) et le Mouvement agriculteur-citoyen (BoerBurgerBeweging, BBB) entreront pour la première fois au Parlement européen, avec respectivement un et deux sièges.

Ils souhaiteraient tous deux rejoindre le PPE, mais le CDA a jusqu’à présent refusé cette perspective, car le NSC et le BBB ont une « attitude eurosceptique, voire anti-européenne », a déclaré mardi (4 juin) Tom Berendsen, tête de liste des Chrétiens-démocrates.

Si le BBB et le NSC rejoignent le PPE, 21 des 31 sièges néerlandais feront partie de la majorité pro-européenne.

Les résultats officiels sont attendus dimanche (9 juin) à 21 h. Bien que les différences avec les sondages à la sortie des urnes soient généralement relativement faibles, la répartition finale des sièges pourrait différer.

Les Pays-Bas sont le premier État membre à avoir terminé le scrutin. En raison des exigences religieuses de certains protestants néerlandais, les élections n’ont jamais lieu le dimanche, contrairement à la plupart des autres pays.

Les autres États membres suivront-ils l’exemple des Pays-Bas ?

Le score élevé du PVV s’inscrit dans la tendance attendue, à savoir que les partis d’extrême droite progressent dans de nombreux États membres, comme en France avec le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, qui devrait constituer la plus grande délégation nationale au sein du Parlement européen.

Le PVV ne disposait d’aucun siège dans l’hémicycle européen sortant, notamment parce qu’un autre parti néerlandais, le Forum pour la démocratie (Forum voor Democratie,FvD) appartenant au groupe CRE, avait fait mieux en 2019. Le FvD, parti pro-russe, n’a remporté aucun siège cette année.

La montée en puissance du PVV n’est pas une surprise, le parti islamophobe de Geert Wilders ayant déjà remporté les élections du parlement national en novembre dernier.

M. Wilders a exprimé son souhait de former une faction européenne commune avec Fratelli d’Italia de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, présidente du Parti des conservateurs et réformistes européens (Parti CRE), et le RN de Marine Le Pen (groupe ID). Il reste à voir si une telle coalition est réaliste, compte tenu des profonds désaccords entre les deux groupes d’extrême droite.

Aux Pays-Bas, la campagne n’a véritablement démarré que la semaine dernière. Les dirigeants des partis gagnants, Geert Wilders (PPV) et Frans Timmermans (GroenLinks/PvdA), étaient tous deux absents des listes, bien qu’ils aient cherché la confrontation l’un avec l’autre. M. Wilders a tenté de faire de l’immigration le thème principal de sa campagne, tandis que M. Timmermans s’est surtout positionné comme l’anti-Wilders.

Le taux de participation avoisine les 44 %, ce qui est plus élevé que lors des éditions de 2019, où 42 % des électeurs s’étaient rendus aux urnes. Depuis le début des années 1990, le taux de participation aux élections européennes aux Pays-Bas a toujours été inférieur à 40 %.

[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]