Européennes en Pologne : la coalition pro-UE de Donald Tusk et les conservateurs au coude à coude
Les élections européennes en Pologne s’annoncent comme une énième bataille entre le parti conservateur Droit et Justice (PiS) de Jarosław Kaczyński et la Coalition civique (KO) du Premier ministre Donald Tusk, au coude à coude dans les sondages.
Les élections européennes en Pologne s’annoncent comme une énième bataille entre le parti conservateur Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens) de Jarosław Kaczyński et la Coalition civique (KO, Parti populaire européen) du Premier ministre Donald Tusk, qui sont au coude à coude dans les sondages.
Malgré sa victoire aux élections législatives en octobre dernier, le PiS n’a pas réussi à obtenir une majorité parlementaire et a perdu le pouvoir au profit de la large coalition de partis centristes et de gauche dirigée par Donald Tusk. Cette défaite a mis fin à huit années de gouvernance des conservateurs, marquées par des conflits avec Bruxelles et un rapprochement avec la Hongrie de Viktor Orbán.
De même, le PiS a remporté des sièges dans les comités régionaux lors des élections locales d’avril, mais a essuyé une défaite dans les grandes villes, qui ont tendance à voter pour des partis centristes ou libéraux.
Aujourd’hui, avec les élections européennes, les deux rivaux que sont le PiS et la KO sont confrontés à un nouveau test de loyauté et de mobilisation de leurs électeurs.
Les grands enjeux européens
Trois grands enjeux liés à l’UE ont dominé la campagne électorale en Pologne. Le premier concerne la potentielle réforme des traités de l’Union, qui, selon les conservateurs, pourrait menacer la souveraineté du pays.
Le principal point de discorde est l’abolition du vote à l’unanimité sur les questions de politique étrangère, de sécurité et dans le domaine fiscal — une mesure à laquelle le PiS et le parti d’extrême droite Confédération s’opposent fermement.
La migration est également un sujet de taille, notamment en raison du pacte européen sur la migration et l’asile récemment adopté.
Le PiS pense que le pays sera forcé d’accueillir des milliers de migrants et accuse le Premier ministre Donald Tusk de mentir lorsqu’il affirme que le nouveau système sera avantageux pour la Pologne, qui a déjà accueilli un grand nombre de réfugiés ukrainiens.
Enfin, le troisième grand dossier de cette campagne concerne le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), au centre de nombreuses manifestations d’agriculteurs polonais au début de l’année 2024.
Alors que le PiS et la coalition gouvernementale actuelle se rejetant mutuellement l’incapacité de la Pologne de répondre aux demandes des agriculteurs, le parti Confédération promet de supprimer complètement le Green Deal.
L’extrême droite, principal facteur de changement
Selon les dernières projections d’Europe Elects pour Eurativ, la KO de Donald Tusk devrait remporter 34 % des voix et 19 des 53 sièges qui seront attribués à des eurodéputés polonais au sein du prochain Parlement européen. Le PiS devrait quant à lui recueillir 33 % des voix et obtenir 16 sièges, voire 18 si l’on compte son proche partenaire de coalition, la Pologne souveraine.
Le parti d’extrême droite Confédération, en troisième position avec 12 % au scrutin, obtiendrait six sièges.
L’alliance centriste Troisième voie (Renew/PPE) recueille pour sa part 11 %, et la Nouvelle Gauche (Nowa Lewica) 9 %. Cela se traduirait par 4 sièges pour les deux partis.
La performance du PiS pourrait contribuer à la montée en puissance de la droite au Parlement européen. En effet, le PiS de M. Kaczyński et le parti Fratelli d’Italia de la Première ministre italienne Giorgia Meloni constituant l’épine dorsale des Conservateurs et Réformistes (CRE), le potentiel du groupe dépend en grande partie du nombre de voix que ces deux partis obtiendront au niveau national.
Un autre groupe, le Parti populaire européen (PPE), pourrait jouer un rôle clé en Pologne grâce à ses membres, notamment la Plate-forme civique (Platforma Obywatelska, PO) de centre-droit, principal parti de l’alliance KO et le Parti paysan polonais (Polskie Stronnictwo Ludowe, PSL), qui pourraient ensemble fournir 19 sièges au PPE.
La Confédération, non présente au Parlement européen depuis sa fondation en 2019 avant les élections européennes cette même année, devrait obtenir un siège, selon les dernières projections.
À ce stade, l’on ne sait pas quel groupe parlementaire il rejoindrait s’il faisait son entrée dans l’hémicycle européen. Il est toutefois peu probable qu’il rejoigne le groupe CRE. Outre les tensions entre la Confédération et le PiS, membre du CRE, l’autre point d’achoppement est la position légèrement anti-Ukraine du parti, analyse Karolina Borońska-Hryniewiecka, professeur de sciences politiques à l’Université de Wroclaw.
Le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID), pourrait également ne pas convenir, en raison de son orientation pro-sociale, contrairement au profil plutôt libéral de la Confédération, explique Przemysław Witkowski, de l’Université Collegium Civitas à Varsovie.
Pour M. Witkowski, l’option la plus probable pour la Confédération est d’unir ses forces avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et quelques autres partis indépendants.
Conflit autour des postes de commissaires
Après les élections, un conflit entre le gouvernement Tusk et le président du pays, Andrzej Duda, pourrait survenir au sujet du candidat que la Pologne devrait envoyée à la Commission européenne.
Selon une nouvelle loi, le chef de l’État doit approuver le choix du commissaire fait par le gouvernement.
Or, Donald Tusk souhaite nommer l’actuel ministre des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, dans l’espoir qu’il obtienne un portefeuille de la défense ou le poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité actuellement occupé par Josep Borrell.
Néanmoins, il pourrait se heurter à la résistance du président qui, souvent accusé de favoriser son ancien parti, le PiS, serait plus enclin à soutenir le candidat proposé par les conservateurs, à savoir l’eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]