Ex-ambassadeur des États-Unis au Kosovo : les efforts pour éloigner la Serbie de la Russie ont échoué
Les efforts visant à pousser la Serbie vers l'Occident plutôt que vers la Chine et la Russie ont échoué, et il est temps d'adopter une nouvelle approche, a déclaré l'ancien ambassadeur des États-Unis au Kosovo, Philip Kosnett, lors d'un entretien avec Euractiv.
Les efforts visant à pousser la Serbie vers l’Occident plutôt que vers la Chine et la Russie ont échoué, et il est temps d’adopter une nouvelle approche, a déclaré l’ancien ambassadeur des États-Unis au Kosovo, Philip Kosnett, lors d’un entretien avec Euractiv.
Le Kosovo devait être traité comme un « enfant indiscipliné qui devrait faire ce qu’on lui dit », a déclaré M. Kosnett, ambassadeur de 2018 à 2021, qui déplore la frustration causée par les kosovars au cours des 15 à 20 dernières années de négociations avec la Serbie,
Cette approche, combinée à la notion que la Serbie est le pays le plus important de la région et que cette dernière devait « être intégrée dans le cercle européen et non poussée dans les bras de la Russie et de la Chine », était peu judicieuse, a-t-il ajouté.
La Serbie est le seul pays d’Europe à ne pas s’être aligné sur les sanctions occidentales contre la Russie depuis la guerre en Ukraine.
« Je pense que la Serbie est clairement nichée dans les bras de la Russie et de la Chine. Par conséquent, les efforts déployés par la communauté internationale au cours de toutes ces années pour tenter de rapprocher Belgrade de l’Occident n’ont pas encore donné de résultats », a-t-il déclaré.
M. Kosnett, aujourd’hui senior fellow pour le programme de défense et de sécurité transatlantique au think tank Center for European Policy Analysis, a ajouté qu’il était temps pour l’Europe et l’Occident d’être plus réalistes à ce sujet.
Alors que la Russie poursuit sa campagne de déstabilisation des Balkans occidentaux, M. Kosnett a déclaré que « reconnaître l’existence du Kosovo » et son statut de pays constituerait une manifestation importante de la solidarité européenne et occidentale.
Parmi les États membres de l’UE, l’Espagne, Chypre, la Slovaquie, la Roumanie et la Grèce ne reconnaissent pas l’indépendance unilatérale du Kosovo, déclarée en 2008. Une situation qui pose aussi problème dans les enceintes de l’OTAN, où l’adhésion d’un nouveau membre doit se faire à l’unanimité, et qui est bloquée par les mêmes pays, à l’exception de Chypre, qui n’est pas membre.
« Je pense que le moment soit venu pour les États-Unis et l’Union européenne de lancer un appel pressant aux pays européens membres de l’OTAN qui n’ont pas reconnu le Kosovo pour qu’ils le fassent », a déclaré M. Kosnett.
Mesures et sanctions
Cet été, l’UE a adopté des « mesures » à l’encontre du Kosovo suite à l’incapacité du Premier ministre Albin Kurti à désamorcer la situation dans les municipalités à majorité serbe du nord.
Le problème a commencé à la fin de l’année 2022 lorsque Pristina a appliqué les règles selon lesquelles tous les véhicules kosovars devaient porter des plaques d’immatriculation émises par le Kosovo. Or, cela n’a pas empêché les Serbes qui ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo de continuer à utiliser les plaques émises par Belgrade, et a également conduit à une démission massive des Serbes de toutes les institutions gouvernementales.
Les élections organisées pour remplacer les maires et les fonctionnaires locaux dans le nord ont été largement boycottées par les Serbes, soutenus par Belgrade.
Mais lorsque les maires élus d’origine albanaise sont entrés dans les locaux municipaux pour commencer à travailler, des violences ont éclaté, blessant une trentaine de soldats de la KFOR, des dizaines de manifestants, des citoyens, des policiers et, surtout, des journalistes d’origine albanaise.
L’UE a depuis demandé le retrait et la démission des maires albanais, exigeant que de nouvelles élections soient organisées et que Pristina retire sa police spéciale de la région.
Alors que des mesures ont été prises en vue des élections, Pristina n’a pas retiré sa police spéciale, craignant pour sa sécurité.
Le 24 septembre, un groupe de 30 Serbes lourdement armés a tendu une embuscade à une patrouille de police du Kosovo, tuant un officier. Ils se sont ensuite barricadés dans un monastère, après quoi un échange de tirs avec les autorités a eu lieu, entraînant la mort d’au moins trois assaillants.
Depuis ce jour, les autorités kosovares ont mis en évidence l’implication de l’État serbe.
Une enquête menée par BIRN a révélé que certaines des armes et des munitions saisies étaient passées par des installations de réparation de l’État serbe à plusieurs reprises au cours des dernières années, et pas plus tard qu’en 2022.
La Commission a rédigé des projets de mesures contre la Serbie et serait prête à les utiliser, bien que ce ne soit pas dans l’immédiat, révélait Euractiv la semaine dernière.
Mais M. Kosnett estime que des mesures à l’encontre du Kosovo eu de la Serbie ne sont pas la meilleure approche et soutient qu’il faut les encourager et non les punir.
« En diplomatie, les carottes sont plus efficaces que les bâtons, les incitations plus efficaces que les menaces. Les deux ont leur place, mais je pense que la communauté internationale ferait mieux de se concentrer sur les incitations économiques, politiques et sécuritaires plutôt que sur les sanctions. »
La question de l’Association des municipalités
Néanmoins, en ce qui concerne la question de l’Association des municipalités serbes (ASM), M. Kosnett précise qu’elle doit être abordée et qu’après l’attentat, la population majoritairement kosovare aura beaucoup de mal à imaginer qu’elle ne représente pas une menace pour la sécurité.
«Tout le monde doit en parler depuis le début, depuis le point zéro », a déclaré M. Kosnett.
La création de l’Association des municipalités serbes a été décidée pour la première fois sous un ancien gouvernement kosovar, en 2013. Elle a ensuite été jugée inconstitutionnelle par la plus haute juridiction du pays en 2015, car elle conférerait des pouvoirs exécutifs, ce qui serait contraire à la souveraineté du pays.
Belgrade a fait valoir qu’elle ne ferait qu’accorder davantage de droits aux Serbes du Kosovo, qui représentent environ 7 % de la population, tandis que Pristina affirme que sa constitution accorde déjà aux minorités plus de droits que dans n’importe quel autre pays d’Europe.
Il s’agit notamment du serbe comme langue officielle, de sièges garantis au parlement quels que soient les résultats des élections, d’une représentation au niveau municipal, du droit de nommer les principaux responsables de la police dans les régions à majorité serbe, de l’enseignement et de l’étude de la langue serbe dans les écoles de la majorité serbe au lieu de l’albanais, et de la présence d’au moins un ministre issu de la minorité serbe au sein du gouvernement.
Il aurait dû être possible de trouver un moyen d’accorder l’autonomie administrative aux municipalités, a déclaré M. Kosnett par rapport à son mandat. Au fil du temps, il aurait été possible de renforcer la confiance entre les communautés, a-t-il ajouté, précisant que cela devrait être réévalué à la lumière de la dernière vague de tensions, qui, selon le Kosovo, est une tentative d’ « annexion » du nord du pays.
Par ailleurs, M. Kosnett a aussi déclaré qu’il n’était pas possible de « faire comme si les événements passés n’étaient arrivés ».
« Je pense simplement qu’à l’heure actuelle, il est plus important de réfléchir de manière réaliste à la façon dont les événements récents ont affecté le calcul. »
[Edité par Daniel Eck]