EXCLUSIF : La France et l'Allemagne stoppent net le nouveau groupe de défense piloté par Kallas
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Un projet visant à mettre en place un groupe de conseillers de haut niveau chargés de réfléchir à la politique de défense européenne a été brusquement annulé, quelques jours seulement après avoir été annoncé par la responsable de la politique étrangère, Kaja Kallas.
Il y a six jours à peine, Kallas avait annoncé qu’elle réunirait les « esprits les plus brillants » afin de trouver de nouvelles idées sur l’avenir de la défense européenne. Mais ce conseil des sages, dont le lancement officiel était prévu lundi à Bruxelles, a été mis en veilleuse à la suite d’une action de dernière minute menée par plusieurs capitales de l’UE, selon plusieurs responsables et personnes impliquées dans le processus.
« Certains États membres ont estimé que ce n’était pas la bonne voie à suivre pour le moment. À l’issue de discussions avec les ministres, nous avons décidé de ne pas donner suite à cette initiative », a déclaré un responsable européen.
« Nous étudions de nouvelles façons de collaborer avec les États membres », a ajouté ce responsable.
La France, l’Italie et l’Allemagne seraient à l’origine de cette annulation de dernière minute. Euractiv a contacté les trois gouvernements pour obtenir leurs commentaires, mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication.
Kallas n’avait pas révélé les noms des huit personnes qui devaient y participer. Ce groupe aurait réuni d’anciens responsables politiques et militaires afin de formuler des recommandations sur la manière dont l’Europe pourrait rapidement produire et se procurer les armes dont elle a besoin.
« L’objectif est de réunir certains des esprits les plus brillants en matière de sécurité et de défense afin qu’ils proposent véritablement des solutions novatrices », a indiqué Kallas aux journalistes mardi en Irlande, à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE.
« Nous n’avons pas agi assez vite alors que le niveau de menace augmente », a déclaré Kallas.
Les capitales versus le SEAE
Ce revirement intervient alors même que Kallas résiste aux projets franco-allemands visant à intégrer son Service européen pour l’action extérieure (SEAE) au sein de la Commission européenne.
Elle a récemment renforcé les capacités de son institution en matière de défense en recrutant Kajsa Ollongren, l’ancienne ministre néerlandaise de la Défense, au poste de secrétaire générale, et David Cvach, l’ancien ambassadeur de France auprès de l’OTAN, en tant que responsable de la défense.
L’année dernière, les capitales ont convenu de combler neuf lacunes en matière de défense d’ici 2030, allant de la défense aérienne aux munitions en passant par la mobilité militaire, et ont présenté en juillet une série de projets de défense conjoints à grande échelle.
Mais ces propositions ambitieuses, notamment les projets concernant les drones et la défense aérienne et antimissile intégrée, mettront des années à se concrétiser. Kallas espérait que son nouveau groupe formulerait des recommandations non contraignantes pour des solutions à court terme.
« Le diagnostic reste le même : l’Europe doit agir plus rapidement en matière de défense », a déclaré le responsable européen. « Nous ne voulons pas nous retrouver, dans quelques années, dans une situation où, en regardant en arrière, nous constaterons que l’Europe était tellement concentrée sur ses objectifs pour 2035 qu’elle a négligé de faire ce qui était nécessaire en 2027. »
Un rapport publié la semaine dernière par les auditeurs de l’UE a averti que le renforcement des capacités de défense de l’Europe est entravé par un manque de coordination entre les capitales et l’absence de planification efficace.
Pietro Guastamacchia et Kjeld Neubert ont contribué à cet article
(at, jp)