Face à la menace russe, la France et la Pologne resserrent leurs liens de défense
La visite de Macron en Pologne intervient alors que des doutes planent sur les garanties de sécurité américaines
VARSOVIE – Le président français Emmanuel Macron s’est rendu lundi en Pologne pour s’entretenir avec le Premier ministre Donald Tusk au sujet de la coopération en matière de défense, alors que les deux pays font face à la menace russe et aux doutes croissants concernant les garanties de sécurité américaines.
Des ministres de haut rang des deux gouvernements ont également assisté à la réunion dans le port de Gdańsk, sur la mer Baltique. Il s’agissait de la première session conjointe des gouvernements dans le cadre du Traité de Nancy, un pacte bilatéral signé en 2025 engageant les deux pays à organiser des réunions ministérielles annuelles.
Ce traité visait à rétablir les relations bilatérales mises à rude épreuve sous le précédent gouvernement Droit et Justice à Varsovie. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération militaire entre les deux pays.
« Nous partageons la même vision du paysage géopolitique et les mêmes préoccupations concernant l’instabilité géostratégique », a affirmé Tusk lors d’une conférence de presse conjointe avec Macron. « Nous sommes d’accord sur la nécessité de préserver la souveraineté européenne, de soutenir l’Ukraine et de préserver le lien transatlantique – mais aucun de nous ne se fait d’illusions. Le monde a changé, et l’Europe doit rester unie. »
Les deux dirigeants ont également évoqué la possibilité d’un rôle de la Pologne dans la dissuasion nucléaire française.
Marta Prochwicz-Jazowska, du Conseil européen des relations étrangères, a déclaré à Euractiv que le changement de position de la France sur la dissuasion nucléaire « pourrait constituer l’évolution la plus significative en matière de défense européenne ». L’ouverture de la Pologne à la coopération dans ce domaine, a-t-elle ajouté, « est absolument sans précédent – un signal clair que les deux parties sont déterminées à approfondir leurs relations ».
Bien que Paris ait clairement indiqué qu’elle conserverait l’autorité exclusive sur toute décision de recours à la force, Varsovie pourrait jouer un rôle de soutien dans des domaines tels que les systèmes d’alerte précoce.
Les deux parties ont également signé un accord en vertu duquel un consortium regroupant Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space, en collaboration avec la société polonaise Radmor, construira conjointement un satellite militaire géostationnaire.
« Notre liberté dépend de notre capacité à nous défendre, à protéger nos enfants et à préserver notre indépendance », a déclaré Emmanuel Macron à Gdańsk, ajoutant que les relations franco-polonaises avaient atteint « un sommet historique ».
Pourtant, des divergences importantes subsistent, notamment sur la manière de gérer les relations avec Washington. Alors que Paris continue de prôner l’autonomie stratégique, les responsables à Varsovie adoptent une ligne plus prudente.
« Si la Russie s’en prend à l’Europe, c’est la Pologne qui sera en première ligne, pas la France », a souligné une source polonaise de haut rang à Euractiv. « C’est pourquoi nous devons entretenir à la fois nos relations avec les États-Unis et avec l’Europe. »
(aw)